les cheminots, une avant garde éclairée de la si nécessaire contestation sociale ?

10460282_629255957158528_1090266019624178319_n(fidèle à mes origines, que je ne renierai jamais, je dédie ce billet à la mémoire de mon père, syndicaliste et cheminot)

Aujourd’hui, pour  thèmes de ce billet, j’avais le choix entre la Coupe du Monde de football et la grève SNCF. Devinez ce que j’ai choisi ? Car enfin, pour quelqu’un qui se doit de boycotter résolument une telle mascarade de supposé événement sportif (gorgé de milliards de dollars d’euros de réais) par conviction politique davantage tournée vers les plus démunis de ce pays que vers les nababs qui s’y pavanent, la réponse est évidente. Ces jeux sont une honte internationale, et ceux qui s’y adonnent, des décérébrés, tant il devient évident que notre monde se voit cruellement privé de repères moraux et de politique internationale cohérente, éprise de davantage de justice sociale que de pognon, dont les compétitions sportives de ce niveau sont l’un des masques de la religion.

Le sujet dont je veux parler aujourd’hui n’est finalement pas si éloigné qu’il pourrait y paraitre… Car enfin, les cheminots qui font grève depuis jeudi ne défendent-ils pas une même vision de justice sociale, même si leurs besoins vitaux, comme au Brésil, ne sont pas menacés ? Ils luttent en effet contre la même Bête, le même hydre à plusieurs têtes… Ici, c’est celui du démantèlement du service public et de la mise en pâture au privé, aux forces de l’argent dont il s’agit très concrètement. Ils se battent pour mieux vous faire saisir la différence entre clients usagers, qui n’est pas si minime et innocente qu’on tente de vous le dire, parce que la frontière est de plus en plus floue, alors que l’intérêt est vital, à la SNCF comme dans d’autres services publics, soumis aux mêmes pressions, aux mêmes enjeux, qui se traduisent autrement mais qui sont tout aussi évidents : les forces de l’argent partout grignotent des parts de marché au détriment d’un service collectif qui devrait échapper aux logiques de compétitivité et de rentabilité. Partout, dans les milieux de l’éducation, de la santé, de la culture, et bien d ‘autres encore, le rouleau compresseur de l’argent roi et ses préoccupations plus tournées vers le profit des actionnaires que des intérêts des salariés et des usagers de service publics sont menacés. Et pire, le simple souci de l’Humain d’abord, de sa considération la plus fondamentale, de son respect et de son bien être sont purement et simplement annihilés.

Il n’y a qu’à voir avec quelle hargne, quel mépris, quelle violence verbale on attaque parfois les grévistes, jusqu’à remettre en cause le droit de grève (déjà bien affaibli par Sarkozy et son service minimum)  pour savoir qui est l’ennemi… Voudrait-on des grèves qui ne dérangent surtout personne ? Tout ce que la France compte de réactionnaires et de libéraux outranciers (quand bien même se cacheraient-ils parmi les fauxcialistes, il n’est pas bien difficile de les débusquer) se jettent sur leur proie avec une telle énergie et une telle jubilation qu’il n’y a pas de doutes possibles : ces grévistes sont une menace bien réelle pour les intérêts financiers dominants. Et rien que pour cela, j’aurais envie de les soutenir, voire de les chouchouter.

Mais il y a d’autres motifs à mon soutien, moins idéologiques, plus terre à terre. Allez donc voir ce que dit ce journaliste de la Tribune un peu moins con ou un peu moins aveuglé par le vernis libéral coutumier de ces journalistes de salon sans grand effort d’investigation, qui peuplent les plateaux de télévision, rarement ancrés à gauche, et vous comprendrez mieux pourquoi les cheminots sont inquiets, et leur grève justifiée, contrairement à ce que veux laisser croire la  version patronale dominante, relayée par le gouvernement, et des gens comme Sapin, dont on connait l’exact degré de gauchitude… Dommage que l’auteur de l’article n’ait pas évoqué également les préoccupations (d’ordre très matérielles également que sont l’entretien des voies et le renouvellement des infrastructures et du réseau ferré secondaire, le moins rentable, comme l’a si tragiquement illustré l’accident de Brétigny sur Orge, parmi tant d’autres… Et de leur outil de travail, les grévistes sont eux aussi sont préoccupés, car ils voient bien à quel point celui-ci se dégrade. Mais on préfère les faire passer pour des nantis, des salauds de fonctionnaires sur-protégés, comme le discours dominant, bien à droite hélas, le suggère si volontiers. On oublie peut-être un peu trop que quand on fait grève, on perd de l’argent, et que dans le service public, on fait de moins en moins grève parce que les temps sont de plus en plus durs et les conditions de travail de plus en plus difficiles. Pourtant, de cela, on ne pipe mot dans les journaux alors que les services publics sont en train ces dix dernières années de subir l’un des plus formidables plans sociaux que la France ait connue, que les décideurs se font cyniquement l’économie des mesures d’accompagnement qui iraient avec dans le privé, en poussant les gens au départ volontaire, en réorganisant sauvagement sans souci des gens qui le subissent, quel que soit leur niveau de hiérarchie, en demandant même aux cadres de se plier à des logiques de destruction d’emplois qui broient tous ceux qui les subissent, comme à France Télécoms/Orange, avec les effets que l’on connait….

J’ai peut-être l’air de m’éloigner du sujet qu’est la grève des cheminots, mais je suis simplement en train de le resituer dans une logique d’ensemble qui participe de la même logique. Sous la pression des intérêts financiers dominants, de diktats européens alimentés par une idéologie d’essence purement libérale (et non pragmatique comme on tente de nous le faire croire), on assiste partout à la même convergence d’intérêts entre public et privé  (pour le seul profit de qui ? Toujours les mêmes…)  au point que la notion même de service public deviennent floue pour la plupart d’entre nous, ce qui n’est pas anodin.

Aussi, je considère, à contre-courant résolu et conscient de la parole médiatique dominante que l’on vous sert comme une soupe dont on se garde bien d’imaginer les composants, que cette grève est non seulement justifiée mais utile. Et je salue le courage et l’abnégation de ces cheminots, je salue leur combat, tellement digne, qui rejoint le nôtre, et dont je voudrais tant, comme l’illustre l’image de ce billet, qu’il soit l’avant-garde et le départ d’une formidable contestation sociale éminemment nécessaire. car y en a marre de se faire broyer sans réagir. Il devient urgent de montrer aux forces dominantes que ce qui produit de la richesse, c’est nous, et pas l’inverse…. Point barre.

Monsieur Charles-Amédée a du plomb dans l’aile… et pas que.

Charles de Courson est un brave homme. Député du Nouveau Centre, il porte également la lourde charge de rapporteur du budget du transport aérien à l’Assemblée Nationale. C’est donc quelqu’un qui assume d’importantes responsabilités. Jusque là, je respecte…

Et l’on peut après tout penser ce que l’on veut du mouvement de grève des contrôleurs aériens d’aujourd’hui, à l’origine des propos que j’ai entendus à la radio, et qui m’ont fait tout d’abord bondir, puis sourire. Jaune.

Pourtant, Monsieur Charles n’a pas de mots assez durs pour stigmatiser et vilipender les affreux grévistes qui ne font rien qu’à embêter les pauvres voyageurs, alors qu’ils ne cherchent qu’à défendre leurs droits, comme tout un chacun. A quand l’interdiction totale du droit de grève pour ne surtout gêner personne, tant qu’on y est ?

Pour lui, la cause est entendue, c’est un combat – tenez-vous bien – « anti-européen, perdu d’avance », et totalement inutile. Et à propos de ceux qui s’y livrent, et dans le même sac tous ceux, affreux réactionnaires conservateurs qui sont contre l’instauration d’un service minimum, qui (seul ?) garantirait la sacro sainte continuité du service public¹, pour lui la question est réglée comme du papier à musique… Un air déjà bien connu de la vulgate néo-libérale, qui se dissimule comme à son ordinaire derrière la contre-réthorique la plus éculée, propre à la droite dure :

«  c’est vraiment l’exemple même du dysfonctionnement du dialogue social en France ».

2107 invite 8h15 Charles de Courson
envoyé par FranceInfo. – Regardez les dernières vidéos d’actu.

Et le fait qu’on refuse d’entendre la voix de la rue, des syndicats, des salariés, et d’une majorité de français quant à l’allongement de l’âge de la retraite, et qu’on ait une haute idée du dialogue social et d’un débat qui me semble primordial en choisissant d’opérer à huis clos pour le premier jour à l’Assemblée, cela ne vous pose pas problème, Monsieur Charles ?

Qu’on laisse présenter et défendre cette réforme par quelqu’un qui dans n’importe quel autre pays (et même dans le nôtre il y a peu… quand nous étions encore en République, même imparfaite) aurait déjà démissionné ou se serait fait débarquer, cela ne vous scandalise pas d’avantage que des salariés qui tentent de défendre comme il le peuvent leurs conditions de travail qui ne sont pas si idylliques que d’aucuns tenteraient de nous le faire accroire ?

Monsieur Charles, enfin, ne jouez pas ainsi trop ostensiblement les tartuffes, vous pouvez certainement mieux faire !

(Et même, tiens, faire preuve d’élégance envers les dames, malgré votre célibat endurci… A 60 ans, cela commence à paraître tellement suspect que cela rendrait un tantinet aigri que cela ne m’étonnerait pas, non ? )

Misère…

Quant aux passagers anxieux, ils pourront toujours se renseigner sur leurs possibilité de recours, en cas de souci,  en cliquant sur le lien précédent. Voyez comme je suis magnanime.

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¹ Continuité du service public qui sert de prétexte facile  à remettre en cause le droit de grève même là où ça n’est pas justifié par une  nécessité vitale, comme ce fut le cas pour les écoles, pour seul exemple. Ce qui n’a pas été sans poser quelques problèmes, compte tenu des nombreuses difficultés d’application de la loi, qui a incité certaines villes de France à se rebeller.

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GdeC relaie l’Appel

Appel des appels –Signez, faites signer la pétition !

En ce jour de mobilisations, nous vous invitons à faire connaître notre action. Un tract de présentation est disponible en PJ.

Pour une insurrection des consciences

Nous, professionnels du soin, du travail social, de la justice, de l’éducation, de la recherche, de l’information, de la culture et de tous les secteurs dédiés au bien public, avons décidé de nous constituer en collectif national pour résister à la destruction volontaire et systématique de tout ce qui tisse le lien social.

Réunis sous le nom d’Appel des appels, nous affirmons la nécessité de nous réapproprier une liberté de parole et de pensée bafouée par une société du mépris.

Face à une idéologie oppressive qui promeut le culte de l’argent et la peur de l’autre,

Face à la souffrance sociale que cette idéologie génère,

Face à la multiplication de prétendues réformes aux conséquences désastreuses,

Face au saccage de nos missions et de nos pratiques professionnelles,

Face à la promotion du prêt-à-penser et de procédures managériales et sécuritaires,

Face à la désignation à la vindicte collective de citoyens toujours plus nombreux,

Face à l’abandon progressif des plus fragiles parmi nous…

Nous entendons lutter contre toute politique qui liquide les principes de droit et les valeurs de notre démocratie, issus des Lumières et du Conseil National de la Résistance.

Charte de l’Appel des appels, 24 février 2009

L’appel des appels : le livre

L’appel des appels, pour une insurrection des consciences, ouvrage collectif dirigé par Roland Gori, psychanalyste, Barbara Cassin, philosophe, et Christian Laval, sociologue, Editions des Mille et une nuits, 2009

« Demain, lorsque la normalisation des conduites et des métiers régnera définitivement, il sera trop tard. Soin, éducation, recherche, justice seront formatés par la politique du chiffre et la concurrence de tous contre tous. Il ne restera plus à l’information, à l’art et à la culture qu’à se faire les accessoires d’une fabrique de l’opinion pour un citoyen consommateur.

Face à de prétendues réformes aux conséquences désastreuses, les contributeurs, psychanalystes, enseignants, médecins, psychologues, chercheurs, artistes, journalistes, magistrats, dressent l’état des lieux depuis leur coeur de métier et combattent la course à la performance qui exige leur soumission et augure d’une forme nouvelle de barbarie.

L’Appel des appels prône le rassemblement des forces sociales et culturelles. Il invite à parler d’une seule voix pour s’opposer à la transformation de l’Etat en entreprise, au saccage des services publics et à la destruction des valeurs de solidarité humaine, de liberté intellectuelle et de justice sociale. Il témoigne qu’un futur est possible pour  » l’humanité dans l’homme « . Il est encore temps d’agir… »

Signer la pétition, plus d’informations : http://www.appeldesappels.org

Pour nous contacter : contact@appeldesappels.org

Mon journal du dimanche

Au peril de la jungle

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Journal du dimanche n°2

.. toujours de gauche…  et de combat.

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Pour une première nouvelle, elle est un peu Frêche, celle-là : Georges l’occitan se porte au secours de Brice (pas Nice du tout…), ce qui toutefois n’est pas très étonnant pour quelqu’un qui considère que les harkis sont des sous-hommes¹, et n’en est pas à son premier dérapage raciste… avec la bénédiction de la justice française grâce à une argutie dont elle a le secret…


Voilà qui est Royal, dénote d’un sens de la fraternité qui est pour le moins très particulier, et vaut bien une poignée de main, sans doute ! Ce doit être cela, la traduction très concrète du concept de dépassement du PS prôné par Ségolène quand elle se prend pour une intellectuelle…


Alors, heureux d’être socialiste ? Toujours pas envie de rejoindre le Parti de Gauche ?

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Même pays, mêmes mœurs, même détournement de concepts (cette fois ci, remplacer le mot fraternité par le mot « justice ») avec la déclaration de l’UMP qui se déclare satisfaite de la fermeture de la jungle (voir ici de quoi il s’agit…) au nom d’une politique de fermeté et de justice… sans la moindre considération pour le devenir de ceux qu’on a jeté en pâture à la misère et aux grands froids qui s’annoncent, et en omettant de préciser que leur kaiser avait déjà fermé Sangatte… en vain. Belle preuve d’efficacité ! La prochaine fois, on fête quoi ? La fermeture de Grand Fort Philippe ? Marck ? Wissant ? Tardinghen ? A quand des barbelés autour de Calais ?

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je ne saurais passer à côté, ce dimanche 20 septembre 2009, de la réforme du statut de la Poste, qui doit se voir transformer en Société Anonyme (donc privée) le 1er janvier 2010. Autant dire demain. Avec son cortège de guichets, de bureaux non rentables (particulièrement en milieu rural), et de personnels supprimés, de réorganisation anxiogènes pour ceux qui restent, entraînant ce que l’on sait (puisque parait-il, c’est une mode) comme à France Télécoms. Encore un service public démantelé, pour le plus grand profit des actionnaires qui se retrouveront avec un réseau, des moyens et du personnel auparavant payés par nos impôts… C’est tout bénéf pour eux, pourquoi donc s’en priver ?


Si vous n’appréciez guère cette logique là, vous pouvez toujours le faire savoir ICI, sur le site du Comité national contre la privatisation de La Poste, qui organise une campagne nationale de mobilisation pour un référendum sur le service public postal dite « votation citoyenne » (également sur Facebook), à laquelle vous pouvez également participer. Quoi de plus démocratique ? Mais je doute que Sarko le soit, donc… CQFD. (On se comprend, hein ?).

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¹ Voir à ce propos l’excellent travail, très précis et documenté, d’Acrimed.

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