Suicides à La Poste : responsable et coupable (Rapport d’experts ici faisant foi)

source
source

Lettre ouverte à Monsieur Philippe WAHL, PDG du Groupe La Poste

Copie pour information : aux membres du Conseil d’Administration du Groupe, au Ministre de l’Economie (Ministère de tutelle) au Ministre du Travail (tutelle des inspecteurs du travail et en charge de l’agrément des experts CHSCT), au Président de la Commission Supérieure du numérique et des Postes, au Président de l’ARCEP, aux organisations syndicales représentatives de La Poste.

Paris, le 13 octobre 2016,

Monsieur le Président-Directeur Général,

En tant qu’experts agréés auprès des Comités d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT), nous avons décidé de vous alerter la direction de La Poste sur la dégradation des conditions de travail et le mépris du « dialogue social » manifesté dans les différents secteurs et aux différentes échelles du Groupe. Nous avons conscience que cette démarche d’alerte rendue publique est inhabituelle. Cependant, nous l’assumons, parce qu’ayant réalisé de nombreuses expertises pour le compte de CHSCT du Groupe, nous mesurons à quel point la situation est préoccupante du fait de la rapide dégradation de l’état de santé des agents. Nous savons aussi combien les représentants du personnel, nos mandants, se sentent démunis en raison du refus du dialogue auquel ils doivent faire face.

Du Courrier au Colis, du Réseau à la Banque, les agents de La Poste subissent des réorganisations permanentes qui réduisent chaque fois les effectifs, et soumettent les agents qui restent à des cadences accélérées. En dépit des recommandations du rapport Kaspar en 2012, le rythme des réorganisations reste effréné. On les habille désormais d’une supposée « co-construction », mais les diaporamas sommaires, les études d’impact standardisées et les groupes de travail sans travail sont les seules concessions au « dialogue social ».

Pour prescrire le travail, les directions de proximité doivent s’appuyer sur des modèles statistiques obscurs, qu’elles-mêmes ne savent pas expliquer ; ces modèles, qui sont supposés résumer l’activité, font barrage à l’expérience et à l’intelligence partagée des agents. Les modèles de prescription et de réorganisation du travail, basés sur des modélisations statistiques (comportant par ailleurs de nombreux biais) s’imposent en dépit de la prise en compte du travail réel et annihilent toute possibilité de discussion sur le travail (et d’amélioration de ses conditions).

Des « organisations innovantes » sont mises en œuvre, qui souvent sur-spécialisent les agents, les exposent à une aggravation de la pénibilité physique, transforment leurs métiers sans recueillir leur avis. Une logique purement taylorienne s’impose : les agents ne sont vus que comme des exécutants sommés d’appliquer la stratégie édictée par des cadres dirigeants – qui sont par ailleurs les seuls à voir leur effectif s’étoffer. De surcroît, à suivre les consignes, on ne gagne même pas la satisfaction du travail bien fait. Pour les agents de La Poste, c’est la double peine, ou plutôt le double risque psychosocial, puisqu’ils voient se dégrader en même temps leurs conditions de travail et la qualité de service délivrée aux usagers.

Les conséquences en termes de santé au travail sont d’ores et déjà dramatiques : le groupe La Poste continue de rencontrer des cas de suicides au travail ; les situations de détresse individuelle ou de conflits ouverts entre agents sont désormais fréquentes ; les indicateurs de santé et de climat social témoignent d’une dégradation qui, déjà dénoncée dans le rapport Kaspar en 2012, n’a depuis cessé de s’aggraver.

Le corrélat de cette dégradation, c’est le mépris affiché par les directions vis-à-vis des institutions représentatives du personnel. La Poste n’est déjà pas bien équipée en la matière : alors que, désormais, la majorité des agents sont des salariés de droit privé, ils ne bénéficient toujours pas de Comités d’Entreprise et d’Etablissement. L’essentiel de la discussion entre les directions et les représentants du personnel est donc reporté, soit vers des comités techniques et des commissions ad hoc quasiment sans pouvoir, soit vers les CHSCT.

Ces derniers sont les plus proches de l’activité. Leurs avis sont requis par le Code du Travail. Les élus des CHSCT se nourrissent de la parole des agents qu’ils représentent, des enquêtes qu’ils diligentent et des expertises qu’ils commanditent. Ils constituent quasiment le seul contre-pouvoir institutionnel. C’est sans doute pourquoi les attaques de la direction se concentrent sur ces CHSCT – et, comme un dommage collatéral, sur nous qui sommes leurs adjuvants occasionnels.

L’entrave à l’action des CHSCT – et, par là, à leur mission de prévention des risques professionnels– se manifeste de diverses manières :
• par la rétention d’informations : les directions cachent des documents puis, lorsque leur existence est connue et que les élus demandent à en avoir connaissance, elles le leur refusent sous divers prétextes ; les informations les plus cruciales (par exemple celles sur le calcul des cadences) ne sont pas communiquées au motif qu’elles sont produites par la direction nationale tandis que les CHSCT n’ont que des compétences locales ;
• par la mise en œuvre de projets importants modifiant les outils et/ou les conditions de travail sans solliciter leurs avis ;
• par le refus de répondre aux questions des élus dans les CHSCT ;
• par un combat systématique contre les expertises, selon une procédure codifiée et diffusée à toutes les directions : ce combat est passé d’abord par la contestation judiciaire des délibérations des CHSCT, avant de se reporter sur les cabinets d’expertise (pour la plupart de petites entreprises que La Poste cherche à dissuader d’accepter des expertises, au moyen d’impayés et de contestations de leurs honoraires au tribunal) ;
• par le refus d’entendre et de prendre en compte les avis circonstanciés des élus.

Confrontés à ce refus du dialogue, des agents ont mené des grèves en de nombreux sites. Là encore, ils ont parfois été confrontés à des pratiques déloyales, voire même illégales (comme le remplacement de grévistes par des taxis).

Dans cette stratégie de la direction de La Poste, il y a une contradiction. Les réorganisations sont menées tambour battant, couvertes par l’idée technocratique que l’intendance suivra et que les râleurs partiront. Dans le même temps, cette direction croit pouvoir garder intact le trésor du groupe : la conscience professionnelle de ses agents, tournée vers le service du public. Or, le professionnalisme ne se décrète pas d’en haut. Il se construit avec ceux qui réalisent le travail, par l’échange de pratiques, la discussion et l’arbitrage collectifs, l’élaboration et l’incorporation de règles de métier à l’échelle des établissements, des équipes, des personnels – et des institutions qui les représentent, comme les CHSCT.

À oublier cela, la direction de La Poste prend le risque de dégrader simultanément la qualité de service, la santé des travailleurs, mais encore la stratégie du Groupe qui souhaite pourtant capitaliser sur la confiance dont les postiers bénéficient auprès de la population, alors même que les conditions d’exercice qui l’ont rendu possible sont mises à mal.

Il appartient aux différents acteurs de la chaîne de prévention des risques professionnels et de développement de la santé au travail d’agir où ils le peuvent, et de sonner l’alarme lorsque trop d’obstacles les empêchent d’agir efficacement. C’est pourquoi nous émettons cette alerte, car il nous est de moins en moins possible de mener à bien notre mission d’expert agréé, en raison des entraves opposées à notre travail, et plus généralement de l’absence de prise en compte des avis et alertes formulés par les représentants du personnel.

Il appartient à celui qui a le pouvoir de diriger, de prescrire et d’organiser le travail, c’est-à-dire l’employeur, de prendre ses responsabilités. La direction de La Poste ne pourra pas dire qu’elle n’a pas été prévenue, au regard :
• du principe constitutionnel de la participation des travailleurs à la détermination collective des conditions de travail, dont découlent les consultations du CHSCT ainsi que l’a rappelé récemment le Conseil Constitutionnel ;
• de l’obligation de sécurité de l’employeur qui prévoit que « l’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs » (L.4121-1 du Code du Travail) ;
• et des principes généraux de prévention, tels qu’ils sont énoncés à l’article L.4121-2 du Code du Travail.

Espérant que cette alerte contribuera à nourrir votre réflexion, dont découleront les changements qui
s’imposent, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président-Directeur Général, l’expression de
notre considération.

Un collectif de cabinets d’expertise agréés indépendants :

– Aptéis – Ergonomnia
– Aristée – Indigo Ergonomie
– Cedaet – Social Conseil
– Eretra – Odyssée

Je tiens à saluer ici personnellement la probité exceptionnelle de ces cabinets d’expertise qui exercent à leur manière leur devoir d’alerte. Chacun(e) pourra en effet juger par lui-même de l’extrême-gravité des faits qu’ils ont constatés, et à quel point, contrairement aux discours dominants en la matière qui cherchent de manière systémique à rejeter la cause des suicides dans le cercle privé des victimes,  l’organisation du travail est bien l’origine essentielle de ces suicides. Pour être réellement prévenus, cette structuration pathologique doit être modifiée de toute urgence. Des vies sont en jeu, par delà une logique exclusive de profits à court terme qui nie l’humanité, et ce gouvernement là ne pourra pas dire qu’il ne savait pas. Tous les français sont à présent témoins de l’action ou de l’inaction de chacun des ministres concernés, directement ou indirectement. Nous sommes collectivement comptables de votre pouvoir…

Vive le droit à la déconnexion ! #ElKhomri

mot69Après avoir critiqué avec une virulence hautement nécessaire le projet de loi El Khomri, me voilà d’autant plus à l’aise pour informer de ce qui me va bien. Comme ça, je ne passerai pas seulement pour un éternel gueulard, ce que je ne suis pas. Dans le texte qui sera présenté en conseil des ministres le 9 mars 2016, le droit à la déconnexion figure bel et bien. Me voilà agréablement surpris, même si pour beaucoup c’est un détail, pour moi ça veut dire beaucoup. En effet, cette mesure qui concerne pour une grande part les cadres, les salariés du numérique et du télétravail, touche aux notions de séparation, d’interpénétration et d’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, au droit au repos, et à la protection des salariés contre l’envahissement et la saturation d’informations intrusives jusque dans la vie personnelle de celles et ceux concernés par ce sujet. Un problème de santé publique, que devrait prendre en compte tout CHSCT qui se respecte, tant il contribue fortement à la fatigue mentale, si peu prise en compte dans notre société. Personnellement, je pense que ce point précis, en termes de conditions de travail, n’est pas étranger au phénomène du burn-out, si pudiquement dissimulé en langage technocratique sous le doux vocable de « risques psycho-sociaux« . Lesquels l’employeur dépourvu de valeurs humanistes pourra aisément les renvoyer, comme c’est habituel, dans le champ extérieur des « problèmes personnels », comme c’est si commode et habituel quant on connait ce dossier.  Cette mesure est pourtant l’un des rares points de la loi qui fera consensus dans cette loi. De quoi s ‘agit-il ?

L’article 25 du projet de loi dispose que les modalités du droit à la déconnexion font partie des sujets abordés lors de la négociation annuelle dans les entreprises sur la qualité de vie au travail, afin « d’assurer le respect des temps de repos et de congés ».  Cette disposition provient du rapport Mettling, un document de 60 pages de réflexions et préconisations remis le 15 septembre à Myriam El Khomri. Ce rapport insistait sur l’importance de l’ évolution des entreprises face au fameux « virage numérique » en se basant sur un constat « d’infobésité » et de fil à la patte numérique. Un accord de branche a déjà été signé par les entreprises du secteur du numérique (Syntec).

Ce que préconise le texte en termes de modalités pratiques essentielles  :

Charte de sensibilisation

« A défaut d’accord, l’employeur définit ces modalités et les communique par tout moyen aux salariés de l’entreprise », précise le texte. « Dans les entreprises d’au moins 300 salariés, ces modalités font l’objet d’une charte élaborée après avis du comité d’entreprise ou à défaut, des délégués du personnel », précise-t-il. Cette charte doit prévoir des « actions de formation et de sensibilisation des salariés à l’usage des outils numériques », et ce pour tous les salariés, « personnel d’encadrement et de direction » inclus. 
Le projet de loi fixe l’entrée en vigueur de ces mesures au 1er janvier 2018. L’inscription dans la loi du « droit à la déconnexion » était une demande portée notamment par la CGT des ingénieurs, cadres et techniciens, l’Ugict-CGT.

Cependant, comme le veut l’esprit de l’ensemble de cette loi, celle-ci évoque « Le dialogue social avant tout ». Ce qui traduit en novlangue fauxcialiste correspond à une absence de dispositions contraignantes. Aussi, rien n’empêchera donc un N+1 de harceler ses collaborateurs de mails à des heures indues (on connait….), si un salarié lambda n’est pas en capacité et en position de refuser ce type de pratiques invasives. C’est donc le comportement de certains cadres, si peu respectueux de la vie privée, qu’il s’agit de remettre en cause, bien plus qu’un article de loi sans sanction ne saurait le faire.

petite parenthèse comme ça en passant…

arton1835je n’ai pas l’habitude de parler de moi, ceux qui suivent ce blog le savent bien, puisqu’il faut être logique et cohérent : ceci est un blog politique, pas un journal intime. Pourtant, je vous dois quelques explications, car je me suis toujours efforcé de suivre mes propres règles, et une discipline de fer : tous les jours, au moins un billet, sauf pendant les vacances. Et dans ce cas, je préviens.

Mais aujourd’hui, je n’ai pas écrit, et probablement demain non plus. je reviendrai quand je pourrai… Pas le moral. Mon employeur m’a en effet mis face à une curieuse alternative ce matin, qui en abattrait plus d’un : accepter une perte de salaire de 50 %, ou démissionner. Comme je n’ai que mon salaire pour vivre, et que je n’ai aucune épargne (je ne m’en plains pas : j’ai fait d’autres choix que mes seuls intérêts personnels…), je suis dans une situation très  critique. C’est la réponse d’un employeur du secteur social à l’un de ses salariés qui lui a avoué être en situation de burn-out. Le monde est d’une drôle de brutalité sociale… A force de vouloir défendre les autres, je me suis oublié… Il me faut donc prendre un peu de recul. Toutes mes excuses.

Par ailleurs, je tiens à faire savoir à tous ceux qui critiquent les fonctionnaires, qui en dressent un portrait caricatural, qui fait la part belle aux images de feignants et de profiteurs du denier du contribuable, que ce sont des cons absolus : ils ne savent pas de quoi ils parlent, à l’heure où la plupart des services de l’état son soumis au régime sans sel, au pain et à l’eau. Et qu’ils sont confrontés au plus gigantesque plan social que la France ait jamais connu, mais dont on ne parle jamais. Nous travaillons avec des bouts de ficelle, quand ce n’est pas avec nos propres outils, puisque l’état n’est plus en capacité de nous les fournir…  Je discute avec bien des gens de toutes sortes, dans différents corps d’état, et c’est partout pareil . Des gendarmes, des policiers, des agents de la fonction publique hospitalière me disent tous la même chose à ce sujet : les autorités de tutelle tirent un peu trop sur la corde… Ils viennent donc au travail avec leur propre matériel, leurs propres outils, leur ordinateur ou leur scie sauteuse personnelle… Et pourtant, malgré ce fantastique non-dit, ce sont les fonctionnaires qui trinquent, et la corde qui casse, conduisant un grand nombre de fonctionnaires (dont je ne suis pas puisque je suis contractuel de la fonction publique) à une situation de souffrance au travail, à force de tenter de concilier l’ inconciliable, et de répondre à des injonctions de plus en plus paradoxales… et exagérées. Exigeant de nous des performances de plus en plus inatteignables, avec de moins en moins de moyens….  Et il faudrait en plus que nous nous sentions coupables d’avoir un emploi…. Allez vous faire voir chez les grecs.

la guerre sociale est déclarée… et les victimes commencent à brûler.

torche-2

Il se nommait Djarmal Chaab…

Pour ceux qui douteraient encore de l’extrême gravité  de la guerre sociale en cours et de ses symptômes avant coureurs tels qu’on a pu les observer récemment, il me suffira de mettre en liens  toute une série d’événements qui l’illustrent à mon sens. A moins que celui-ci ne soit perverti par quelque maladie mentale ou autre pathologie psychique que j’ignorerais encore au moment où j’écris ces lignes. Mais comme pour des raisons personnelles, j’ai voulu en avoir rapidement le cœur net, je me suis déjà fait confirmer par des avis autorisés que tel n’était pas le cas… Mais on n’est pas là pour parler de moi.

S’il fallait dater précisément ce que j’appelle une guerre du feu, le premier acte fondateur qui pourrait être à l’origine de cette réflexion personnelle fût celui de cet employé de France Télécoms qui s’est immolé sur le parking de son établissement. Il y en eut bien d ‘autres depuis, comme l’histoire l’a prouvé, notamment celle de France Télécoms, dont on connait à présent les curieuses méthodes de management par le vide, pour s’économiser les frais de plans sociaux trop onéreux. La terreur, le chantage à l’emploi, les mutations brutales sur des postes sans intérêt ou qui ne correspondent pas aux qualifications de leurs victimes sont bien plus efficaces pour dégraisser massivement. Qui voudrait me prouver le contraire aura intérêt à produire de sérieux arguments référencés, je connais bien le dossier. De quoi qualifier ce qui se trame de véritable guerre, quand bien même ne serait-elle que psychologique, elle fait des morts, indubitablement.

Vient ensuite dans cette chaîne argumentaire le processus de criminalisation du mouvement social (souvenons nous de la manière dont on a réduit au silence #OccupyFrance) et des luttes syndicales qui est à  l’œuvre sous nos yeux actuellement. Comment, j’exagère ? Ah bon, l’oeil perdu de ce mineur belge de Mittal à Strasbourg pèserait donc si peu dans la balance de votre jugement ? C’est d’autant plus paradoxal que cette démarche anti-syndicale poursuit son bonhomme de chemin dans les mêmes termes et avec la même pression, voire davantage,  sous ce gouvernement de gauche que sous le précédent, réputé pourtant plus attentatoire aux libertés fondamentales. Il suffira de dire pour le prouver, bien que ce phénomène n’ait pas de lien direct avec le thème que l’on évoque ici, que la chasse aux roms et aux étrangers en général ne s’est jamais si bien portée que sous Hollande, grâce à son Monsieur Loyal dont on connait le sens particulier de l’humanisme. Que n’aurait-on dit (et quand je dis on, je pense notamment aux blogueurs de gouvernement) si le gouvernement sarkozyste avait commis les mêmes erreurs ! Et  pourtant, bien loin de moi l’idée de défendre sa cause… Mais je constate simplement, par delà la responsabilité directe de ce gouvernement quant à l’action syndicale, son inaction indirecte : alors que le climat social n’a jamais été aussi explosif, comme le souligne d’ailleurs une certaine note des services de renseignement intérieurs français à Valls, qui évoque clairement des risques d’implosion sociale, et que l’action syndicale n’a jamais été autant sous pression ces dernières années, que fait ce gouvernement de gauche pour protéger davantage les courageux qui s ‘y aventurent encore ? Et ce n’est pas la récente (petite) victoire des contis qui me démentira. Le présent, c’est maintenant. Et l’on sait à quel point les syndicats ont mauvaise presse aujorud’hui, et sont désignés à la vindicte populaire sous prétexte de maintien de l’emploi et de pragmatisme économique… Un pragmatisme qui met pourtant en danger l’ensemble de notre société, et refuse de considérer la notion de licenciements boursiers, pourtant bien réelle. Et destructrice.

Autre fait divers qui n’est pas à mes yeux une simple anecdote, cette affaire qui vient de donner raison à une salariée du groupe Carrefour, déléguée CGT,  qui me semble significative d’un certain mode de management par la terreur dans notre beau pays jugé par certains comme une perle de démocratie. Il suffira de dire ici que cette caissière a tenté de suicider car elle n’avait pas d’autre réponse possible à opposer à une direction qui l’a contrainte par son attitude d’un autre âge à cette funeste extrémité, en la contraignant de surcroît au silence. La communication entre salariés est en effet une arme qu’il convient de briser, comme tout un chacun peut s’en rendre compte dans son propre environnement de travail, quant la situation est conflictuelle. Et ce sont les salariés syndiqués, et à fortiori ceux qui ont un rôle représentatif, encore plus quand il s’agit d’un syndicat combattif, qui en font les frais, sur la ligne de front du combat social. J’en sais quelque chose… Serait-ce pour cette raison qu’ils sont encore plus aujourd’hui qu’hier montrés du doigt ? Parce que les attentes sociales, de défense des salariés,  sont d’autant plus grandes que le combat est devenu  inégal, l’emploi se raréfiant ?  Et la guerre en passe d’être gagnée par les employeurs, comme le démontre assez la facilité avec laquelle le gouvernement accepte un accord de flexibilité unilatéral aussi régressif, en France ?

Tout cela pour faire passer le message que, sur le front de l’emploi, que ce soit de l’un ou l’autre des côtés de la barrière,  de celui du quotidien d’un salarié, d’un fonctionnaire, d’un syndicaliste ou d’un chômeur¹, nous sommes en train d’assister à une guerre qui fait rage et compte bon nombre de victimes qu’il convient de ne pas ignorer, ou de renvoyer à leur propre solitude, pour en faire un combat qui nous concerne tous. Car il n’est pas normal de voir des gens bruler sans réagir. Ailleurs, je le dis et le répète, des émeutes ont éclaté pour moins que cela. Serions nous moins courageux ? Aussi, un réel mouvement de transformation sociétale est urgent et nécessaire, indispensable, loin de la timidité inefficace d’un Hollande et autres réformateurs pusillanimes, sous peine de voir encore bien des gens n’avoir pour seule issue que de mettre fin à leur jour, faute de réponse collective. Est-ce cela que nous voulons, vraiment ?

Urgent, agir.

.

¹ Chômeurs qui, loin de l’image de l’assistanat véhiculé par des âmes complaisantes et coupables d’intelligence avec l’ennemi, tentent de s’en sortir et de lutter vaillamment pied à pied, dans l’obscurité,  sous le joug des contraintes et des tracas administratifs kafkaïens, contre la misère et l’adversité pour retrouver la dignité qu’on leur refuse tout en les stigmatisant…

.

A Hollande, tout mon mépris

crachatScandalisé, mais dans le même temps pas très étonné par le discours de Hollande en provenance d’Inde, puisque je l’avais déjà prévu dans ce billet. Dire que le drame d’hier sur le parking du pôle emploi de Nantes est « un drame personnel« , une situation particulière, est une erreur de jugement qui me navre, attise ma colère. Je considère quant à moi qu’il s’agit bien plutôt de l’incarnation d’un symptôme collectif qui devrait interroger toute notre société.

Mais il est effectivement bien plus facile de préférer se mettre la tête sous le sable et de ne surtout pas se remettre en question. Car c’est un fait à mes yeux évident : cette vague de suicides par le feu est l’évidente manifestation d’un embrasement social. L’ignorer n’est pas seulement une erreur par négligence : c’est proprement criminel. Et j’en veux énormément à ce gouvernement d’ignorer si incroyablement le malaise social général, sans tenter d’y répondre par le moindre signe d’espoir. Et ce n’est pas le mariage pour tous qui y changera quoi que ce soit.

 

Cœur de luttes… Et (dé) « raison » d’Etat…

 

LOG_PETITE_TAILLECe mardi, un salarié de Sanofi est mort. Il s’est suicidé en avalant il y a quinze jours une cuillère de cyanure sur son lieu de travail. La lutte est une affaire toute humaine. J’y pensais en parcourant les rangs des camarades de toutes ces entreprises en lutte qui s’étaient donné rendez-vous sur les Champs-Elysées avec les Virgin et aussi devant le ministère du travail autour des « licencielles » venues présenter leur proposition de loi contre les licenciements. Elles ont été reçues par un membre de cabinet. Laurence Parisot, la présidente du MEDEF aurait été reçue par le ministre lui-même, n’en doutez pas. D’ailleurs, la veille, ce fut la réception en grande pompe au siège du PS rue de Solférino ! Deux poids deux mesures. Raison de plus pour tenir bon ! Quand je suis passé saluer les manifestants aux Champs-Elysées, j’ai échangé une poignée de main avec Jean-Pierre Mercier le dirigeant de la CGT d’Aulnay. Lui m’a lancé l’alarme. Les salariés en grève ont besoin d’aide. Des sous ! Il faut donc partout où on le peut monter des collectes pour transmettre le soutien demandé.

Jean-Luc Mélenchon, un post de combat 

 

Voilà l’un des nœuds thématiques centraux qui justifient en grande partie notre combat, effectivement. Nous n’avons pas attendu – pour la plupart de ceux qui composent le noyau dur des militants du Front de Gauche – que notre parti respectif fasse de la défense de l’emploi une priorité pour nous plonger dans le cœur des luttes… Dans lesquelles nous étions d’ailleurs souvent déjà engagés avant même que le Front de Gauche ne naisse. Notre mouvement politique tente en effet (comme le savent bien les militants qui parfois s’y usent), d’être au plus près de tous les combats sociaux. Nous ne connaissons que trop pour l’‘expérimenter dans notre propre environnement quotidien les effets tragiques des restructurations privées et de la lutte contre l’austérité dans le public, phénomène encore tabou qu’on dissimule assez pudiquement sous le vocable pour initiés de risques psycho sociaux… Un thème de travail qui fait partie de mes principales préoccupations, ces suicides ou ces morts qui « font tache »dans tous les domaines d’activités et dans les services, au point que la plupart des employeurs se réfugient derrière des discours convenus et systématiques basés sur une évidence qui leur appartient à eux seuls : les causes en seraient bien évidemment, c’est plus facile comme cela, à rechercher dans des problèmes personnels, forcément extra-professionnels (souligné si besoin au stabylo dans les notes d’information générales) afin de les dispenser de toute réflexion concertée sur les travers d’organisations de plus en  plus pauvres en « moyens humains ». Et qui font par conséquent supporter un poids de plus en plus insupportable sur ceux qui restent.. Et un volume de travail et de stress qui entraîne des conséquences de plus en plus difficiles, partout. Cela, nous autres, en sommes cruellement conscients, reccueillant assez régulièrement des confidences et des informations confluant toutes dans le même sens de la part de nos camarades de travail ou de lutte.

Aussi, quand je vois des responsables politiques prétendument de haut vol prétendre que Jean-Luc Mélenchon ne sert à rien, voire pire, et que le Front de Gauche serait divisé, qu’on me permette d’exprimer haut et fort mon désaccord. Pas sur ce point là, essentiel à nos yeux, de manière unanime, en tous cas : celui de l’emploi et de la lutte contre le chômage, qui nous anime tous. Par contre, qui au PS était là hier, auprès des Licencie’elles, le 29 janvier, devant le Ministère du Travail, hum ? Il ne me semble pas avoir vu de militants du PS pour défendre les salariés d’entreprises faisant des bénéfices et malgré tout licenciés, à ma connaissance… L’équipe du Petit Journal a même d’ailleurs brocardé hier soir de manière assez éclairante l’attitude de Hollande face à la question d ‘un journaliste concernant les plans de licenciements à répétions auxquels les salariés ont à faire face actuellement. Une scène filmée où il apparaît que notre bon Président si préoccupé par cette priorité qu’est l’emploi n’a même pas daigné répondre à la question pertinente d’un journaliste sur ces vagues de licenciements qui le contrariait visiblement, alors qu’il ne tarit pas de détails sur la guerre au Mali… Il ne s’agit pas là en effet d’effets de manches et de se donner l’image d’un chef de guerre à bon compte en faisant sonner du canon… mais de proposer une politique économique et sociale alternative plus ambitieuse et réformatrice.

Mais là en l’occurrence, on ne fait que s’appuyer sur un texte prétendument concerté alors qu’il est de notoriété publique minoritaire, et régressif, comme je ne cesserai de le répéter jusqu’à ce qu’il soit retiré. J’ai d’ailleurs noté que la CFDT, par la bouche de son nouveau délégué national (l’ancien ayant été habilement recasé…) a préféré mentir en prétendant que l’ANI porterait des mesures qui protégeraient les salariés des licenciements boursiers. Nous serions donc collectivement particulièrement idiots, au Front de Gauche, de considérer que ce texte est si régressif que nous nous évertuons à le scander, ici, ailleurs, partout. Et de réclamer des mesures aussi incohérentes que l’interdiction des licenciements boursiers, si l’on tenait compte de leur avis… Sujet à caution.

Débattons en.

.

Buen vivir… au travail

 buen-vivir-la-alternativa-de-los-pueblos6

.

Santé au travail : « nous sommes face à une forme de crime organisé »

Du cynisme des industriels à l’inaction des pouvoirs publics, Annie Thébaud-Mony, directrice de recherches au CNRS, dresse un état des lieux sans concession de la santé au travail…

 Le camarade gauchiste de twitter grâce à qui j’ai pu accèder cet article me faisait remarquer hier que la lutte pour la santé et la sécurité au travail devraient être des priorités dans nos luttes. Il prêche d’autant plus un convaincu que, l’esprit encore frais, enchanté et stimulé par le contenu des assises pour l’écosocialisme de ce week-end, ce thème est à l’exact point de convergence de nos préoccupations environnementales et sociales. Autrement dit, de l’écologie politique appliquée non seulement à la protection de la nature avec un grand N, mais également à l’être humain qui y vit,  et y travaille. Et aussi, parfois, de plus en plus, y souffre…  Que ce soit par sa trop grande exposition à des risques sanitaires, techniques ou environnementaux polluants ou dangereux, ce qui n’est pas nouveau, mais qui se double aujourd’hui des effets plus sournois d’une course au profit sans garde-fous d’aucune sorte, le droit du travail étant de moins en moins respecté, faute de contrôleurs. Et de prise en compte de leurs avertissements. Tout ceci accroît le mal être des salarié(e)s soumis à des pressions hiérarchiques parfois contradictoires, à ce que l’on nomme des injonctions paradoxales, et aux contraintes d’une organisation défaillante et démunie de moyens matériels les plus basiques, aux objectifs causant parfois de graves conflits soit de légitimité entre plusieurs membres d’un même collectif de travail, soit en termes de déontologie professionnelle malmenée par des impératifs économiques qui parfois n’ont rien à faire dans des domaines qui devraient de par leur nature y échapper, comme la santé, l’éducation, la formation, le travail social, l’emploi. En gros, tout ce qui répond à une notion d’utilité collective.

 Aussi souhaitons nous, pour répondre à tous ceux qui oublient ces vérités et ces valeurs fondamentales humanistes,  voir nos modes de production et d’organisation professionnelle  porteuse de dangers pour la santé des salariés changer pour assurer le bien-être non pas exclusivement des actionnaires et des grands argentiers de la planète, mais également de ceux qui contribuent fortement à la production de cette richesse, pour leur épanouissement.

C’est pourquoi j’ai écrit plusieurs billets sur le thème de la souffrance au travail et des risques psychosociaux, dans une phase plutôt critique de mon parcours professionnel, de laquelle je ne suis pas encore franchement sorti, soumis au lot quotidien de bien des contractuels de la fonction publique… Manque de moyens, organisation kafkaïenne mortifère et anxiogène,   exigences managériales autoritaires voir tyranniques  déconnectées de la réalité et des contraintes de chacun, soumis à un volume de travail de plus en plus écrasant… J’en passe et du pire, étant malheureusement tenu au devoir de réserve.

 C’est pourquoi je considère, probablement avec celui qui m’a fait partager cet article, que son titre, qui peut paraître excessif de prime abord, n’est pas si dénué de fondements qu’il ne pourrait le laisser artificiellement paraître.  Il suffit d’aller le lire pour s’assurer de sa crédibilité, de sa profondeur et de son contenu très factuel. On n’y évoque d’ailleurs des risques autrement plus palpables, mais tout aussi sérieux, que j’évoque dans mes billets cités. D’autant plus que celle qui dresse ce constat accablant n’est pas n’importe qui :

 » Sociologue du travail et chercheuse à l’Inserm, Annie Thébaut–Mony se spécialise dans les maladies professionnelles et la sécurité des salariés dès le début de sa carrière. Trente ans plus tard, elle continue à dénoncer, en bloc, les effets de l’amiante et de la radioactivité, l’inertie des pouvoirs publics et l’impunité des industriels dans un engagement sans faille qui, le 31 juillet dernier, la poussera même à refuser la Légion d’honneur.

Directrice du Giscop (Groupement d’intérêt scientifique sur les cancers d’origine professionnelle), responsable d’un programme d’études comparées en santé du travail et membre de l’IRI (Institut de recherches interdisciplinaires sur les enjeux sociaux) elle est, en outre, présidente de l’association Henri Pézerat sur les liens entre santé, travail et environnement, porte-parole de BAN Asbestos France, un réseau international de lutte contre l’utilisation de l’amiante et auteure de plusieurs ouvrages sur la santé au travail dont L’Industrie nucléaire, sous-traitance et servitude paru en 2000 et, 7 ans plus tard, Travailler peut nuire gravement à la santé. »

Aussi, bonne lecture. Puis action et… pour ceux et celles qui en ont les moyens, réaction !

.

« Valeur travail » : la compétitivité ou la mort ? Nous choisissons LA VIE !

 

source : cliquez sur l'image

 

Face au libéralisme carnassier, il nous appartient collectivement  de conquérir un nouveau droit : le bien-être au travail.

Je viens de lire un billet sur le blog du Parti de Gauche de Seclin qui évoque le sujet de la souffrance au travail, thème qui m’importe particulièrement et que j’ai déjà évoqué ici à plusieurs reprises.

 Jean-Paul Biolluz, au nom de sa section, s’y indigne fort à propos de ce que le candidat de la droite dure veuille se faire le champion de la valeur travail alors que celle-ci n’a jamais été autant mise à mal par le système économique lui-même. Il en veut pour preuve cette terrible vague de suicides qui vient d’endeuiller récemment son secteur géographique (59) :

 « Depuis le début de l’année, à Lille, quatre suicides ont eu lieu au CHR, un inspecteur du travail s’est donné la mort. Et c’est sans compter, tous ceux que l’on ignore. »

 Le billet remet en cause une conjonction de phénomènes conjoints concentrant les questions d’organisation du travail, de rémunération, de précarité, d’intensification des tâches, d’augmentation des cadences, de contrôle des salariés, de répression syndicale… Le tout assumé et justifié par le dogme jamais (Ô Grand Jamais !) remis en cause de la sacro-sainte compétitivité. Pourtant, cette logique est en train d’atteindre ses limites en touchant au cœur même de ce que l’humanité devrait avoir de plus précieux : la vie.

 Ce phénomène a pourtant un avantage indéniable, dans une société toute entière tournée vers la seule rentabilité (y compris dans des secteurs qui devraient de par leur nature y échapper), d’assurer un profit maximal et une gestion maximisée dont la recherche du moindre coût est le seul moteur, au plus grand mépris de toute autre considération, notamment humaniste.  Cette logique patronale que tous les dirigeants ne conscientisent pas forcément, pris qu’ils sont dans un mouvement d’ensemble qui leur échappe et auquel ils doivent parfois se soumettre (ou se démettre…) présente l’avantage indéniable de mettre en concurrence les travailleurs entre eux, pour leur plus grand profit et leur seule liberté, dite d’entreprendre. Celle-ci est bien souvent non négociable chez les libéraux pur et dur et plus largement les Dedroite, qui la conçoivent comme une pierre d’achoppement de la possibilité de liberté au sens le plus général alors qu’elle n’est la somme que d ‘intérêts particuliers…

 Ce qui est nouveau, c’est que cette critique concernant les méfaits de l’ultra-libéralisme sur l’organisation du travail était auparavant plutôt cantonnée au seul rang hiérarchique des travailleurs industriels. Voilà qu’elle touche à présent l’ensemble des professions¹, quel que soit leur niveau hiérarchique, leur fonction, leur activité, et cela dans tous les domaines, y compris les professions libérales. Même le secteur public qu’on disait auparavant épargné est actuellement le terrain de la plus formidable entreprise de destruction massive d’emplois et d’un plan social sans précédents, qui ne dit pourtant pas son nom. On peut ainsi tout sacrifier sur l’autel de l’austérité, dogme jamais remis en cause non plus… Il ne viendrait en effet à l’idée de personne, tant cela est devenu un exercice de vertu unanimement partagé (« On ne peut pas faire autrement ! ») de refuser un tel massacre, un tel déni de l’être humain, un tel manque d’humanité sous le prétexte qui apparaît comme tellement incontournable de réduction de la dette publique et d’assainissement du budget de l’Etat, par tous les candidats en lice.

 Tous ? NON. Le représentant d’un peuple d’irréductibles gaulois continue de porter en ce moment haut et fort, parfois au détriment de ses propres limites physiques, notre voix d’opposition à cette entreprise de régression sociale sans précédents, avec pour fière devise L’Humain d’abord. Mieux vaut celle-ci qu’une France forte (ou l’autoritarisme consubstantiel à cette droite dure est toujours latent…) qui l’est d’autant moins qu’elle ignore ses propres faiblesses, comme on a pu l’effleurer ici à l’occasion du thème abordé. Continuer de nier cette dimension de notre évolution sociétale si négative, et ne pas y apporter de réponse, c’est condamner à coup sûr l’ensemble de notre civilisation, dont certains se voudraient si fiers de sa suprématie. Il n’y a pas forcément toujours de quoi… Ce phénomène des suicides liés au travail est en effet loin d’être une mode, pour répondre au mépris de classe de Monsieur Lombard, ancien PDG de France Télécoms, mais la résultante d’un système sociétal défaillant, comme le démontre beaucoup plus concrètement que moi le billet de Jean-Paul, à qui je cède le mot de la fin, l’essentiel, pour m’effacer, et vous inviter à lire la suite, particulièrement digne d’intérêt :

 « De l’ouvrier à l’ingénieur, de l’infirmière au médecin, de l’instituteur à l’agriculteur “le travail bien fait” avait une vertu émancipatrice et de reconnaissance sociale. Les modes managériales mises en œuvre aussi bien dans les entreprises, que désormais dans les services publics, pour faire passer le travail sous la direction de la finance, ont remisé cette notion et attaqué l’essence même du travail. » (lire la suite)

.

 ¹ On pourra d’ailleurs regretter qu’il ait fallu que cette vague de suicides en vienne à toucher des cadres pour que l’on s’en émeuve davantage, et que l’on tente enfin de commencer à y réfléchir et à  trouver des amorces de solutions… Seul problème : elles sont confrontées très concrètement ,  au quotidien,  au bon vouloir des dirigeants.  Et s’ils sont défaillants sur ce point, et qu’ils nient ce phénomène de souffrance au travail, préfèrant lui trouver, parce que c’est plus commode (ça évite de se remettre soi-même trop en question), à des causes extérieures, purement privées, comme le prétexte en est facile dans ce genre d’affaires  ? J’aimerais militer pour un devoir d’ingérence sur ce point , que ce soit dans les entreprises, les services publics et nous permettre de conquérir un nouveau droit : celui du bien-être au travail.

Encore un drame de la souffrance au travail…

Que dire qui ne soit vain, face à de tels drames, tant de souffrance, tant de malaises… A l’école ou ailleurs.

Une femme professeur d’une quarantaine d’années a tenté de s’immoler par le feu jeudi matin dans la cour du lycée Jean-Moulin de Béziers (Hérault), à l’heure de la récréation devant des élèves et des professeurs. Brûlé au troisième degré, son pronostic vital n’est plus engagé. Elle a été évacuée en hélicoptère vers le service des grands brûlés du CHU de Montpellier.

Selon le procureur de la République de Béziers, Patrick Mathé, elle «devrait s’en sortir» grâce à l’intervention rapide des témoins de la scène, puis des secours.

Selon le Midi Libre, il s’agirait d’une professeur de mathématiques de 44 ans en conflit avec des élèves. La veille du drame, une réunion houleuse se serait tenue. Une réunion qu’elle aurait très mal vécue. La jeune femme a agi à la récréation de 10 heures.Un bidon de carburant à la main, la professeur se serait placée au centre de la cour, criant «c’est pour vous ! » en s’aspergeant de carburant avant de s’immoler. Présents, élèves et professeurs sont intervenus pour éteindre les flammes avec des extincteurs.

Dans la grande cour, de nombreux élèves et professeurs ont assisté à la scène. «Nos collègues sont extrêmement choqués, les élèves, tout l’établissement est sous le choc», témoigne Jean-Luc Vaïsse, secrétaire départemental  SE-Unsa, joint par le parisien.fr. «Une cellule psychologique a été rapidement mise en place avec des psychologues et des médecins scolaires», poursuit-il. (source)

le procès des risques psycho-sociaux s’invite chez Renault

Risques psycho-sociaux : Renault, sur le banc des accusés, condamné aujourd’hui pour faute inexcusable. Et c’est tant mieux ! Au suivant…

 Dans son arrêt de ce matin, la cour d’appel de Versailles a donc reconnu la «faute inexcusable» de Renault dans le suicide en 2006 d’un ingénieur du Techno Centre de Guyancourt. Il s’agit du premier dossier à parvenir à ce stade de la procédure.

Le 20 octobre 2006, cet ingénieur de 39 ans s’était jeté du cinquième étage du bâtiment principal du Techno Centre.  Il s’agissait du premier des trois suicides en quatre mois de salariés du Techno Centre, dont deux sur leur lieu de travail.

«Selon la cour d’appel, Renault avait nécessairement conscience des dangers encourus par Antonio au regard de la charge de travail qui lui était imposée. »

Bien que Renault ait 2 mois pour se pourvoir en cassation, on espérera très naïvement qu’il y renoncera par respect pour la mémoire du défunt… afin qu’il nous prouve que la vie humaine est à ses yeux plus importante que l’argent et l’image de sa société.

«J’espère que ça sonnera comme un avertissement» a déclaré son avocate.

 Et bien moi, je l’espère aussi, en une période où il est de bon ton pour certains employeurs peu scrupuleux de dénigrer les difficultés psychiques de leurs employés quand ils osent tirer le signal d’alarme, préférant  mettre leur état sur le compte de problèmes personnels forcément extérieurs à leur activité professionnelle (ben tiens, mon cochon !).

 Fort de mon expérience personnelle, professionnelle et syndicale, je ne peux que m’indigner publiquement de ce que lesdits employeurs puissent se  débarrasser aussi opportunément de leurs propres responsabilités vis-à-vis de la santé, dans sa globalité, c’est-à-dire également psychologique, de leurs salariés. De plus en plus souvent, il est en effet indéniable que la recherche de profits à tout prix pour les entreprises privées et la marche inexorable du rouleau compresseur de la RGPP dans le secteur public  a un coût humain de plus en plus important et insupportable pour une société dite civilisée, et qu’il conviendrait peut-être de le prendre davantage au sérieux que ne le font actuellement les pouvoirs publics.

 Par delà l’événement aussi atroce qu’insupportable de ce salarié fusible de France Télécoms qui s ‘est donné la mort de la plus horrible et spectaculaire façon qui soit, ou plus récemment de celui de cet inspecteur du travail, dont a Fondation Copernic salue aujourd’hui la mémoire, il est à mes yeux important que le suicide puisse être reconnu comme une maladie professionnelle.

 En effet, dans l’«évolution du droit sur l’obligation de sécurité des employeurs», il n’est pas anodin de savoir que « la reconnaissance d’un suicide comme accident de travail donne droit pour son conjoint à une indemnisation par la Sécurité sociale. Cette indemnisation peut être majorée en cas de reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur et complétée par une réparation de ce dernier. » (source)

 
COMMUNIQUÉ DE LA FONDATION COPERNIC

 La Fondation COPERNIC rend hommage à Luc Beal Rainaldy, 52 ans, Inspecteur du Travail, secrétaire national du SNUTEFE FSU (1) , qui s’est donné la mort le 4 mai dernier dans des locaux du Ministère du travail et dont les obsèques ont eu lieu le 13 mai 2011 à Fontenay-sous-Bois (94). Ce fut une émouvante cérémonie, en présence de nombreux collègues, syndicats et associations, où ses engagements au service de la défense des droits des salariés ou des « sans papiers » ont été soulignés. Nous partageons la consternation et la douleur de ses camarades et proches.

Si un suicide procède toujours de l’addition de plusieurs facteurs, le contexte où il survient, exprimé par Luc Beal Rainaldy dans sa dernière lettre, met en lumière un phénomène jusque-là occulté : les dégâts humains de la revue générale des politiques publiques – RGPP – soit la restructuration brutale des services de l’Etat, menée au pas de charge depuis 4 ans.

Cette autoproclamée « réforme de l’Etat » emprunte les mêmes méthodes que les restructurations dans les groupes industriels et commerciaux, elle promet toujours de faire mieux avec moins… Et produit fatalement des effets similaires dans les services publics (fonctions publiques, « opérateurs » comme Pôle Emploi, Sécurité Sociale…) : suppressions de postes, réorganisations permanentes, perte de sens sur les missions ; s’y ajoutent la paupérisation et l’inefficacité organisées, et jusqu’à la sécurité de l’emploi qui se trouve aussi remise en cause.

Ainsi les risques psycho-sociaux (intensification du travail, individualisation, harcèlements…), apparus au grand jour à travers les cas de France-Télécom ou Renault et contre lesquels les services du Ministère du travail ont été sommés de se mobiliser, émergent-ils en son cœur. Le phénomène des suicides professionnels progresse dans plusieurs administrations et sort enfin de l’ombre (2).

Lors d’un colloque co-organisé par la Fondation COPERNICet le Monde Diplomatique en juin 2009, ce constat avait été posé : « … A l’instar du secteur privé, ces maux gagnent l’administration. Les personnels ont l’impression de voir émerger en son sein des travers qu’ils étaient censés aider à endiguer dans les entreprises… » (3)

Il va falloir faire reculer et battre cette transformation en profondeur du service public qui le dénature, au prix de la souffrance des agents, et conduit à des drames.

Les combats sans concession et si généreux de Luc sont un exemple pour tous ceux et celles qui l’ont côtoyé.

Aux côtés de beaucoup d’autres, nous allons les continuer.

LA FONDATION COPERNIC, LE 16 MAI 2011

1. Syndicat national unitaire Travail Emploi et Formation Economie – FSU. 2. Cf. Libération – 16/04/11 « Services publics : un malaise face à l’hémorragie ». 3. L’Etat démantelé, Ed.La Découverte, 2010, Chapitre 12, « La réforme des services déconcentrés de l’Etat. L’exemple de l’Inspection du Travail », p.200-210.


Mon travail sur le sujet :

Qui a tué le juge Tran-Van ?

Le suicide, maladie professionnelle (ou Du management par la peur)

Mon travail m’a tuer…

Suicide, mode d’emploi ?

le vampire de La Poste…

(source de l’illustration : UNSA pôle-emploi ici)

 

.