forces et faiblesses de Nouvelle Donne : des points de convergence avec le Front de Gauche

Pierre-Larrouturou-celui-qui-veut-faire-penser-la-gauche_article_landscape_pm_v8Faut bien en parler, ne serait-ce que pour faire plaisir à ceux et celles qui le soutiennent, qui ne sont pas nos ennemis, et avec lesquels on peut parfois trouver quelques points de convergence…  Mais faut quand même reconnaitre que leur cœur de cible est particulièrement ténu, et que j’ai un peu de mal à le situer, quelque part entre l’aile gauche du PS et le front de Gauche. Autrement dit, le royaume du pas grand chose ou l’infini du presque rien.

Et puis, Larrouturou, son discours, on le connait, depuis longtemps, basé en grande partie sur la réduction du temps de travail. je ne suis pas très sûr qu’il résolve tout, mais je vais faire un effort. Il vient d’accorder un interview à Paris Match…. Voilà qui me demande un deuxième effort, presqu’ insurmontable. Car enfin, quand on aime la politique, Paris Match, voyez vous, c’est un peu comme le Républicain Lorrain pour qui aime les analyses de l’actualité fouillées.  Passons. Que nous dit le fondateur de Nouvelle Donne, parti récent que j’ai qualifié une fois, en toute objectivité et rationalité électorale me semble-t-il, de « Supplétif du PS », ce sur quoi je n’ai toujours pas changé d’avis, puisqu’on les crédite au prochaines élections européennes (je ne savais même pas qu’ils déposaient des listes, étant donné leur (trop) récente création) de la part impressionnante d’intentions  de vote de …. 1,5 %.  S’ils font ça, ce sera déjà bien. Passons encore. La valeur n’attend pas le pourcentage d’intentions de votes, en effet.

Le titre de son interview part pourtant d’un bon constat, que je partage :

« La politique de l’offre de Hollande, une erreur tragique »

« Il y a eu une révolution libérale dans les années 1980; Margaret Thatcher a changé l’Europe en trois ans en tapant du poing sur la table. Nous disons : en un an ou deux ans, faisons l’inverse. Nous disons qu’on ne peut pas y arriver à 28. Il faut redémarrer à 6, à 9 ou à 11… Vous avez vu, il y a 11 pays qui ont lancé la taxe Tobin. Les Anglais sont furieux, mais c’est la preuve qu’on peut y arriver. »

Voilà qui me rappelle le discours de Wauquiez, ce qui n’est déjà pas bon signe, non seulement en termes de gauchitude, mais aussi et surtout parce que le repli sur soi en politique ne m’a jamais semblé représenter une bonne solution. Mais là où je suis d’accord avec Larrouturu, c’est sur le parallèle qu’il fait avec l’Allemagne : « au moment même où la droite allemande dit qu’il faut faire plus de justice sociale, François Hollande préconise une politique de l’offre. C’est une erreur tragique. » il a raison. je l’ai déjà écrit ici, alors qu’en Allemagne on parle d’instituer un salaire minimum pour lutter contre la précarité, il y a une certaine incongruité à le remettre en cause de ce côté ci du Rhin, et de réclamer plus de flexibilité (toujours pour les mêmes…) alors que les contrats de courte durée n’ont jamais été aussi nombreux en France.

Autre point de convergence entre nous, l’attitude de Nouvelle Donne par rapport au traité Transatlantique, que Raquel Garrido a très bien démystifié dans une petite vidéo très pédagogique. Il est en effet nécessaire de donner à cette négociation un caractère plus démocratique, là où cela apparait un peu trop comme un coup de poignard dans le dos des peuples dans la plus totale opacité.

je suis d’accord également avec cette idée d’un  » énorme emprunt de 1000 milliards d’euros au niveau européen pour combattre le réchauffement climatique.  » Toutefois, je la juge peu réalisable en l’état actuel des forces en présence, malgré son caractère d’impérieuse nécessité.

Pour terminer – je ne vais en effet pas m’étendre sur le discours d’un type et d’un parti qui me semble d’emblée pour les raisons que j’ai déja dites voué à l’échec – une phrase de cet interview m’est restée en travers de la gorge, malgré que je sois l’un de ceux qui a pris ses distances avec Mélenchon :

« Une autre partie, autour de Jean-Luc Mélenchon, dit que l’économie, ce n’est pas très important et qu’il faut «mettre du conflit partout».

De la même manière que je n’ai pas voulu caricaturer ici les positions de ce Monsieur (bien que je souhaite le remettre à sa juste – infinitésimale – proportion),  on aurait aimé qu’il se donne la même peine et présente les mêmes préoccupations morales. Que je sache, les propos, les positions et les écrits de Généreux notamment, de même que d’autres économistes atterrés, sont là pour illustrer tout le contraire de cette grossière caricature, à laquelle on  est plus habituée quand elle vient de fauxcialistes patentés. Ce genre de mépris là n’aide pas le débat. Mais peut-être répond il à un autre venant de notre camp, pourquoi pas, je suis prêt à l’admettre. C’est pourquoi il me semble utile de poursuivre l’échange plutôt que de rester sur une logique de supériorité réciproque et exclusive. Les vertus du débat, plutôt que de l’ invective, puisque le Monsieur le dit,  voilà qui devrait nous rejoindre…. J’attends des arguments à ce que je viens d’écrire ici.

 

 

Nouvelle conne

logo-NouvelleDonne_web250J’ai voulu en savoir un peu plus sur cet énième Parti qu’on nous présente comme nouveau et forcément plus moderne que les autres,  qui prétend une fois de plus  révolutionner la gauche, et faire du neuf sur du vieux. Il s’intitule Nouvelle Donne, d’où le jeu de mot à la con dans le titre (pas pu m’en empêcher). A ne pas confondre avec Nouvelle Donne, une association oeuvrant pour la réinsertion des cadres, ou avec Nouvelle Donne, un magazine visant à la promotion du genre littéraire éminemment respectable que sont les nouvelles, ou encore avec Nouvelle Donne, du Grand Lyon, qui se présente comme « accélérateur de transition professionnelle », ou aussi Nouvelle Donne, un organisme de formation du 07, ou Nouvelle Donne, une simple (sic)  agence de com…. J’arrête là la plaisanterie.

Ce parti s’articule autour de la personnalité de Pierre Larrouturou, dont nous sommes nombreux parmi les blogueurs à connaitre les propositions, vu qu’il a eu la gentilllesse de nous les envoyer en version papier; grâce lui en soit rendue. On le présente souvent comme un proche de Rocard, et il est surtout connu pour sa volonté forte de voir triompher l’idée du partage du temps de travail. Initiateur avec d’autres (dont feu Stephane Hessel) du Collectif Roosevelt auquel le nouveau parti dont il est question ici doit son nom (« It’s a New Deal »), il est passsé par le PS, puis par EELV, puis de nouveau par le PS, avant, donc de créer ce nouveau (petit) parti.  A ses côtés, des figures plus médiatiques, et plus connues du grand public, comme Bruno Gaccio (ex-« Guignols de l’info »), le philosophe Edgar Morin, le médecin urgentiste Patrick Pelloux ou… Isabelle Maurer, la chômeuse qui avait interpellé Jean-François Copé sur France 2, la fondatrice d’Attac, Susan George, Christiane Hessel-Chabry, la veuve de Stéphane Hessel, la sociologue Dominique Meda. Edouard Martin, « le syndicaliste de la CFDT, populaire pour son combat mené à Florange, serait sur le point de les rejoindre », selon Le Nouvel Obs. L’Express,  Le Monde, Le Parisien, Libération, Les Inrocks, et même le Figaro en parlent eux aussi abondamment, c’est dire l’exposition médiatique du machin.

Son objectif ? Excusez moi du peu :  arriver devant le PS aux élections européennes de 2014, ni plus, ni moins. On peut toujours rêver, mais faire d’un mouvement qui atteignait seulement 11% de votes des militants socialistes au dernier congrès un parti qui dépasserait les cadors du PS, j’ai franchement du mal à y croire, je l’avoue, et ce malgré ma soif de nouvelles expériences  à gauche. En outre, quelquechose m’interpelle, compte tenu de la composition de ce parti et de son positionnement politique : la motion 4 aurait-elle pour seul moteur de se venger du PS, qui l’a carrément évincé des listes de prétendants à ses couleurs aux élections européennes ? Et comment compte-t-elle s’en démarquer alors que ses initiateurs sont essentiellement issus du PS, et qu’ils ne prétendent aucunement se rapprocher du Front de Gauche ? Ou d’EELV ? Entre ses alternatives politiques un peu plus ancrées, le créneau qu’ils ont choisi semble terriblement étroit… S’ils en restent seulement là,  l’initiative risque fort de ressembler dans quelques moi à un pétard mouillé… malgré la belle com bien huilée à laquelle nous avons assisté aujourd’hui.

Et puis, tous ces gens là, sont pas franchement de gauche, la vraie, veux je dire. Car ceux qui prétendent d’emblée dépasser les clivages, comment dire…. cela me rappelle quelquechose.

Rocard, 82 ans, has been ma non tropo

lagauchenaplusdroitalerreurQuand j’étais jeune et pas encore en âge de me faire une idée précise  des positionnements politiques des uns et des autres, je pensais que Rocard, par rapport à Mitterand,  était un dangereux  gauchiste… Il attirait donc ma sympathie, d’autant plus qu’il s’y opposait clairement, idéologiquement parlant. Toutefois, son langage était moins clair, on ne comprenait effectivement (comme certaines marionnettes  l’ont assez raillé… ) pas tout ce qu’il disait, tant y régnait une certaine confusion.

Aujourd’hui, je viens de lire ses propositions et ses « solutions pour l’économie » m’apparaissent plus clairement pour ce qu’elles sont : un positionnement libéral de centre gauche…

– Retraite à 65 ans, et pourquoi pas au delà puisqu’il estime que l’âge ne doit pas être un repère indétrônable du départ à la retraite

-« ralentissement » dans la réduction des déficits pour prendre en compte la leçon des erreurs des économistes du FMI qui, faute d’avoir entendu à temps le discours que nous avions d’emblée à ce sujet au Front de Gauche, nous entraînent dans la récession, par le poids de plus en plus lourd du chômage et de la baisse des salaires qui génèrent une dangereuse diminution de la consommation, pour se conformer provisoirement à la doxa  keynesienne… Un point de vue qui montre selon moi l’intelligence (il faut lui reconnaître cela) économique de Monsieur Rocard.

– diminution du temps de travail, sous l’influence manifeste de Larrouturou , dont c’est le Leitmotiv assumé  (j’en profite d’ailleurs pour le remercier au passage de l’envoi de son livre…). Une contrepartie à leurs yeux acceptables de l’allongement de l’âge de départ à la retraite, assortie pour les entreprises  bien sûr d’une baisse des cotisations….

J’ai bien aimé le clou de cet article qui est que « L’amputation du pouvoir d’achat est imbécile, alors que le pays a besoin de davantage de consommation. » Nous ne cessions de le marteler, et voilà que Mr Rocard deviendrait de ce point de vue Mélenchonniste ? Je souris…. Jaune. Car je ne suis à présent plus vraiment dupe du positionnement politique  de ces gens là…

Tout cela pour souligner une lapalissade, qu’il me semble cependant important de souligner, face à l’assurance si volontiers insultante de certains jeunes libérés de tous tabous, y compris ceux des canons usuels de la politesse : la culture politique, ça s’entretient, s’améliore, se nuance, se précise et se détaille avec le temps… Et si j’étais resté avec ma vision de jeune trouduc (je parle là volontairement, par ironie, en vieux con), je pourrais éventuellement faire un billet au ton exagéré, en termes d’analyse politique, d’une manière ou d’une autre… Rocard serait alors trop de droite ou pas assez de gauche. Alors qu’il a toujours été finalement un peu la même chose : au centre, mesuré, réfléchi, nuancé, et plus complexe que l’époque ne voudrait nous y obliger… Tous. Car effectivement, l’époque et les outils nous obligent parfois (voire souvent) pour nous montrer plus visibles, à adopter un positionnement volontiers caricatural…

La vérité est toujours plus nuancée. Et je l’écris d’autant plus aisément que je viens ici tous les jours jouer mon rôle… De gauche. Vraiment. Ce qui n’empêche nullement la distance. Comme Magritte pouvait écrire « ceci n’est pas une pomme’, je suis et ne suis pas Gauchedecombat. Mais moi, un être infiniment plus complexe que ma maîtrise de l’écrit, ou plutôt les limites inhérentes au langage ne me le permettent. Les contradictions inhérentes à l’âme humaine ne sont effectivement pas toujours traduisibles par le discours… Ce qui compte le plus n’est-il pas finalement, pour le bavard à l’oral comme à l’écrit, ce qui est en filigrane sous le texte ?

J’ai nommé : l’intraduisible. L’humain. D’abord. Là aussi. Je peux ainsi par exemple  ne pas être d’accord avec les propositions de Mr Rocard, mais néanmoins en souligner l’apport utile pour le débat démocratique, sans me ressentir forcément comme un social traître… Car lui, au moins, me semble un peu plus innovant malgré son âge avancé, avec l’aide il est vrai  de Larrouturou, qu’un certain gouvernement excessivement  prudent et à mon sens inefficace, alors que l’époque nécessite de toute urgence de la créativité dans les propositions politiques liées à l’emploi… Un point central, fondamental, sur lequel ce que j’ai vu n’agit qu’à la marge. Quand cela n’entérine pas purement et simplement les orientations du Medef… Rocard serait-il donc en l’espèce plus de gauche que Hollande ? C’est à croire… Principe de réalité nuancée.

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