Suicides à La Poste : responsable et coupable (Rapport d’experts ici faisant foi)

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Lettre ouverte à Monsieur Philippe WAHL, PDG du Groupe La Poste

Copie pour information : aux membres du Conseil d’Administration du Groupe, au Ministre de l’Economie (Ministère de tutelle) au Ministre du Travail (tutelle des inspecteurs du travail et en charge de l’agrément des experts CHSCT), au Président de la Commission Supérieure du numérique et des Postes, au Président de l’ARCEP, aux organisations syndicales représentatives de La Poste.

Paris, le 13 octobre 2016,

Monsieur le Président-Directeur Général,

En tant qu’experts agréés auprès des Comités d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT), nous avons décidé de vous alerter la direction de La Poste sur la dégradation des conditions de travail et le mépris du « dialogue social » manifesté dans les différents secteurs et aux différentes échelles du Groupe. Nous avons conscience que cette démarche d’alerte rendue publique est inhabituelle. Cependant, nous l’assumons, parce qu’ayant réalisé de nombreuses expertises pour le compte de CHSCT du Groupe, nous mesurons à quel point la situation est préoccupante du fait de la rapide dégradation de l’état de santé des agents. Nous savons aussi combien les représentants du personnel, nos mandants, se sentent démunis en raison du refus du dialogue auquel ils doivent faire face.

Du Courrier au Colis, du Réseau à la Banque, les agents de La Poste subissent des réorganisations permanentes qui réduisent chaque fois les effectifs, et soumettent les agents qui restent à des cadences accélérées. En dépit des recommandations du rapport Kaspar en 2012, le rythme des réorganisations reste effréné. On les habille désormais d’une supposée « co-construction », mais les diaporamas sommaires, les études d’impact standardisées et les groupes de travail sans travail sont les seules concessions au « dialogue social ».

Pour prescrire le travail, les directions de proximité doivent s’appuyer sur des modèles statistiques obscurs, qu’elles-mêmes ne savent pas expliquer ; ces modèles, qui sont supposés résumer l’activité, font barrage à l’expérience et à l’intelligence partagée des agents. Les modèles de prescription et de réorganisation du travail, basés sur des modélisations statistiques (comportant par ailleurs de nombreux biais) s’imposent en dépit de la prise en compte du travail réel et annihilent toute possibilité de discussion sur le travail (et d’amélioration de ses conditions).

Des « organisations innovantes » sont mises en œuvre, qui souvent sur-spécialisent les agents, les exposent à une aggravation de la pénibilité physique, transforment leurs métiers sans recueillir leur avis. Une logique purement taylorienne s’impose : les agents ne sont vus que comme des exécutants sommés d’appliquer la stratégie édictée par des cadres dirigeants – qui sont par ailleurs les seuls à voir leur effectif s’étoffer. De surcroît, à suivre les consignes, on ne gagne même pas la satisfaction du travail bien fait. Pour les agents de La Poste, c’est la double peine, ou plutôt le double risque psychosocial, puisqu’ils voient se dégrader en même temps leurs conditions de travail et la qualité de service délivrée aux usagers.

Les conséquences en termes de santé au travail sont d’ores et déjà dramatiques : le groupe La Poste continue de rencontrer des cas de suicides au travail ; les situations de détresse individuelle ou de conflits ouverts entre agents sont désormais fréquentes ; les indicateurs de santé et de climat social témoignent d’une dégradation qui, déjà dénoncée dans le rapport Kaspar en 2012, n’a depuis cessé de s’aggraver.

Le corrélat de cette dégradation, c’est le mépris affiché par les directions vis-à-vis des institutions représentatives du personnel. La Poste n’est déjà pas bien équipée en la matière : alors que, désormais, la majorité des agents sont des salariés de droit privé, ils ne bénéficient toujours pas de Comités d’Entreprise et d’Etablissement. L’essentiel de la discussion entre les directions et les représentants du personnel est donc reporté, soit vers des comités techniques et des commissions ad hoc quasiment sans pouvoir, soit vers les CHSCT.

Ces derniers sont les plus proches de l’activité. Leurs avis sont requis par le Code du Travail. Les élus des CHSCT se nourrissent de la parole des agents qu’ils représentent, des enquêtes qu’ils diligentent et des expertises qu’ils commanditent. Ils constituent quasiment le seul contre-pouvoir institutionnel. C’est sans doute pourquoi les attaques de la direction se concentrent sur ces CHSCT – et, comme un dommage collatéral, sur nous qui sommes leurs adjuvants occasionnels.

L’entrave à l’action des CHSCT – et, par là, à leur mission de prévention des risques professionnels– se manifeste de diverses manières :
• par la rétention d’informations : les directions cachent des documents puis, lorsque leur existence est connue et que les élus demandent à en avoir connaissance, elles le leur refusent sous divers prétextes ; les informations les plus cruciales (par exemple celles sur le calcul des cadences) ne sont pas communiquées au motif qu’elles sont produites par la direction nationale tandis que les CHSCT n’ont que des compétences locales ;
• par la mise en œuvre de projets importants modifiant les outils et/ou les conditions de travail sans solliciter leurs avis ;
• par le refus de répondre aux questions des élus dans les CHSCT ;
• par un combat systématique contre les expertises, selon une procédure codifiée et diffusée à toutes les directions : ce combat est passé d’abord par la contestation judiciaire des délibérations des CHSCT, avant de se reporter sur les cabinets d’expertise (pour la plupart de petites entreprises que La Poste cherche à dissuader d’accepter des expertises, au moyen d’impayés et de contestations de leurs honoraires au tribunal) ;
• par le refus d’entendre et de prendre en compte les avis circonstanciés des élus.

Confrontés à ce refus du dialogue, des agents ont mené des grèves en de nombreux sites. Là encore, ils ont parfois été confrontés à des pratiques déloyales, voire même illégales (comme le remplacement de grévistes par des taxis).

Dans cette stratégie de la direction de La Poste, il y a une contradiction. Les réorganisations sont menées tambour battant, couvertes par l’idée technocratique que l’intendance suivra et que les râleurs partiront. Dans le même temps, cette direction croit pouvoir garder intact le trésor du groupe : la conscience professionnelle de ses agents, tournée vers le service du public. Or, le professionnalisme ne se décrète pas d’en haut. Il se construit avec ceux qui réalisent le travail, par l’échange de pratiques, la discussion et l’arbitrage collectifs, l’élaboration et l’incorporation de règles de métier à l’échelle des établissements, des équipes, des personnels – et des institutions qui les représentent, comme les CHSCT.

À oublier cela, la direction de La Poste prend le risque de dégrader simultanément la qualité de service, la santé des travailleurs, mais encore la stratégie du Groupe qui souhaite pourtant capitaliser sur la confiance dont les postiers bénéficient auprès de la population, alors même que les conditions d’exercice qui l’ont rendu possible sont mises à mal.

Il appartient aux différents acteurs de la chaîne de prévention des risques professionnels et de développement de la santé au travail d’agir où ils le peuvent, et de sonner l’alarme lorsque trop d’obstacles les empêchent d’agir efficacement. C’est pourquoi nous émettons cette alerte, car il nous est de moins en moins possible de mener à bien notre mission d’expert agréé, en raison des entraves opposées à notre travail, et plus généralement de l’absence de prise en compte des avis et alertes formulés par les représentants du personnel.

Il appartient à celui qui a le pouvoir de diriger, de prescrire et d’organiser le travail, c’est-à-dire l’employeur, de prendre ses responsabilités. La direction de La Poste ne pourra pas dire qu’elle n’a pas été prévenue, au regard :
• du principe constitutionnel de la participation des travailleurs à la détermination collective des conditions de travail, dont découlent les consultations du CHSCT ainsi que l’a rappelé récemment le Conseil Constitutionnel ;
• de l’obligation de sécurité de l’employeur qui prévoit que « l’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs » (L.4121-1 du Code du Travail) ;
• et des principes généraux de prévention, tels qu’ils sont énoncés à l’article L.4121-2 du Code du Travail.

Espérant que cette alerte contribuera à nourrir votre réflexion, dont découleront les changements qui
s’imposent, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président-Directeur Général, l’expression de
notre considération.

Un collectif de cabinets d’expertise agréés indépendants :

– Aptéis – Ergonomnia
– Aristée – Indigo Ergonomie
– Cedaet – Social Conseil
– Eretra – Odyssée

Je tiens à saluer ici personnellement la probité exceptionnelle de ces cabinets d’expertise qui exercent à leur manière leur devoir d’alerte. Chacun(e) pourra en effet juger par lui-même de l’extrême-gravité des faits qu’ils ont constatés, et à quel point, contrairement aux discours dominants en la matière qui cherchent de manière systémique à rejeter la cause des suicides dans le cercle privé des victimes,  l’organisation du travail est bien l’origine essentielle de ces suicides. Pour être réellement prévenus, cette structuration pathologique doit être modifiée de toute urgence. Des vies sont en jeu, par delà une logique exclusive de profits à court terme qui nie l’humanité, et ce gouvernement là ne pourra pas dire qu’il ne savait pas. Tous les français sont à présent témoins de l’action ou de l’inaction de chacun des ministres concernés, directement ou indirectement. Nous sommes collectivement comptables de votre pouvoir…

l’Etat français, le plus mauvais employeur de France

L’Etat français, à la fois juge et partie, et c’est là tout le hic, est le plus mauvais employeur de France. CDD successifs qui se multiplient à l’infini au plus grand mépris de la loi sur des postes permanents, contractuels qui représentent les trois quarts des effectifs dans certains pans entiers de l’administration, multiples clauses abusives dans les contrats de contractuels, et plus largement mépris généralisé de la législation du travail d’autant plus facilitée par le fait que l’Inspection du Travail n’y est pas compétente, stress lié à la diminution des effectifs suites à de multiples réorganisations entraînant des phénomènes de burn-out, elles-mêmes souvent liées à de multiples affaires de harcèlement au travail toujours aussi difficiles à prouver (les comportements de petits chefs comportant souvent une dimension sournoise propre à ce type d’individus) ,  mais cependant de plus en plus difficile à ignorer par les services de santé au travail qui ne pourraient que tristement confirmer mes propos en off (les risques sont trop importants pour eux à titre personnel en cas de trop grande médiatisation de ce qu’ils constatent au quotidien), missions qui se chevauchent, injonctions paradoxales… Aucun ministère ne m’apparait échapper à cette terrible description que je pourrais développer jusqu’à plus soif. Elle peut paraître d’autant plus exagérée qu’on n’y a jamais été confronté(e), ou qu’on en est hors d’atteinte de par sa fonction… je sais de quoi je parle. En abordant la thématique de ce que l’on nomme si pudiquement dans le jargon de la gestion des ressources humaine les risques psycho-sociaux, j’ai même eu la surprise de me retrouver un beau soir en contact par le biais de ce blog avec un fonctionnaire de Bercy qui ne faisait que douloureusement confirmer ce que j’écris ici. Il n’y est plus depuis, je crois. Perdu la trace. Tout cela pour vous dire que lorsque j’ai appris cette information qui peut paraître étonnante pour qui ne fréquente pas les fonctionnaires et continue de colporter bêtement cette litanie libérale du fonctionnaire feignant et profiteur, il parle d’un monde en grande partie disparu qui ne peut expliquer ceci :

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Il s’agit ici du Ministère de la Justice, mais on pourrait trouver bien d’autres exemples de la mauvaise gestion du personnel par l’Etat. A force de tirer sur la corde des budgets des administrations et des services, en les diminuant insensiblement année après année, ou en ne les revalorisant jamais, on en arrive à de telles extrémités, qui trouvent une illustration certes plus aiguë dans le cas présent. Tout le monde sait à quel point la Justice est malade dans notre pays, et la question des moyens y est évidente, et certaines situations parfois totalement ubuesques. j’y ai d’ailleurs consacrés plusieurs billets, dont l’un à l’occasion du mouvement sans précédents qui, sous Sarkozy, fin 2011,  voulait alerter  sur « la gravité de la situation des parquets » en termes de statut, de moyens et d’insécurité juridique. Il semblerait donc que d’importants problèmes de moyens, en l’occurrence en personnel, demeurent, et entraînent ce genre d’étranges tentatives de contournement des règles budgétaires. Face à cela, plusieurs réactions possibles, et il sera intéressant de voir comment les médias traitent cette information, préférant ou non comme à leur détestable habitude le bad buzz ou le fond des choses, et comment les politiques eux mêmes réagissent, en cherchant à se défausser sur d’autres ou pas. Beaucoup d ‘hypocrisie et de langue de bois sont à prévoir, sans rapport avec la prise en compte efficiente du problème, qui est de taille, et dont les responsabilités comme les modes de résolution sont collectifs. La question des moyens à affecter à la justice est un dossier parmi les plus importants qu’aient à traiter les politiques publiques aujourd’hui, et il me ferait bien rire que les mêmes qui ont tenu un discours sur le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, sur l’Etat souffrant d’embonpoint de fonctionnaires, et sur la nécessité de réduire plus drastiquement l’impôt tout en exigeant toujours davantage avec de moins en moins de moyens, viennent aujourd’hui accuser je ne sais quel obscur lampiste… A moins que ce ne soit une manœuvre pour déstabiliser Christiane Taubira, dont on sait à quel point sont nombreux ceux qui la détestent… et pas seulement à droite. Il ne m’apparait en effet que la responsabilité puisse lui être attribuée, ou en tous cas à elle seule.

Burn-out : l’exemple pathologique d’un « socialisme » honteux

Capture3je suis extrêmement choqué du rejet par le gouvernement du burn-out comme maladie professionnelle. Si encore ils avaient eu des raisons valables… Mais ce crétin de  Rebsamen, le ministre du chômage travail, dans sa bêtise crasse, n’a même pas conscience de l’incohérence totale qu’il y a de déclarer à la fois (c’était sur Europe 1) que le burn-out ne sera pas reconnu comme une maladie professionnelle mais que « La loi sur le dialogue social comprendra « un début de reconnaissance » du « burn-out ». Faudrait savoir… C’est une maladie ou ça n’en est pas une ?  De plus, l’argument invoqué me révolte absolument, car c’est exactement le même que celui utilisé par les employeurs fautifs pour se dédouaner cyniquement de toute responsabilité, quand bien même elle est patente :

« ce n’est pas une maladie qui peut figurer au tableau des maladies professionnelles, parce qu’elle n’est pas uniquement liée au poste de travail« . 

(Sous-entendu : « ceux qui en sont atteints ont souvent aussi des problèmes personnels, et qui nous dit que ça vient du boulot, hein ? »). Ben tiens… Quand on connait le sujet, et pas seulement en surface, on ne peut qu’être révolté par un tel positionnement, qui met gravement en difficulté les personnes concernées, si nombreuses, et qui le seront de plus en plus compte-tenu de la concentration de la pression provenant des employeurs (et de la fameuse et criminelle en l’occurrence loi du marché) et de l’hyper-réactivité nécessité par des rythmes de travail de plus en plus effrayants dans des contextes concurrentiels à outrance. Ces gens là n’ont vraiment plus rien de socialiste. Ils reprennent exactement le discours du patronat, sans aucun discernement. C’est insupportable et inadmissible. je pense à toutes celles et ceux qui en sont victimes, qui n’auront donc pour seule solution, face au harcèlement de leurs employeurs, à la pression du résultat et à une organisation du travail anxiogène et défaillante que de négocier, dans le meilleur des cas (quand leur employeur pour s’économiser des frais de licenciement ne les poussent pas cyniquement à la démission…) une rupture conventionnelle, avec les résultats que l’on sait. Honteux.  Not in my name. Cette gauche n’a vraiment plus rien de gauche. Qu’ils s’en aillent tous. Ils sont totalement inutiles, et nuisibles. Tous ceux qui mourront d’épuisement au travail vous remercient.

Quand la pensée magique du libéralisme social entre à l’hôpital… ça fait mal.

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Cela semble être la clé de sol de toutes les partitions technocratiques des gestionnaires d’établissements publics, qui justifient par là-même toutes les situations, même les plus inadmissibles, sans contestation possible. Un seul maître mot : l’organisation. Vous n’avez pas assez de temps pour faire ce que vous devez faire ? Vous manquez certainement d’organisation ! Même quand vous faites le boulot de 3 personnes pour le prix d’une… Formations, congés, arrêts-maladie, départs en retraite, et autres absences imprévisibles, ou  syndicales,  non remplacées, tout ce qui fait le quotidien d’un salarié de la fonction publique hospitalière, on s’en fout ! L’important, le vrai, ce n’est pas votre état d’âme et la fatigue ou l’usure de ceux qui restent, mais la continuité du service public, à marche forcée, le doigt sur la couture du pantalon. Et gare à qui dénonce la loi du talion et l’omerta de la souffrance au travail dans les établissements publics, et notamment hospitaliers… Il sera d’emblée ostracisé, vilipendé, méprisé, mis à l’écart, entouré d’une bulle de silence condescendant. On ira même jusqu’à se demander s’il n’y aurait pas là une bonne dose de souffrance personnelle qui viendrait s’y mêler, même quand ce n’est pas le cas, juste histoire de le discréditer un peu plus tout en montrant aux autres quelle est la seule voie possible : le silence et le renoncement, quitte à subir des conditions de travail inhumaines et parfois dégradantes. La peur de perdre son emploi dans une époque qui en manque tant agit à plein… Les contractuels sont légion, dans la fonction publique.

Aussi, quand j’ai entendu cette fable de la Fée Marisol qui consiste d’un coup de baguette magique à transformer la situation intolérable des personnels et des patients (chez nous, on dit usagers) des services d’urgence en havre de paix par la seule intervention de sorciers de la planification rationalisée des occupations de lits,  j’ai le droit, un petit peu plus qu’un autre peut-être, de douter. Je sais de quoi je parle. Et j’adresse toutes mes pensées en ce moment à celles qui tentent avec les moyens du bord de nous soigner le mieux du monde quand nous sommes entre leurs mains… Alors que leur monde, qui est le nôtre quand nous sommes souffrants ou blessés, est en difficulté… Il suffit d’aller sur cette page facebook pour s’enquérir de leur état d’esprit face à cette mesure qui manifestement, en fait sourire (jaune) plus d’un(e)… On est tellement à côté de la plaque (certaines me disent que cela se fait déjà depuis des années ici et là..) quand on voit des situations comme celle que je viens de prendre au hasard dans la page des #NB3NP , ne citant pas son nom pour ne pas lui créer d’ennuis… :

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Bon, je sais, ce n’est pas le même domaine, mais avec la fonction publique hospitalière, et l’amélioration des conditions de travail des personnels soignants, Marisol, c’est quand qu’on va où ? Car ce genre de situations commence à se généraliser un peu trop dangereusement… Nous en connaissons tous, et de plus en plus. Allez vous adopter dans ce cas vos plus beaux atours et votre belle voix flûtée pour nous parler de l’amélioration de la qualité dans les services, de la rationalisation de l’organisation du travail, et de ces gestionnaires de lits qui ne nous donneront pas plus de bras ? Assez de belles phrases. Des actes !

Sur le sujet, lire aussi : Comment sauver l’hôpital public ? Une intéressante table ronde qui permet de resituer à un niveau plus global le contexte particulier dans lequel s’inscrit cette mesure partielle (sinon partiale) en un condensé très instructif…. et facile à lire.

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Buen vivir… au travail

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Santé au travail : « nous sommes face à une forme de crime organisé »

Du cynisme des industriels à l’inaction des pouvoirs publics, Annie Thébaud-Mony, directrice de recherches au CNRS, dresse un état des lieux sans concession de la santé au travail…

 Le camarade gauchiste de twitter grâce à qui j’ai pu accèder cet article me faisait remarquer hier que la lutte pour la santé et la sécurité au travail devraient être des priorités dans nos luttes. Il prêche d’autant plus un convaincu que, l’esprit encore frais, enchanté et stimulé par le contenu des assises pour l’écosocialisme de ce week-end, ce thème est à l’exact point de convergence de nos préoccupations environnementales et sociales. Autrement dit, de l’écologie politique appliquée non seulement à la protection de la nature avec un grand N, mais également à l’être humain qui y vit,  et y travaille. Et aussi, parfois, de plus en plus, y souffre…  Que ce soit par sa trop grande exposition à des risques sanitaires, techniques ou environnementaux polluants ou dangereux, ce qui n’est pas nouveau, mais qui se double aujourd’hui des effets plus sournois d’une course au profit sans garde-fous d’aucune sorte, le droit du travail étant de moins en moins respecté, faute de contrôleurs. Et de prise en compte de leurs avertissements. Tout ceci accroît le mal être des salarié(e)s soumis à des pressions hiérarchiques parfois contradictoires, à ce que l’on nomme des injonctions paradoxales, et aux contraintes d’une organisation défaillante et démunie de moyens matériels les plus basiques, aux objectifs causant parfois de graves conflits soit de légitimité entre plusieurs membres d’un même collectif de travail, soit en termes de déontologie professionnelle malmenée par des impératifs économiques qui parfois n’ont rien à faire dans des domaines qui devraient de par leur nature y échapper, comme la santé, l’éducation, la formation, le travail social, l’emploi. En gros, tout ce qui répond à une notion d’utilité collective.

 Aussi souhaitons nous, pour répondre à tous ceux qui oublient ces vérités et ces valeurs fondamentales humanistes,  voir nos modes de production et d’organisation professionnelle  porteuse de dangers pour la santé des salariés changer pour assurer le bien-être non pas exclusivement des actionnaires et des grands argentiers de la planète, mais également de ceux qui contribuent fortement à la production de cette richesse, pour leur épanouissement.

C’est pourquoi j’ai écrit plusieurs billets sur le thème de la souffrance au travail et des risques psychosociaux, dans une phase plutôt critique de mon parcours professionnel, de laquelle je ne suis pas encore franchement sorti, soumis au lot quotidien de bien des contractuels de la fonction publique… Manque de moyens, organisation kafkaïenne mortifère et anxiogène,   exigences managériales autoritaires voir tyranniques  déconnectées de la réalité et des contraintes de chacun, soumis à un volume de travail de plus en plus écrasant… J’en passe et du pire, étant malheureusement tenu au devoir de réserve.

 C’est pourquoi je considère, probablement avec celui qui m’a fait partager cet article, que son titre, qui peut paraître excessif de prime abord, n’est pas si dénué de fondements qu’il ne pourrait le laisser artificiellement paraître.  Il suffit d’aller le lire pour s’assurer de sa crédibilité, de sa profondeur et de son contenu très factuel. On n’y évoque d’ailleurs des risques autrement plus palpables, mais tout aussi sérieux, que j’évoque dans mes billets cités. D’autant plus que celle qui dresse ce constat accablant n’est pas n’importe qui :

 » Sociologue du travail et chercheuse à l’Inserm, Annie Thébaut–Mony se spécialise dans les maladies professionnelles et la sécurité des salariés dès le début de sa carrière. Trente ans plus tard, elle continue à dénoncer, en bloc, les effets de l’amiante et de la radioactivité, l’inertie des pouvoirs publics et l’impunité des industriels dans un engagement sans faille qui, le 31 juillet dernier, la poussera même à refuser la Légion d’honneur.

Directrice du Giscop (Groupement d’intérêt scientifique sur les cancers d’origine professionnelle), responsable d’un programme d’études comparées en santé du travail et membre de l’IRI (Institut de recherches interdisciplinaires sur les enjeux sociaux) elle est, en outre, présidente de l’association Henri Pézerat sur les liens entre santé, travail et environnement, porte-parole de BAN Asbestos France, un réseau international de lutte contre l’utilisation de l’amiante et auteure de plusieurs ouvrages sur la santé au travail dont L’Industrie nucléaire, sous-traitance et servitude paru en 2000 et, 7 ans plus tard, Travailler peut nuire gravement à la santé. »

Aussi, bonne lecture. Puis action et… pour ceux et celles qui en ont les moyens, réaction !

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« Valeur travail » : la compétitivité ou la mort ? Nous choisissons LA VIE !

 

source : cliquez sur l'image

 

Face au libéralisme carnassier, il nous appartient collectivement  de conquérir un nouveau droit : le bien-être au travail.

Je viens de lire un billet sur le blog du Parti de Gauche de Seclin qui évoque le sujet de la souffrance au travail, thème qui m’importe particulièrement et que j’ai déjà évoqué ici à plusieurs reprises.

 Jean-Paul Biolluz, au nom de sa section, s’y indigne fort à propos de ce que le candidat de la droite dure veuille se faire le champion de la valeur travail alors que celle-ci n’a jamais été autant mise à mal par le système économique lui-même. Il en veut pour preuve cette terrible vague de suicides qui vient d’endeuiller récemment son secteur géographique (59) :

 « Depuis le début de l’année, à Lille, quatre suicides ont eu lieu au CHR, un inspecteur du travail s’est donné la mort. Et c’est sans compter, tous ceux que l’on ignore. »

 Le billet remet en cause une conjonction de phénomènes conjoints concentrant les questions d’organisation du travail, de rémunération, de précarité, d’intensification des tâches, d’augmentation des cadences, de contrôle des salariés, de répression syndicale… Le tout assumé et justifié par le dogme jamais (Ô Grand Jamais !) remis en cause de la sacro-sainte compétitivité. Pourtant, cette logique est en train d’atteindre ses limites en touchant au cœur même de ce que l’humanité devrait avoir de plus précieux : la vie.

 Ce phénomène a pourtant un avantage indéniable, dans une société toute entière tournée vers la seule rentabilité (y compris dans des secteurs qui devraient de par leur nature y échapper), d’assurer un profit maximal et une gestion maximisée dont la recherche du moindre coût est le seul moteur, au plus grand mépris de toute autre considération, notamment humaniste.  Cette logique patronale que tous les dirigeants ne conscientisent pas forcément, pris qu’ils sont dans un mouvement d’ensemble qui leur échappe et auquel ils doivent parfois se soumettre (ou se démettre…) présente l’avantage indéniable de mettre en concurrence les travailleurs entre eux, pour leur plus grand profit et leur seule liberté, dite d’entreprendre. Celle-ci est bien souvent non négociable chez les libéraux pur et dur et plus largement les Dedroite, qui la conçoivent comme une pierre d’achoppement de la possibilité de liberté au sens le plus général alors qu’elle n’est la somme que d ‘intérêts particuliers…

 Ce qui est nouveau, c’est que cette critique concernant les méfaits de l’ultra-libéralisme sur l’organisation du travail était auparavant plutôt cantonnée au seul rang hiérarchique des travailleurs industriels. Voilà qu’elle touche à présent l’ensemble des professions¹, quel que soit leur niveau hiérarchique, leur fonction, leur activité, et cela dans tous les domaines, y compris les professions libérales. Même le secteur public qu’on disait auparavant épargné est actuellement le terrain de la plus formidable entreprise de destruction massive d’emplois et d’un plan social sans précédents, qui ne dit pourtant pas son nom. On peut ainsi tout sacrifier sur l’autel de l’austérité, dogme jamais remis en cause non plus… Il ne viendrait en effet à l’idée de personne, tant cela est devenu un exercice de vertu unanimement partagé (« On ne peut pas faire autrement ! ») de refuser un tel massacre, un tel déni de l’être humain, un tel manque d’humanité sous le prétexte qui apparaît comme tellement incontournable de réduction de la dette publique et d’assainissement du budget de l’Etat, par tous les candidats en lice.

 Tous ? NON. Le représentant d’un peuple d’irréductibles gaulois continue de porter en ce moment haut et fort, parfois au détriment de ses propres limites physiques, notre voix d’opposition à cette entreprise de régression sociale sans précédents, avec pour fière devise L’Humain d’abord. Mieux vaut celle-ci qu’une France forte (ou l’autoritarisme consubstantiel à cette droite dure est toujours latent…) qui l’est d’autant moins qu’elle ignore ses propres faiblesses, comme on a pu l’effleurer ici à l’occasion du thème abordé. Continuer de nier cette dimension de notre évolution sociétale si négative, et ne pas y apporter de réponse, c’est condamner à coup sûr l’ensemble de notre civilisation, dont certains se voudraient si fiers de sa suprématie. Il n’y a pas forcément toujours de quoi… Ce phénomène des suicides liés au travail est en effet loin d’être une mode, pour répondre au mépris de classe de Monsieur Lombard, ancien PDG de France Télécoms, mais la résultante d’un système sociétal défaillant, comme le démontre beaucoup plus concrètement que moi le billet de Jean-Paul, à qui je cède le mot de la fin, l’essentiel, pour m’effacer, et vous inviter à lire la suite, particulièrement digne d’intérêt :

 « De l’ouvrier à l’ingénieur, de l’infirmière au médecin, de l’instituteur à l’agriculteur “le travail bien fait” avait une vertu émancipatrice et de reconnaissance sociale. Les modes managériales mises en œuvre aussi bien dans les entreprises, que désormais dans les services publics, pour faire passer le travail sous la direction de la finance, ont remisé cette notion et attaqué l’essence même du travail. » (lire la suite)

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 ¹ On pourra d’ailleurs regretter qu’il ait fallu que cette vague de suicides en vienne à toucher des cadres pour que l’on s’en émeuve davantage, et que l’on tente enfin de commencer à y réfléchir et à  trouver des amorces de solutions… Seul problème : elles sont confrontées très concrètement ,  au quotidien,  au bon vouloir des dirigeants.  Et s’ils sont défaillants sur ce point, et qu’ils nient ce phénomène de souffrance au travail, préfèrant lui trouver, parce que c’est plus commode (ça évite de se remettre soi-même trop en question), à des causes extérieures, purement privées, comme le prétexte en est facile dans ce genre d’affaires  ? J’aimerais militer pour un devoir d’ingérence sur ce point , que ce soit dans les entreprises, les services publics et nous permettre de conquérir un nouveau droit : celui du bien-être au travail.