Le #PS réinvente le procès en sorcellerie… (et dit merci à #Quatremer)

201008111712_zoomLe PS réinvente le procès en sorcellerie… pour disqualifier un adversaire gênant : Mélenchon, qui pose de très bonnes questions, structurelles et systémiques. Si le PS acceptait un réel débat sur les sujets fondamentaux avec le Front de Gauche, nous n’en serions pas là. Cette situation n’est-elle que de notre fait ? Je n’en suis pas franchement sûr… au vu du refus systématique du PS de dialoguer, si ce n’est pour nous railler, comme nous l’avons vu dans le débat télévisé entre Cahuzac et Mélenchon, où le mis en examen a si stupidement nié la réalité de la lutte des classes qui pourtant s’opère bien brutalement en ce moment. Quelques éléments d’appréciation à l’intention des lecteurs qui ont envie de se poser, sinon les bonnes, du moins tout simplement des questions.

Pour ceux qui n’auraient pas suivi la polémique de la fin de la semaine ou qui prendraient le train en marche sans avoir lu nos précédents billets sur le sujet, résumons rapidement. Les instances européennes ont mis le couteau sous la gorge des chypriotes en proposant de taxer les épargnants, y compris les petits, pour rembourser la dette du pays. Cela nous a scandalisés, au Front de Gauche, de constater que, alors qu’ils n’étaient pour rien dans cette crise financière (contrairement aux banques et aux dirigeants…), c’étaient les particuliers qui devaient payer les pots cassés. Et voir même la France, en la personne de Moscovici, ratifier une telle demande démocratiquement illégitime nous a fortement indignés. Ceci d’autant plus que Mario Draghi, ancien de Goldmann Sachs et patron de la Banque Centrale Européenne, n’a pas hésité à lancer une véritable déclaration de guerre envers Chypre lorsqu’il a appris que le gouvernement chypriote suivait l’avis de son peuple en refusant le plan de sauvetage des finances de leur pays. Le patron de la BCE a en effet menacé ni plus ni moins en effet que d’organiser un véritable blocus économique, ce qui n’est pas rien. Mon estimé confrère de Politeeks a étudié juridiquement la question et a estimé de bon droit semble-t-il que cette décision était entachée d’illégalité. Qu’importe. Ces gens là ne sont pas à ce genre de détail près, comme on l’a vu sur un certain nombre d’exemples de contournements de la volonté populaire pourtant clairement exprimée à l’occasion de plusieurs référendums, dont chez nous.

Deuxième étape : alors que le Parti de Gauche organisait son Conseil National ce week end, le malfaisant Carvounas lançait sa fatwa envers Mélenchon d’entrée de jeu, sans sommation. Ce travail de sape s’est ensuite poursuivi chez les socialistes inféodés à Hollande et plutôt, il faut le dire, à droite de cette gauche  là, par une très opportune prise de balle au bond. Comme on dit par chez moi, l’occasion fait le larron. Et des larrons, voire des ladres, il n’en manqua point ce week end. Sur la base d’une phrase tirée de son contexte et d’une très mauvaise compréhension (si ce n’est un procès d’intention savamment orchestré par des gens qui y ont un intérêt tout personnel), des déclarations toutes plus indignées les unes que les autres vinrent donc condamner l’anti-sémitisme supposé de Mélenchon. Comme je l’ai déjà expliqué ici, et que d’autres que moi ont pu constater également, un tweet intempestif d’un journaliste de Libération est au cœur de ce dispositif :

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Autour de celui-ci, on a d’autant plus rapidement  franchi allègrement le point Godwin qu’on cherchait l’incident et l’occasion de décrédibiliser un adversaire de plus en plus gênant, qui renvoyait un peu trop directement par un effet miroir les propres contradictions quand ce n’est pas les compromissions des orientations dites socialistes, qui vont à l’encontre des intérêts populaires, comme l’exemple chypriote l’a montré très clairement. Politis vient en tous cas clairement démontrer l’inanité de cette polémique et le caractère diffamatoire de ces accusations. Mais comme l’a dit Mélenchon en répondant vertement à ses calomniateurs, chassez la rumeur, il en restera toujours des traces chez les gens de mauvaise foi… C’est trop tard, le mal est fait. Et notre rancœur envers cette injustice est bien là, qui aura du mal à s’éteindre sans contrition d’aucune sorte de la part des socialistes qui se sont rendus coupables de cette calomnie.

Mais beaucoup plus intéressant à traiter pour développer le nécessaire débat entre front de gauchistes et socialistes (de bonne foi et qui ont une volonté de dialogue, je sais qu’il y en a, malgré les contre-exemples) : un autrefois plus prolifique  blogueur socialiste que je respecte, Abadinte, s’est offusqué dans cette affaire des propos de Mélenchon, non pas sur ce supposé antisémitisme de Mélenchon auquel il ne croyait probablement pas plus que moi, mais de ce que l’on reprochait la trop grande promiscuité entre ce gouvernement et les milieux d’affaires, voire affairistes, ainsi que de faire le jeu des financiers à courte vue. Je m’étonne de cette remarque, car pour nous ce point est on ne peut plus évident compte-tenu des actions et de la composition de ce gouvernement, qui n’a pas franchement visiblement rompu avec ces milieux, et n’a pas fait montre d’une réelle volonté d’affronter la finance internationale, si ce n’est avec un pistolet à bouchon. Quelques exemples :

-la signature du TSCG, qui a clairement démontré que contrairement à ses engagements, Hollande entrait dans le jeu de l’austérité alors qu’il avait prétendu pendant sa campagne le contraire
– l’ANI, qui va dans le sens du Medef d’instaurer plus de flexibilité et moins d’obstacles aux licenciements, et va à l’encontre du code du travail, poursuivant l’œuvre de détricotage opérée par Sarkozy,  alors que le contexte exige le contraire, et que le fait de mettre en place une plus forte protection des salariés pourrait être source de davantage d’indulgence du front de gauche envers ce gouvernement. En quoi et sur quel point, s’il veut être à l’abri de nos critiques acerbes, ce gouvernement nous  a-t-il en effet  jusqu’à présent donné satisfaction, sur quel point ? Pour l’instant, je n’en vois guère… Intransigeant jusqu’à nous laisser penser à nombre d’entre nous qu’il fait une politique de droite, c’est dire

– la timidité excessive avec laquelle ce gouvernement a opéré ce qu’il avait pourtant promis également, tout comme le candidat Mélenchon, à propos de la séparation des activités des banques pour mettre les petits comptes à l’abri des spéculations excessives. Une telle timidité que même à Londres, la patrie des banquiers, on a été plus fermes, c’est dire.

– le Cercle de l’Industrie, lobby patronal français dont DSK est à l’origine,  a compté parmi ses membres jusqu’en 2012… Pierre Moscovici, l’actuel . Didier Migaud, actuel président de la Cour des Comptes et accessoirement socialiste, en fait toujours partie.

– Enfin, les maintenant fameux dîners du siècle rassemblent toujours à en croire la fiche wikipédia un certain nombre de personnalités politiques du PS dont plusieurs présents dans ce gouvernement. Je vous laisse les découvrir…. Qu’ils figurent aux côtés de Laurence Parisot ou d’Ernest Antoine Seillière, dernièrement mis en cause par la justice lui-aussi,   n’est pas du meilleur augure vis à vis de l’impartialité qu’on pourrait attendre de nos gouvernants, ni des éventuels conflits d’intérêts que cela pourrait entraîner.

Aussi, comme Eva Joly, j’appelle de tous mes vœux à un assainissement du paysage politique et public par un grand coup de balai dont je l’espère encore (c’est urgent et j’ai envie d ‘y croire dans ce qui me reste de naïveté), le président de la République lancera le ton à l’occasion de son allocution de jeudi prochain. C’est une question de survie de notre démocratie. A  moins que l’on ne souhaite voir se répéter le bien triste scénario des législatives partielles de l’Oise… Les socialistes ne tireront-ils donc jamais aucune leçon de l’histoire ? Ce n’est pas moins mais plus de gauche, et en tous les cas davantage de créativité et de fermeté qu’il nous faut. Seule une politique plus volontariste tirera les milieux populaires des griffes du FN. Le PS et ce gouvernement leur donne en effet actuellement bien peu d ‘espoir… Si ce n’est la promesse de toujours plus d’austérité. Et cela n’est pas très rassurant, franchement.

NB. J’ai appris ce matin que Quatremer se serait plus ou moins amendé, rejetant sa faute sur l’AFP… Quel courage ! Mais cela ne change rien : il réïtère dans son billet les sempiternels procès d’intention sur la supposée violence de Mélenchon alors que c’est un passionné qui estime tout comme moi que la violence des milieux financiers et des grands industriels est bien plus grave et calamiteuse pour les milieux populaires que nous défendons,  qui n’ont pas les mêmes moyens pour se défendre, puisqu’il est démontré que certaines élites dirigeantes, publiques ou privées, se côtoient bien volontiers, et sortent des mêmes moules,  des mêmes espaces de formatage de pensée. Et toutes ne voient aucun inconvénient à saigner le peuple à blanc. Et la boucle et bouclée…

NB 2 ; j’apprends que la décision du gouvernement chypriote est notamment de liquider l’une de ses banques plutôt que de taxer les épargnants. Voilà une décision qui me semble, sous réserve d’informations ultérieures, bien plus sage et moins injuste pour les plus modestes. Sauf à considérer le sort des employés de cette banque… La suite au prochain épisode.

NB 3. Quatremer est allé jusqu’à menacer de son épée judiciaire plusieurs copains blogueurs. Voilà qui ne le grandit pas, d’autant plus qu’il brandit chez Nathanaël l’insulte qu’il reproche à d’autres, et se prévaut de ses moyens financiers pour faire taire de pauvres petits blogueurs désargentés…. Nous, devant la 17 ème chambre ? J’espère que, dans mon (encore) grande naïveté, nos amis blogueurs et lecteurs seront nombreux à nous faire de la pub en nous soutenant et en médiatisant notre combat… envers ce pseudo journaliste idéologue pourfendeur de gauchistes patentés, adepte probable du Mac Carthysme. Je vois bien les titres dans la presse : un journal de gauche, Libération, attaque des blogueurs de gauche…. belle pub pour un journal qui révélera la supercherie de sa ligne éditoriale autrefois… de gauche, réellement. Au plaisir, Monsieur Quatremer…. hum !

NB 4 : on attend également les excuses d’un autre célèbre anti-mélenchonniste primaire : j’ai nommé le Sieur Apathie, qui nous a pondu ceci :

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Hold-up sur Chypre : dictature européenne avancée

la-guerre-de-chypre-et-la-bataille-de-lepante-252715-250-400Les instances européennes viennent donc de répondre à leur façon, toujours aussi délicieusement courtoise et démocratique,  au rejet du gouvernement chypriote du plan d’aide à ce pays,  qui prévoyait de taxer tous les avoirs bancaires des particuliers… ce qui avait provoqué notre indignation et nos interrogations.

Aujourd’hui, la Banque Centrale Européenne va plus loin, et au lieu de tenir compte des réticences légitimes et nécessaires des chypriotes, emploie l’artillerie lourde en utilisant le chantage : la BCE a en effet  « prévenu qu’elle cessait d’alimenter en liquidités les banques chypriotes tant que Nicosie n’accepte pas le plan de sauvetage. »  Le Figaro évoque donc à juste titre (malgré tout le mal que je pense de ce journal) un blocus monétaire:

« Les déposants ne pourraient plus retirer du cash, faute de billets suffisants, et ceux qui voudraient faire des virements à l’étranger se verraient répondre que c’est impossible car la banque n »est plus autorisée à le faire par la BCE… « 

« Plus grave encore: les entreprises, notamment les compagnies aériennes chypriotes ne pourront bientôt plus payer leurs factures de kérosène, faute de pouvoir faire des virements à l’étranger…

Illustration parfaite et caricaturale du « Comment obliger les particuliers à refinancer le pays alors que ce sont les banques et les dirigeants qui ont gravement failli… A moins que ce ne soit un moyen pour l’Europe de lutter contre un semi-paradis fiscal dont abusent les russes ? Mais dans ce cas, ce sont les clients qui sont pris en otages et cela est clairement insupportable.

.PS. Tiens, Mélenchon dit la même chose que moi ! Ben ça alors… Pas fait exprès. 

la mondialisation, cet autre nom du totalitarisme à venir ?

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Content et rassuré de voir et de savoir que d’autres, bien plus intelligents que moi, loin des BHL, Glucksmann, Finklelkraut et autres Bruckner, qu’on nous sert à toutes les sauces (et qui dérangent si peu l’ordre établi et les classes dominantes) pensent la même chose que moi du monde comme il va… Et pourtant, moi non plus, je ne suis pas marxiste. Ni même communiste… Et pourtant. L’analyse est pertinente. Merci Monsieur.

Europe : de la faillite politique à la dictature économique

Daniel Salvatore Schiffer – Tribune | Samedi 26 Novembre 2011

S’il n’est pas marxiste et ne le sera très certainement jamais, le philosophe Daniel Salvatore Schiffer – qui analyse ici froidement la situation politique de l’Europe – convient toutefois de la pertinence incontestable de l’analyse de Marx. L’auteur du « Manifeste du parti communiste » le disait déjà en 1847 : ce sont les infrastructures économiques, autrement dit l’activité de production, qui conditionnent les superstructures politiques, y compris dans leur dimension morale.

Je ne suis pas marxiste. Je ne l’ai jamais été et ne le serai très certainement jamais. Mais s’il est une vérité qui demeure néanmoins incontestable, sur le plan de l’analyse philosophique, c’est bien celle que Marx énonça, secondé en cela par Engels, dans l’historique « Manifeste du Parti Communiste », publié en 1847 déjà. A savoir : ce sont les infrastructures économiques, autrement dit l’activité de production, qui conditionnent les superstructures politiques, y compris dans leur dimension morale.Cet axiome, auquel le social-démocrate et européen convaincu que je suis reconnaît volontiers toute la pertinence conceptuelle, Marx le corrobora, dans ce même « Manifeste », par une formule restée célèbre, tant elle frappa alors les esprits : « Les idées dominantes d’une époque n’ont jamais été que les idées de la classe dominante. » C’est bien là, en effet, cette nouvelle loi (la loi du marché, serais-je tenté de dire ici) qui semble présider aujourd’hui, et plus que jamais, au destin de bon nombre des pays de notre Europe, au premier rang de laquelle émergent bien évidemment, ainsi que nous venons de le voir tout récemment, la Grèce et, surtout, l’Italie.

Les premiers et vrais responsables

Car que sont leur nouveau chef de gouvernement, Lucas Papadémos (jadis gouverneur, de 1994 à 2002, de la Banque Centrale de son pays) pour la Grèce et Mario Monti (autrefois conseiller international, en 2005, de la banque d’affaires américaine Goldman Sachs) pour l’Italie, sinon de purs et simples économistes, eux-mêmes aux ordres d’une invisible, et d’autant plus pernicieuse, oligarchie ?Davantage : le tout nouveau directeur de la Banque Centrale Européenne, Mario Draghi, n’est-il pas, lui aussi, un ancien haut fonctionnaire de cette même Goldman Sachs ? C’est du reste là, cette très puissante institution financière, fleuron de Wall Street, ce qui relie, tel un discret mais efficace fil conducteur, ces trois récents dirigeants européens. Pour le moins paradoxal lorsque l’on sait que Goldman Sachs est sous le coup, depuis 2011, d’une plainte pour une gigantesque fraude fiscale : elle aurait vendu des produits dérivés – les fameux « swap » – permettant de dissimuler une partie de la dette souveraine des Etats-Unis et serait donc, comme telle, à l’origine de la crise des « subprimes », c’est-à-dire, par ricochet, de notre crise financière elle-même !L’arnaque, totale, serait magnifique, dans son cynisme, si elle n’était à ce point, sur le plan éthique, honteuse. A moins, pire encore, que ces prétendus spécialistes ne soient, dans leur propre domaine, que d’illustres incompétents, quoi que le système veuille bien nous faire croire, puisqu’ils n’ont jamais pu endiguer auparavant, ni simplement prévenir (laissons leur là le bénéfice du doute, outre celui de leur immense profit), cette même crise. Au contraire : ils en sont les premiers et vrais responsables.
Et, pourtant, ce sont bien ces louches technocrates de la haute finance qui, privés en outre de toute légitimité démocratique puisque ce ne sont pas les peuples qui les ont élus, se voient soudain propulsés, sans que nous n’ayons jamais été consultés sur la question, à la tête de nos gouvernements. Autant dire, effectivement, que Marx a donc plus que jamais, fût-ce a posteriori, raison : c’est bien l’économie qui détermine aujourd’hui, au déni de toute démocratie, la politique !Ce ne fut toutefois pas là la seule vérité que Karl Marx énonça, comme l’observèrent autrefois Louis Althusser (voir « Pour Marx ») ou Jacques Derrida (voir « Spectres de Marx »), au sein de son œuvre philosophique. Ainsi écrivit-il également, dans « Le Capital » cette fois, cette autre sentence phare de sa critique du capitalisme : « La circulation des marchandises est le point de départ du capital ».Et, de fait, loin de se vouloir au départ une entité politique, encore moins sociale, c’est comme un espace uniquement économique, basé sur la libre circulation des marchandises et donc, comme tel, essentiellement capitaliste, que notre Union Européenne elle-même naquit, en 1957, avec le Traité de Rome : preuve en est que cette actuelle UE se dénomma longtemps, jusqu’en 1992, date de l’entrée en vigueur du plus politique Traité de Maastricht, « Communauté Economique Européenne », appellation alors synthétisée sous le sigle de CEE.Rien d’étonnant, en d’aussi bancales fondations, si, au bout de pareil processus logique, ce sont des banquiers, eux-mêmes issus de ce symbole du capitalisme le plus sauvage qu’est Goldman Sachs, qui, sans jamais rien nous demander de surcroît, prennent effectivement aujourd’hui la tête, fût-elle malade, de nos Etats : motif, précisément, pour lequel les « indignés » ont raison de se révolter, à l’heure de la mondialisation, sur les différentes places publiques, à défaut d’être financières celles-là, des capitales européennes, quand ce ne sont pas, plus largement encore, les métropoles américaines, voire, bientôt, asiatiques.

Après les diactatures politiques, idéologiques, militaires ou religieuses, voici celle de l’économie

En résumé, c’est donc ce déficit politique de départ qui provoque à l’arrivée – c’est là son effet pervers le plus manifeste – cette dictature économique à laquelle nous assistons actuellement. De sorte que, paraphrasant à nouveau ici le Marx de la toute première phrase de son « Manifeste du Parti Communiste », nous pourrions aisément dire, à notre tour, qu’un spectre hante l’Europe contemporaine : la dictature financière, que la lucide Viviane Forrester, il y a quelques années déjà, en 1996, baptisa très justement, reprenant là une formule de Rimbaud en ses « Illuminations », d’« horreur économique » !Yves Charles Zarka, professeur de philosophie politique à la Sorbonne, expliqua parfaitement bien, lors du colloque qu’il vient d’y organiser autour de la pensée comme de la figure de Jürgen Habermas, ce danger qui nous guette : « Nous vivons un moment décisif dans l’histoire de l’Europe, celui dans lequel le projet d’une Union est mis en péril et risque de sombrer dans une dislocation périlleuse pour les Etats, c’est-à-dire les peuples qui la composent », y a-t-il souligné à bon escient. Et de conclure cet important débat par cette réflexion aussi dramatique, elle aussi, que judicieuse : « Ce n’est pas seulement l’Union Européenne qui est en péril, mais aussi la civilisation dont elle est porteuse. »D’où, urgente, cette autre question, fondamentale, pour l’avenir de nos sociétés modernes : cette Union Européenne que nous avons nous-mêmes appelé de nos vœux se construirait-elle, à l’heure actuelle, sur la destruction, non seulement des Etats, mais, plus spécifiquement encore, de la souveraineté populaire et, donc, contre la démocratie elle-même ?Si tel était le cas, le paradoxe, bien évidemment, ne serait pas des moindres : ce serait ses propres valeurs, son rêve humaniste, sa vision de la liberté et sa conception de la tolérance, que l’Europe, par cette nouvelle forme de dictature – la dictature économique, précisément, après les diverses dictatures, de par le monde, politiques, idéologiques, militaires ou religieuses -, nierait, ainsi, de la manière la plus hypocritement vile qui soit.

Bref : la mondialisation, cet autre et nouveau nom du totalitarisme à venir ?

Daniel Salvatore Schiffer est philosophe, auteur de « La Philosophie d’Emmanuel Levinas » (PUF), professeur invité au « Collège Belgique », sous l’égide de l’Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique et le parrainage du Collège de France.

Source : Mariane2
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Abandon du référendum grec : dirigeants européens, prenez garde à la colère des peuples

source : BBC (cliquez sur l'image)

C‘était trop beau pour être vrai. Pour une fois qu’on donnait enfin la parole aux gens de la rue,  avant de leur imposer des changements aussi brutaux pour leur  subsistance quotidienne…  Peuvent-ils être  vraiment tenus pour responsables des choix  économiques et politiques qui ont été faits sans leur consentement,  par des gouvernements qui ont un peu trop écouté les conseils de ce genre de personnes qui pavanent  à présent à la tête de la BCE… en agitant le mythe du retour à la croissance. Cynisme absolu, ou totale déconnexion des réalités terrestres ?

Il a donc  fallu que cet imbécile de Papandréou, après avoir provoqué de l’espoir, retourne sa veste et se mette à genou devant le grand veau d’or… forcé par des ministres de son gouvernement, qui n’avaient pas le même courage. Ainsi, son ministre de l’économie… qui a confirmé l’information.

Il n’y aura pas de référendum sur l’euro en Grèce

Sous couvert de pragmatisme économique, les gouvernants grecs vont donc vendre leur âme au diable, et se plier aux exigences folles et aux menaces des eurocrates. Cette europe dont nous ne voulions pas, celle du seul profit, plutôt que de l’Humain d’abord,  montre donc là son vrai visage : celui de la tyrannie.  Et de la nouvelle vague

C’est une très mauvaise décision. Car s’ils sauvent leur peau dans l’immédiat, nos gouvernants auront à affronter dans la durée la colère de leur peuple, qui saura s’en souvenir…  Et ces dirigeants européens, tous rangés dans le même sac de la haine populaire, auront à pâtir profondément de la méfiance de tous ceux qui s’étaient identifiés à leurs cousins grecs. Au moment de voter, il est à craindre qu’ils ne se souviennent  de ce que leurs dirigeants méprisent tant leurs intérêts, en préférant si ostensiblement privilégier les leurs, ceux des banques et des multi-nationales. Qui ne sauveront pas leur peau malgré tout. Car ce n’est pas leur plan d’austérité, auquel même Stiglitz ne croit pas, allant jusqu’à prédire la mort des démocraties et de l’euro,  qui les sauvera de ce péril là., bien plus crave que la crise grecque… N’a-t-il pas déclaré que l’austérité menait au suicide, par étouffement de la demande sur les marchés ?

 Notre grand manitou ferait bien de s’en inspirer, avant de s’arquebouter, comme Hollande risque également de le faire, tant son positionnement économico-politique est traditionnel , sur la sacro-sainte règle d’or qui ne résout rien… et provoquera l’effondrement de l’économie par broyage d’emplois, comme le décrit plus finement le prix nobel d’économie.

Nous saurons quant à nous retenir que cette crise dite grecque (dont on a profité pour stigmatiser si mesquinement ses habitants sur un registre facilement xénophobe ou en termes de propos de comptoir), a  été aggravée par le manque de transparence dont a fait preuve le pays dans la présentation de sa dette et de son déficit, notamment par la levée de fonds hors bilan, par le biais d’instruments financiers mis au point par la banque d’investissement Goldman Sachs

Mais dites moi, j’y songe soudain… Où travaillait Mario Draghi, déja ? CQFD.

Misère de la démocratie européenne… rangée au rang des dictatures d’outre-méditerrannée.

Il nous faudra donc passer par des printemps européens.

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Oui, un autre monde est possible, comme le clament depuis si longtemps les alter-mondialistes. Leur heure serait-elle venue ?

Le casse du siècle : main basse de Goldmann Sachs sur les banques européennes !

 

Goldman Sachs prend officiellement la tête de la BCE

Publié le 24 juin 2011 –  par Attac France

 

Mario Draghi, ancien Président de Goldman Sachs Europe, prend aujourd’hui la présidence de la Banque centrale européenne. Il présidait la banque d’affaires américaine au moment où celle-ci, dans les années 2000, aidait la Grèce à maquiller ses comptes publics. Son rôle va être de préserver les intérêts des banques dans l’actuelle crise européenne.

On pouvait jusqu’ici s’interroger sur les raisons qui poussaient la BCE et Jean-Claude Trichet à s’opposer de façon virulente – y compris face à la chancelière allemande – à toute idée d’une quelconque restructuration de la dette grecque.

Cette attitude semblait incompréhensible puisque tous les analystes, y compris les économistes des banques, s’accordent à considérer que la Grèce ne pourra pas assurer le service de sa dette dans les actuelles conditions contractuelles. Un rééchelonnement, voire une annulation partielle semblent de l’avis général inévitable. Vouloir retarder l’échéance ne fait qu’aggraver les dégâts économiques et sociaux provoqués par les plans d’austérité brutaux et impopulaires imposés aux Grecs.

Le nomination de M. Draghi clarifie donc les choses. La BCE défend non pas l’intérêt des citoyens et contribuables européens, mais l’intérêt des banques. Une étude britannique citée hier par Les Echos1 a le mérite de quantifier clairement le processus en cours. Cette étude indique que grâce aux « plans de sauvetage » de la Grèce et au « mécanisme européen de stabilité » mis en place par la BCE, le FMI et l’Union, « la part de dette hellénique aux mains des contribuables étrangers passera de 26 % à 64 % en 2014. Cela veut dire que l’exposition de chaque foyer de la zone euro va passer de 535 euros aujourd’hui à 1.450 euros ».

Le « sauvetage » de la Grèce est donc en fait une gigantesque opération de socialisation des pertes du système bancaire. Il s’agit de transférer l’essentiel de la dette grecque – mais aussi espagnole et irlandaise – des mains des banquiers vers celles des contribuables. Il sera ensuite possible de faire assumer les frais de l’inévitable restructuration de ces dettes par les budgets publics européens.

Comme le disent les Indignés espagnols, « ce n’est pas une crise, c’est une escroquerie ! ». Le Parlement européen a voté hier le « paquet gouvernance » qui réforme le pacte de stabilité en renforçant les contraintes sur les budgets nationaux et les sanctions contre les pays en infraction. Le Conseil européen réuni aujourd’hui et demain va parachever le travail. Et ce n’est pas la prochaine nomination de Christine Lagarde à la tête du FMI qui réduira l’emprise des banques sur les institutions financières internationales, bien au contraire.

Heureusement les résistances sociales et citoyennes vont croissant dans toute l’Europe. Gouverner pour les peuples ou pour la finance ? La réponse est aujourd’hui claire: il va falloir que les peuples européens reprennent la main, pour construire ensemble une autre Europe. Les Attac de toute l’Europe organisent du 9 au 13 août une Université européenne des mouvements sociaux à Fribourg, en Allemagne. Ce sera cet été l’un des lieux majeurs de coordination des résistances et de constructions des alternatives européennes.

 Attac France,

Paris, le 24 juin 2011

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