Nouvelle Gauche Socialiste (#NGS) … C’est quoi encore ce nouveau machin ?

11224265_322681797905623_1735504230390864068_n«Il faut malheureusement se rendre à l’évidence, regrette-t-il. Le PS, godillot, soutiendra jusqu’au bout la politique que la cinquième République permet à un seul d’imposer à tous».

Il était déjà à l’origine du club des socialistes affligés (dont voici le manifeste) mais cela ne suffisait plus.  A l’issue du congrès du PS de Poitiers, en juin, constatant l’impuissance de ceux que l’on nomme les frondeurs à opérer un changement de cap à gauche,  Liêm Hoang-Ngoc, économiste, ancien député au Parlement européen et membre du bureau national du PS quitte le PS. Il  lance alors un appel aux déçus du PS qui ne se reconnaissent plus dans la ligne sociale-libérale de ce parti, et le désertent par milliers. Les motivations sont claires :

« Nous partageons en cela de nombreux points communs avec les forces du Front de gauche, du mouvement écologique et du mouvement social. Nous leur proposons de faire émerger, comme en Grèce, une coalition des gauches sociales, écologiques et radicales, alternative au PS ». 

L’ambition est louable :  créer «une coalition des gauches sociales, écologiques et radicales, alternative au PS». Et «comme en Espagne», Hoang-Ngoc rêve de voir les déçus de Hollande «s’approprie[r] la chose publique». «Pour cela, dit-il, il est nécessaire de leur offrir les moyens de participer à l’éclosion et au contrôle de cette nouvelle coalition».

Au moment où je vous écris, Liêm Hoang-Ngoc a inauguré il y a quelques heures l’université de rentrée de Nouvelle Gauche Socialiste (hashtag ) en présentant le programme de deux jours de débats. je ne manquerai pas d’y revenir. j’avoue qu’en ayant appris l’initiative de cet économiste, en juin, je me suis dis : « encore un nouveau machin qui ne va servir à rien« , comme tant de ceux que j’ai connus et qui ont disparu, pendant toutes ces années… Et qui n’ont servi qu’à servir des intérêts personnels de gloire et d’attention médiatique de déçus de leur parti et de contrariés dans leurs ambitions propres. Et comme dans toute l’histoire de la gauche française, encore un truc qui va contribuer à la morceler, à l’éparpiller davantage, comme si besoin en était…   Mais j’ai tout de même attendu de voir ce que cela allait donner, avant de m’y intéresser. Bien m’en a pris, et après tout, ne décourageons pas les initiatives, on va voir ce que cela va donner. Au moins de bons débats, jamais inutiles après tout, avec un rassemblement de membres de plusieurs partis. Seront présents ce week-end à Montreuil : Jean-Luc Mélenchon, le secrétaire national du PCF Pierre Laurent et les porte-paroles d’EELV Sandrine Rousseau et Julien Bayou participeront aux ateliers, ainsi que Clémentine Autain d’Ensemble, et un représentant de Nouvelle Donne. Le programme est consultable ici. Moi, j’ai fait le job, j’ai faim… A table ! A plus….

Le PS peut toujours cacher sa plaie béante, l’hémorragie est bien profonde

A présent, les masques sont tombés, la comédie ne peut plus durer. La pantomime desdits frondeurs les as vus s’essouffler jusqu’au bout de leur rôle, de leurs arguties et de leurs effets de manche. Au moment précis où les beaux discours ne suffisent certainement plus tant les intérêts populaires sont mis à mal, l’efficacité de leur action n’est vraiment pas au rendez-vous. Tout un chacun peut dorénavant constater qu’ils ont mangé trop de couleuvres pour continuer leur mascarade. Ils doivent à présent prendre en compte la réalité, comme cette loi Macron, ou cette loi sur le renseignement, pour les plus récemment adoptées. L’une met à mal les droits du salarié et contribue à l’émiettement du code du travail, en renforçant le pouvoir de l’employeur au détriment de celui qui, rappelons le, est en situation de vulnérabilité puisque dépendant économiquement. L’autre met à mal nos libertés les plus fondamentales, dont celle du droit à la confidentialité de nos échanges personnels, ce qui nous est le plus intime et consubstantiel. La rupture de ce droit essentiel signe donc la fin du contrat de confiance avec l’Etat et la société en général, puisqu’arrive à présent le règne de la défiance généralisée grâce à l’espionnage permanent. Ceux qui sont en opposition au sein de cette pseudo-majorité (bien fragile en vérité puisqu’elle nécessite pour faire passer ses lois des coups de 49.3 à répétition) sont à présents nus. Devant ce diagnostic (le patient est bien malade…), quand on est membre du PS, quelle que soit sa fonction et sa position dans la hiérarchie du parti,  si l’on estime que ce gouvernement fait fausse route, et que ses convictions ne sont  plus en phase avec les orientations dominantes de son parti, si on est vraiment honnête intellectuellement, on rend sa carte. Hier, c’était Liêm Hoang-Ngoc. Aujourd’hui, Philippe Noguès, qui nous en dit plus sur ses motivations :

« Nos efforts pour infléchir la ligne ont été vains »

« Depuis de longs mois, avec mes camarades frondeurs, je me bats pour infléchir la ligne économique du gouvernement. Force est de constater que nos efforts ont jusqu’ici été vains, le chemin tracé vers une société de plus en plus libérale n’a pas varié », regrette-t-il. S’il a bien l’intention de se représenter aux législatives, en juin 2017, il ne veut plus d’ici là participer aux enjeux d’appareils du PS. « Je suis socialiste, je le reste, mais je ne crois plus que le PS, en tant que structure politique, puisse être le moteur d’un nouveau départ », affirme-t-il.

« Beaucoup de députés socialistes sont comme moi en désaccord avec la politique que l’on mène, mais ils n’osent pas franchir le pas », explique-t-il, confiant que son choix a été « douloureux ». Mais il ajoute l’avoir fait « par respect pour les électeurs qui [l]’ont élu en 2012 ». « Depuis trois ans, on n’a pas de résultats, on n’améliore pas la vie des Français, et nos manques et nos reniements nourrissent en partie la montée du Front national, il faut donc réagir ». (source)
Espérons pour la clarification idéologique que nécessite l’ambiguïté politique dans laquelle se trouve à présent le PS que le mouvement de départs de personnalités authentiquement socialistes se poursuive. Quant à ceux qui restent, et prennent des libertés avec leur conscience et leurs convictions si tant est qu’elles fussent sincères un jour, il faut qu’ils cessent ce petit jeu puéril d’une pseudo-fronde d’une totale hypocrisie, un simulacre d’opposition. Le fait qu’ils restent signifie très clairement à mes yeux et à ceux de bien d ‘autres tout aussi lucides qu’ils adhèrent à l’idéologie libérale démocrate (donc pas de gauche). Et dans ce cas, qu’ils se la ferment. Nous en avons ras le bol de leurs sempiternelles singeries qui n’ont que trop duré.

#CongresPS : plutôt qu’un congrès pour rien, un mouvement pour tous, à gauche, vraiment !

CaptureUne fois n’est pas coutume, je reprends dans sa totalité cette tribune de Liêm Hoang-Ngoc et Philippe Marlière, publiée aujourd’hui dans Le Monde au moment même où démarre le congrès du PS à Poitiers. Un congrès pour rien en effet, qu’il s’agit de bousculer et dépasser pour faire avancer la gauche.  Je suis d’autant plus heureux de la publier ici que je me sens proche du positionnement politique de Philippe, qui à mon grand plaisir a rejoint ma formation, Ensemble. Une tribune qui me semble devoir être rapprochée de celle qui, publiée sur Libération il y a un an déjà, appelait à ce même rassemblement.  je suis pour à 100 % et partage l’analyse globale de ce texte, que je signe des deux mains (en gras, les passages soulignés par moi) :

Les frondeurs du PS doivent fonder une coalition avec les Verts et le Front de gauche

Le Monde.fr | 05.06.2015 à 12h11

Le congrès de Poitiers était le congrès de la dernière chance pour réconcilier le peuple de gauche avec le Parti socialiste (PS). Il est un nouveau congrès pour rien.

La fronde, a échoué. Le PS restera contrôlé par ceux qui n’entendent pas remettre en cause le virage néolibéral imposé par le chef de l’Etat. Pour ses vainqueurs, le congrès de Poitiers n’aura pas été, pour autant, un congrès de clarification. La direction n’a pas assumé au grand jour la ligne sociale-libérale du gouvernement, dont tous les membres ont signé la motion portée par le premier secrétaire. Ce dernier a esquivé le débat, en plagiant les propositions économiques de l’opposition de gauche, afin de ratisser large. Pire, cette manœuvre de congrès de la direction, devenue classique depuis que le PS d’Epinay existe (« un congrès se gagne à gauche », disait-on), décrédibilise une nouvelle fois le discours politique dont se détournent désormais nos concitoyens. Les électeurs sont de moins en moins dupes d’un double langage consistant, au Bourget et à Poitiers, à asséner des slogans de gauche (la réforme fiscale, la réforme bancaire), pour les dénigrer ensuite au profit de déclarations d’amour au Mouvement des entreprise de France (MEDEF) et de la mise en œuvre des « politiques de l’offre » et autres « réformes structurelles » que la droite elle-même n’a jamais osé mener aussi loin.

Sans changement de cap en faveur des salariés, les électeurs socialistes, observant que la différence avec le discours économique de feu l’Union pour un mouvement populaire (UMP) sera désormais encore plus mince qu’aux Etats-Unis entre républicains et démocrates, ont peu de raison de revenir aux urnes. L’épouvantail de l’extrême droite est d’ores et déjà brandi pour les mobiliser. L’hypothèse d’un nouveau 21 avril 2002 (où le candidat socialiste fut éliminé dès le premier tour) hante à l’évidence l’Elysée. Elle n’est pas la moins improbable. Les jours du PS d’Epinay sont désormais comptés. Faute d’une alternative progressiste crédible, l’existence même de la gauche est à court terme menacée.

L’aile gauche du PS est désormais au pied du mur. Elle partage avec les écologistes et le Front de gauche le rejet des politiques d’austérité, ainsi que la promotion de la planification écologique et de la démocratisation des institutions. Forte d’un tiers des militants du parti, elle n’a pas décidé de faire du congrès de Poitiers un nouveau congrès de Tour (où les familles socialistes et communistes s’étaient séparées en 1920), qui aurait pu accoucher d’une scission entre socialistes et sociaux-libéraux. Elle peut certes se prévaloir d’avoir exercer une influence relative dans la mesure où ses thèses ont fini par infuser le texte de la direction. Mais elle sait que la politique qu’elle recommande ne sera pas appliquée. En rentrant dans le rang, la gauche du PS est condamnée à servir de caution à une politique poussant les salariés à la déshérence électorale… et le candidat du PS à l’élimination au premier tour de la prochaine élection présidentielle.

En rompant les rangs pour poser les fondations d’une coalition avec les écologistes de conviction et le Front de Gauche, elle pourrait offrir une alternative attractive et crédible à un parti d’Epinay à bout de souffle. Une telle initiative est susceptible de remobiliser, dès les prochaines échéances électorales, le bataillon des électeurs socialistes qui s’abstiennent et qui n’ont pas, jusqu’alors, reporté leurs suffrages vers Europe écologie les verts (EELV) ou le Front de Gauche. Une telle démarche déciderait peut-être ces formations à dépasser leurs différends pour s’entendre, comme les 18 composantes de gauche qui forment Syriza en Grèce. Elle pourrait favoriser l’émergence d’assemblées citoyennes, nécessaires pour mobiliser de nouvelles forces vives, telles que celles que Podemos a su mettre en mouvement en Espagne.

Liêm Hoang-Ngoc et Philippe Marlière sont les fondateurs du Club des socialistes affligés.

Une telle synthèse de mes propres idées, de mes propres questionnements, rassemblée en un texte si court, concis, dense et cohérent, je ne pouvais pas passer à côté sans vous le voire partager… Merci à Philippe et Liem. Bon boulot.

Les socialistes sont affligés. Et le manifestent.

indexLe Manifeste des socialistes affligés

Trente-et-un ans après mars 1983, un gouvernement à majorité socialiste opère un second tournant de la rigueur. L’accumulation de la dette publique et l’excès du « coût du travail » rendraient impossible toute autre politique. Tout socialiste « sérieux » serait donc condamné à expliquer à ses concitoyens qu’après la « désinflation compétitive », c’est désormais un « choc de compétitivité » qu’il faut administrer à notre pays. Tel est le nouveau discours officiel que doivent accepter les militants et électeurs socialistes.

Ces choix ont fini par désarmer les électeurs de gauche, qui ont manifesté leur profond mécontentement en s’abstenant massivement lors des élections municipales.

Le tournant de la rigueur de 1983 devait permettre l’avènement d’une Europe progressiste. Il a accouché d’une Europe ordo-libérale, que la France a renoncé à réorienter en 2012 en adoptant un traité budgétaire qui interdit toute politique progressiste et en négociant dans la foulée un budget européen en baisse de 10% pour 2014-2020, ce qui a tué dans l’œuf la promesse d’un pacte de croissance pour l’Europe.

Le virage de 2014 se matérialise par un plan d’austérité de 50 milliards au détriment de la croissance, de l’emploi, de la protection sociale, des services publics et du pouvoir d’achat. L’ampleur de ce plan d’austérité n’est pas due à la pression des marchés, mais au financement d’un transfert de 1,5 point de PIB (30 milliards) sans contreparties en faveur des profits des entreprises, au nom d’une « politique de l’offre ». Or non seulement l’efficacité des « politiques de l’offre », menées de façon coordonnée par tous les États de la zone euro, n’est en aucun cas avérée, mais surtout, le PS français avait toujours déclaré vouloir se tenir à distance de la « Troisième voie » promue par Tony Blair et Gerhard Schröder dans les années 90. A l’heure où le Parti socialiste européen (PSE), et notamment en son sein,  le  Labour et le SPD, explorent désormais la pertinence des « politiques de demande », il est paradoxal que les Français soient les seuls sociaux-démocrates à rester épris de TINA (« There is No Alternative »).

Ceux d’entre nous qui sont membres du PS sont d’autant plus atterrés que ce choix fondamental n’a été délibéré dans aucune instance de notre parti, et a-fortiori dans aucun congrès. La 5e République permet au président de la République et à son Premier ministre de l’imposer à la représentation nationale et à tout le pays au mépris du récent message des urnes. Nombre de militants socialistes ont d’ores et déjà déserté le terrain du combat politique. Les autres constatent amèrement que le choix de l’exécutif risque de mener inexorablement notre camp, défaite électorale après défaite électorale, à un nouveau 21 avril qui menacera l’existence même de notre parti en 2017. Ils observent que l’aile gauche du PS n’est pas parvenue à ce jour à empêcher la mise en œuvre de cette politique. Ils regrettent que l’espace occupé par le Front de Gauche et les écologistes soit parfois le théâtre d’affrontement d’appareils  stériles qui n’offrent pas de débouché politique crédible.

Socialistes et sociaux-démocrates, nous sommes affligés par l’orientation politique du gouvernement actuel. Nous l’estimons néfaste et démobilisatrice pour les électeurs de gauche qui avaient nettement indiqué vouloir rompre avec le Sarkozysme en 2012. Ce choix fragilise le PS et la gauche dans son ensemble. C’est pour préserver l’identité socialiste et transmettre le témoin aux générations futures de militants que nous décidons de créer un club, ayant pour vocation de montrer qu’un programme socialiste est plus que jamais crédible en France et en Europe. Il s’avèrerait en tout cas bien plus approprié que les politiques d’austérité pour lutter contre le chômage et les inégalités, ainsi que pour financer la transition écologique. En France, tout comme en Grèce, en Espagne ou au Portugal, ni les salaires, ni l’État social ne sont nos ennemis. Ce qui nous menace, ce sont la finance et l’austérité, cette dernière étant imposée en Europe par des procédures de décision anti-démocratiques.

Ce club est ouvert à toutes et à tous, adhérents du PS ou pas. Il doit regrouper les citoyens actifs, intellectuels, militants associatifs, politiques et syndicaux qui veulent aider la gauche à redevenir une force de propositions et d’action au service de la justice et de l’égalité sociale. Nous n’avons aucun ennemi à gauche et nous entendons, dans un esprit unitaire, mener collectivement la bataille idéologique et politique que la gauche a perdue au cours de ces trente dernières années. Nous travaillerons ainsi en collaboration avec des clubs et think tanks européens, eux aussi engagés dans le même combat. Nous entamerons le dialogue avec toutes les forces qui entendent œuvrer à la recomposition de la gauche. Notre objectif sera aussi de fournir les ressources intellectuelles et humaines aux listes de gauche qui se présenteront aux prochaines échéances électorales.

Liêm Hoang-Ngoc
Député au Parlement européen, membre du Bureau national du PS

Philippe Marlière
Professeur à University College London, ancien membre du PS

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