une dernière expulsion pour la route ?

Et si on expulsait un étranger atteint d’une hépatite C, contre l’avis du ministère de la Santé ?

Une dernière expulsion pour la route ? Contre l’avis du ministère de la santé ? Dans son édition 4 mai, Libération raconte comment un Géorgien, atteint d’une hépatite C et soigné en France, s’est fait expulser entre les deux tours de la présidentielle contre l’avis du ministère de la Santé. Erreur administrative ? Ratée ! Il s’agit de l’application de la loi du 16 juin 2011 qui a modifié le droit des étrangers malades à rester en France.

Un Géorgien atteinte d’une hépatite C expulsé entre les deux tours de la présidentielle

L’expulsion en question a eu lieu le 27 avril. Atteint d’une hépatite C, le Géorgien de 40 ans, appelé Mikhail, « a été reconduit en Géorgie par avion, à 3 heures du matin », indique Libération. Et selon toute vraisemblance, « il n’aura accès à aucun traitement dans son pays d’origine ». « C’est la première fois que le ministère de l’Intérieur expulse quelqu’un contre l’avis du ministère de la Santé », déclare le directeur général du Comité médical pour les exilés, Arnaud Veïsse, à Libération.

Une instruction du ministère de la Santé du 10 novembre 2010 devait en effet empêcher cette expulsion puisque « les traitements pour le VIH-sida et les hépatites B et C doivent être considérés comme «habituellement pas accessibles» dans les pays d’origine des migrants ». Le ministère de l’Intérieur en a pourtant décidé autrement en appliquant la nouvelle loi du 16 juin 2011. Jusque-là, les malades ne pouvaient être expulsés que si leur traitement était «accessible» dans leur patrie d’origine. La loi considère désormais qu’il suffit que le traitement ne soit pas «absent» du pays. Une petite modification sémantique qui pourrait permettre de faciliter les expulsions », explique Libé.

Merci qui ?

Aujourd’hui, 90% des étrangers malades découvrent leur maladie après leur entrée en France. Les délivrances de titre de séjour sont quasiment automatiques dans ces cas-là : « Toutes pathologies confondues, 83% des demandes de délivrance d’un premier titre et 89% des renouvellements ont été acceptées en 2011 », selon le Comité médical pour les exilés. Mais depuis l’adoption de la loi du 16 juin 2011, qui permet d’expulser plus facilement, « le nombre de recours se multiplie », indique Adeline Toullier, responsable du soutien juridique de l’association Aides.

Et savez-vous comment s’appelle cette loi qui a permis l’expulsion de ce Géorgien ? C’est la loi du 16 juin 2011 relative à l’immigration, à l’intégration et à la nationalité, dite… loi Besson/Hortefeux/Guéant ou loi Besson. Une loi préparée par Eric Besson, puis par Brice Hortefeux et qui a définitivement été adoptée sous Claude Guéant. Un beau travail collectif donc, de la part des trois ministres de l’Intérieur du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Hélas pour ce Géorgien, à quinze jours près, c’était lui qui aurait pu assister à leur expulsion du paysage politico-médiatique. Bon vote.

*** Source
– Aurélie Delmas, « Expulsion soignée pour les malades étrangers », Libération, 03/05/2012

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« Il y a tant d’autres Troy Davis »…

  

 

Géorgie, un état meurtrier… parmi d’autres.

 « Il avait 20 ans quand on l’a arrêté, en disant qu’il était l’auteur du meurtre d’un policier. Troy Davis est noir, était noir. Le policier était blanc. Nous sommes en Géorgie, un vieil Etat de tradition jadis esclavagiste. Et il a été condamné à mort au terme d’un procès dont on sait actuellement que 7 des 9 témoins de l ‘accusation se sont rétractés (…). Il n’y a aucune preuve matérielle, personne n’a jamais retrouvé l’arme ». (R.Badinter)

 Troy Davis a donc été exécuté cette nuit, malgré les nombreuses zones d’ombre du dossier et l’absence de preuves tangibles de sa culpabilité. Nous sommes nombreux à nous en émouvoir, à travers le monde… Surtout envers un pays qui à la fâcheuse tendance à s’ériger en modèle sociétal universel…

 Certains sur twitter, en France, probablement influencés médiatiquement par certains faits de société qui  se juxtaposent en un même espace temps (CF. Affaire DSK) ont jugé utile d’incriminer la politique judicaire des Etats-Unis… j’ai ainsi vu des twitts du style :

 « Ground Zero est l’expression qui convient lorsqu’il s’agit de qualifier la manière dont les États-Unis envisagent la justice ». (@Freud_is_alive)

 Mouais.  La formule a de la gueule, j’en conviens… Mais vu la manière dont fonctionnent les Etats-Unis, qui ne le sont pas toujours, il me semble utile de préciser pour ceux et celles qui n’en ont pas conscience que la lutte contre la peine de mort est un combat de longue lutte à  porteret affirmer sans cesse, inlassablement… De plus,  la Géorgie n’est qu’un état parmi les  trente-quatre États fédérés sur cinquante que compte le pays, qui appliquent la peine de mort… Le problème est là,  aussi.

 Merci, au nom de notre commune Humanité, à tous ceux et celles qui se sont mobilisées en cette occasion.

 En tous les cas, je tremble depuis des mois que cette droite si dure qui nous gouverne, contaminée par les idées d’extrême droite, ne remette sur le tapis ce débat en France… C’est pourquoi je tiens à rendre hommage par le partage de ce communiqué à  celui par qui le miracle, en France, a été rendu possible, et sans qui nous serions encore dans cette même inhumanité, ce triomphe de la barbarie sociale qu’est la peine de mort  :

 « S’il est innocent, comme nous en sommes convaincus, c’est un crime, un assassinat judiciaire ».

« Cette affaire restera comme une tache sur la justice des Etats-Unis », a assuré Robert Badinter. « C’est une très grande défaite, bien au-delà des Etats-Unis, pour l’humanité ».

Il a cependant relevé le progrès des abolitionnistes dans ce pays. « C’est ça, la marche de l’Histoire ». « Nous étions le 35ème Etat au monde à abolir la peine de mort en 1981. Aujourd’hui, sur 194 Etats des Nations unies, 138 sont abolitionnistes ».

 Voici de larges extraits de la dernière lettre de Troy Davis, publiée et traduite sur le site du Point :

 « Je veux vous remercier tous pour vos efforts et votre dévouement en faveur des droits de l’homme et de la bonté humaine ; lors de ces dernières années, j’ai éprouvé tant d’émotions, de joie, de tristesse… sans jamais perdre la foi. C’est grâce à vous tous que je suis en vie aujourd’hui (…) Ma soeur Martina me dit (…) qu’elle n’arrêtera jamais de se battre pour me sauver la vie et prouver au monde que je suis innocent de ce crime terrible.

Je suis ému, quand je découvre des mails du monde entier, venant d’endroits que je n’imaginais même pas connaître un jour, de personnes parlant des langues et exprimant des cultures et des religions que je ne pouvais seulement espérer découvrir un jour (…) Ce n’est pas une affaire qui concerne la peine de mort, ce n’est pas une affaire qui concerne Troy Davis, c’est une affaire qui touche à la justice et à l’esprit humain (…)

« Il y a tant d’autres Troy Davis »

Je ne peux pas répondre à toutes vos lettres, mais je les lis toutes. Je ne peux pas vous voir tous, mais j’imagine vos visages. Je ne peux pas vous entendre parler, mais vos lettres m’emmènent aux quatre coins du monde. Je ne peux pas vous toucher physiquement, mais je sens votre chaleur tous les jours que j’existe.

Donc merci, et souvenez-vous que je suis dans un endroit où l’exécution peut seulement détruire votre état physique, mais grâce à ma foi en Dieu, à ma famille et à vous tous, je suis spirituellement libre depuis longtemps, et peu importe ce qui arrivera dans les jours et les semaines à venir, ce mouvement pour abolir la peine de mort, pour rechercher la vraie justice, pour faire éclater un système qui ne réussit pas à protéger ses innocents, doit être accéléré.

Il y a tant d’autres Troy Davis. Ce combat pour abolir la peine de mort ne sera pas gagné ou perdu à travers moi, mais à travers notre force à avancer et à sauver chaque personne innocente emprisonnée à travers le monde. Nous devons démanteler ce système injuste, ville par ville, État par État, et pays par pays. J’ai hâte d’être avec vous, peu importe que ce soit physiquement ou spirituellement, et ce jour-là, j’annoncerai : ‘Je suis Troy Davis, et je suis libre !’ ‘Ne cessez jamais le combat pour la justice, et nous gagnerons !' »

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