doit-on voter pour une gauche de transformation ou pas ?

Custinda, du blog 365 mots, pose à un certain nombre de blogueurs dont je suis une question simple : Doit-on voter utile à la primaire PS ?

 Comme disait ma grand-mère, des goûts et des couleurs, il ne faut point disputer…. Pour la parodier, je dirais donc que  de l’utilité d’un candidat mieux vaut n’en point disputer, d’autant plus que  je me suis déjà amplement exprimé sur le sujet. Je me sentirais donc fort coupable de rajouter une seule once de prétendue haine (terme bien excessif pour désigner la force de mes convictions) à la polémique… inutile lancée par Nicolas, qui pour protéger contre vents et marées son idole (manifestement aussi indéboulonnable que la statue de Staline ou de Mao  pour d’autres…), elle seule lui semblant utile au débat à l’exclusion de tous les autres,  nous fait un cours magistral de vocabulaire. Tous ceux et celles qui n’ont pas plus compris que moi l’arrogance de Moscovici (qui s’exerçait auparavant avec la même conviction au profit de DSK, il n’est pas inutile de le rappeler), apprécieront.

 Aussi, à question simple, réponse simple : je voterai pour un(e) candidat(e)  porteur d’un projet de transformation sociale, économique et écologique, parce que le contexte et la nécessité pour notre société de tourner la page du libéralisme carnassier le nécessite ardemment.  Point barre. Suis-je assez clair ? Ou faut-il que je vous fasse un dessin ?

Un autre monde est possible et je suis (même pas) désolé de marteler qu’Hollande ne l’incarne (vraiment)  pas. Quitte à passer pour un con aux yeux de ceux qui me jugent intolérant et qui, paradoxalement, ne tolèrent  pas mes prises de position… : s’ils savaient comme je  m’en fous, mais d’une force !

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un candidat pour toute l’Autre gauche, c’est fondamental

Un appel qui fait chaud au cœur, que je viens de lire, et vous invite à partager. Il correspond en tous points à mes idées, mes constats, mes attentes, mes espoirs. Effectivement, la ligne de fracture idéologique entre deux gauches (ce que je ne cesse de marteler) qui n’ont pas grand chose à voir l’une avec l’autre,  est réelle. Elle fracture et clive jusqu’au sein du PS, et je vois mal certains de ses militants et sympathisants voter pour DSK… ce candidat obligatoire. Le peuple de gauche s’y reconnaîtra-t-il ? N’avons nous que cet autre oligarque pour changer la France, opérer la rupture nécessaire à notre évolution ? Une autre gauche n’est-elle pas possible et nécessaire ? N’est-ce pas cette gauche là que le peuple attend et espère, appelle de tous ses vœux ? Plutôt que de se  résoudre par désespoir à un vote ignominieux  comme on se jette dans un suicide… collectif. Un autre monde est possible, plus ambitieux, plus généreux, plus solidaire. Construisons le ensemble, plutôt que de se laisser séduire par les sirènes du vote utile qui, finalement, ne changera pas grand chose.

Pour une candidature de la gauche de transformation sociale et écologique en 2012

LEMONDE.FR | 05.05.11 |

Des « primaires communes » pour « toute la gauche » ? C’est ce que des intellectuels et personnalités du mouvement social comme Susan George, Willy Pelletier, Stéphane Hessel, Pierre Khalfa et Patrick Viveret proposent d’organiser dans la perspective des présidentielles de 2012, afin d’éviter qu’elle soit absente du second tour comme en 2002. Les sondages situent le Front national à 20 %, et les scénarios qui donnent Marine Le Pen présente au second tour n’ont plus rien d’extraordinaire. Dans ces conditions, disent les signataires de cet appel à une candidature unique, les différentes composantes de la gauche doivent « se dépasser », et oublier le passé. Ces primaires porteraient prioritairement sur le programme, puis sur le ou la candidat-e qui l’incarnera.

 Face à la peur d’un nouveau 21 avril, cette solution n’en est pas une. Un-e candidat-e unique ne saurait représenter l’ensemble de la gauche car il y a en son sein, en France comme ailleurs, deux grandes orientations que l’on ne saurait concilier : l’une d’adaptation à l’ordre existant, l’autre de transformation radicale. Il n’est pas possible de rassembler au premier tour celles et ceux qui entendent rester dans le carcan des traités libéraux européens et se mouler dans la rigueur budgétaire avec ceux qui combattent les plans d’austérité et prônent un affrontement avec le capital et les grandes institutions financières internationales.

L’un des enjeux de 2012 est de battre la droite mais de le faire sur la base d’un rapport de force le plus favorable à la gauche d’opposition aux solutions néolibérales et écolo-libérales, responsables des crises que nous traversons, et décidée à remettre en cause la logique capitaliste. Bien sûr, les lignes de démarcation à l’intérieur de la gauche ne sont pas intangibles, elles ont considérablement évolué au cours des dernières années. Il faut les faire évoluer encore, en rendant convaincante et attrayante l’idée d’une rupture avec le capitalisme.

Comment imaginer qu’un grand débat programmatique avec tout le « peuple de gauche » permettrait de faire gagner le camp de la transformation sur celui de l’accompagnement ? Le risque avec cette méthode, c’est qu’au final, le choix se polarise sur le projet et le candidat de la force présumée la plus efficace électoralement, c’est-à-dire le PS. Plus que quiconque, Susan George nous a appris par ses ouvrages et son activisme les méfaits des organisations financières internationales, FMI en tête. Qu’elle puisse songer un seul instant à confier le destin de l’ensemble de la gauche (et du pays) à son directeur est pour le moins… contradictoire. Au nom de la peur de la division, on aurait tort de vouloir toucher à la polarité historique de la gauche, au risque d’affaiblir sa capacité de mobilisation populaire. C’est pourquoi deux grandes candidatures est le scénario juste et cohérent avec les divergences réelles, de fond, qui traversent la gauche.

Les signataires de l’appel à une candidature unique promettent aussi d’organiser dès maintenant, partout en France, des « banquets du vivre ensemble », qui visent à faire reculer « la peur et l’isolement », terreau sur lequel prospère le vote FN. S’il s’agit de prendre un verre pour organiser de nouvelles résistances, nous irons. Mais on est en droit de douter de leur efficacité pour combattre le vote FN. Car ce ne sont pas la « peur et l’isolement » qui se trouvent au fondement de ce vote. Le Front national se nourrit de la conjonction d’au moins deux phénomènes principaux qui se sont particulièrement accentué au cours des dernières années : les inégalités grandissantes, fruit de trente ans de politiques néolibérales appliquées de manière consistante par des gouvernements de droite et de gauche, et le racisme (et notamment sa variante islamophobe), qui est loin de se limiter au Front national ou d’en représenter l’unique caractéristique politique.

RADICALITÉ ET ESPRIT UNITAIRE

La montée du FN s’inscrit dans le cadre de l’accentuation de la crise, de la xénophobie d’Etat, des défaites sociales de ces dernières années. Mais il y a aussi une dimension politique cruelle pour la gauche : le fait que Marine Le Pen gagne en audience chez les ouvriers renvoie à l’abandon par la gauche social-libérale du terrain de la défense concrète des intérêts populaires et de la contestation d’un système qui écrase la majorité de la population. Pour des millions de gens, le FN et son racisme sont le seul moyen d’exprimer leur colère parce que la gauche de gauche apparaît impuissante et engoncée dans sa fragmentation. Ainsi, toute proposition aboutissant à renforcer la domination du PS à gauche revient à renforcer le mécanisme qui alimente la montée du FN. Il s’agit d’éviter le piège de la rhétorique radicale comme celui de la démarche d’accompagnement, le risque d’isolement comme celui de la satellisation par le PS, car l’un et l’autre représentent un facteur mortifère de préservation du jeu politique actuel.

Une démarche qui allie radicalité et esprit unitaire est la contribution la plus décisive à la défaite indispensable de la droite et de l’extrême droite, parce qu’elle seule est susceptible de bouleverser le rapport de force actuel en mobilisant les exploités, les dominés, les aliénés autour d’une perspective de changement et en ne laissant pas au FN le monopole de la colère. Nous savons déjà ce dont ce pays est capable en termes de mobilisations sociales. La résistance admirable à la réforme des retraites de l’automne passé est le dernier événement en date, précédé de nombreux autres, qui démontre que la haine des injustices persiste au sein de la population.

Ces résistances sociales, il faut les articuler à un pôle politique, radical, pluraliste et novateur, qui se nourrisse d’elles et qui porte l’alternative dans le champ politique. La construction d’un tel pôle – forcément complexe et apprenant de ses erreurs, comme la division mortifère de 2007, et de ses contradictions – doit inclure toute la gauche de la gauche. C’est à son rassemblement sans exclusive que nous appelons. Si elle parvient enfin à regrouper l’ensemble des organisations, des collectifs militants, des citoyen-ne-s et personnalités qui se situent à la gauche du Parti socialiste, elle modifie la donne. Elle crée ainsi les conditions pour que la gauche de transformation sociale et écologique fasse bouger les rapports de force au sein de la gauche, y compris sur le terrain électoral, et ouvre la voie à des changements profonds.


Léonce Aguirre, direction nationale du NPA ;

Clémentine Autain, co-directrice de Regards ;

Razmig Keucheyan, sociologue ;

Danièle Obono, membre de Convergence et alternatives ;

Cédric Durand, économiste ;

Roger Martelli, membre des communistes unitaires ;

Stathis Kouvelakis, philosophe ;

Christophe Aguiton, militant altermondialiste ;

Leila Chaibi, secrétaire du Parti de gauche chargée de l’abolition du précariat.

Léonce Aguirre, Clémentine Autain, Razmig Keucheyan, Danièle Obono, Cédric Durand, Roger Martelli, Stathis Kouvelakis…