Contre la mondialisation des nationalismes xénophobes et leurs petits producteurs de haine

[Découvert grâce à Pierre…]

Voilà une analyse globale pertinente comme je les aime, et qui gagnerait à être diffusée sur un sujet qui est le cœur de mes combats, la lutte contre l’extrême-droite et ses idées. Je n’en connaissais pas les auteurs, rassemblés par Catherine Tonero, rassemblés sur le plateau de CQFD (Ce Qui Fait Débat), une émission de RTBF Info visible ici. Je me suis dans la foulée aussitôt abonné au compte twitter de l’un d’entre eux, dont j’ai remarqué au passage l’ image d’en-tête, tellement porteuse de sens à mes yeux :

Et voilà ce qu’en débat avec Catherine Xhardez nous dit cet auteur belge (dont j’aimerais lire l’ouvrage si j’étais plus riche…), qui sait admirablement bien s’extraire de la situation politique de son seul pays pour nous apporter un éclairage qui fait sens sur la visibilité politique de ces mouvements dont je combats les idées comme leurs petits porteurs, partout en Europe :

Pour Arnaud Zacharie, ces trois mouvements répondent du national-populisme, avec des stratégies différentes: « il y a les partis d’extrême-droite traditionnels comme le Vlaams Belang, le Rassemblement National en France ou le FPÖ en Autriche, qui sont dans une stratégie de dé-diabolisation et essaient d’être plus fréquentables, paraître comme des partis de gouvernement, et puis il y a les partis qui n’ont aucune filiation avec l’extrême-droite au départ, la Lega issue de la Ligue du Nord en Italie, mais aussi le Fidesz de Viktor Orban qui est membre du PPE, qui sont des partis qui se sont radicalisés, alors qu’ils étaient de droite modérée ».

« Le courant national-populiste est à la fois un repli souverainiste et identitaire », explique Arnaud Zacharie, « il consiste à opposer les intérêts du peuple à ceux des élites et des minorités […] On cible des boucs émissaires qui profiteraient du système: les immigrés, les assistés, les homosexuels, voire les femmes. Et on essaie de remobiliser le peuple contre ».

« Leur point commun, c’est le discours anti-immigration », poursuit Catherine Xhardez, « et ils en font un problème politique de premier plan. L’offre politique joue beaucoup ici: ce sont parfois les partis eux-mêmes qui créent les problèmes politiques […] Et l’extrême-droite est un entrepreneur politique de premier plan pour politiser l’immigration et en faire un problème, alors qu’il n’y a pas toujours d’opinion publique ou d’événement contextuel défavorable. Il faut être conscient de cette construction qui a des conséquences importantes sur le débat politique, en normalisant des opinions racistes, xénophobes », explique la politologue.

Arnaud Zacharie pointe un tournant dans ce contexte: la crise de la mondialisation néo-libérale en 2008. « Jusqu’en 2008, les partis d’extrême-droite ont pu jouer un rôle contestataire mais sans avoir suffisamment d’adhésion pour accéder à des gouvernements », explique-t-il. « Après la crise de 2008, doublée des conflits au Moyen-Orient qui ont entraîné leurs lots de réfugiés, tout cela a créé un contexte favorable au discours national-populiste dont le succès est lié au fait qu’il retraduit en enjeux culturels des enjeux économiques […] Plus on parle d’immigration, et de surcroît de manière négative, plus le national-populisme va remporter de succès électoraux ».

Catherine Xhardez pointe aussi la responsabilité des autres partis: « Il y a beaucoup de partis traditionnels ou modérés qui ont pensé que se réapproprier ces termes du débat serait rentable, ce qui n’est pas le cas. Et on l’a vu avec le Vlaams Belang et la N-VA, on préfère l’original à la copie, mais il y a aussi des études longitudinales qui montrent que quand des partis plus modérés adoptent les discours des extrêmes, ça se traduit par des pertes électorales ».

La réponse des Sardines

Le mouvement des Sardines, né à Bologne après que la Lega de Matteo Salvini ait remporté les élections régionales en Ombrie, fief historique de la gauche italienne, entend s’opposer à l’extrême-droite populiste en réinvestissant les places publiques d’Italie. La manifestation de samedi dernier a rassemblé des dizaines de milliers de sardines à Rome, mais aussi à Paris, Amsterdam, Londres, Berlin et Bruxelles, où le mouvement est représenté par le groupe Facebook « 6000 Sardine in Belgio ».

Parmi ses membres fondateurs: Nada Ladraa-Krit, une jeune italienne résidant en Belgique depuis 4 mois, étudiante à la VUB, explique vouloir réveiller les consciences face aux populistes: « J’espère que les gens se rendent compte que Salvini est là parce qu’il a su donner des réponses à des nécessités vécues par les Italiens… Et qu’il faut s’engager, créer d’autres solutions et trouver une alternative à Salvini ». Le future de ce mouvement est difficile à prédire à ce stade et la jeune femme le reconnaît: « Le problème, c’est qu’on s’est rassemblés en tant qu’anti-Salvini et on le voit déjà, c’est difficile de créer des propos et de construire quelque chose avec tout le mouvement. J’espère que les gens vont profiter de ce mouvement, pas juste pour se déclarer anti-Salvini, mais aussi pour proposer des alternatives ».

« Le problème aujourd’hui, c’est que les partis extrémistes contrôlent l’agenda médiatique, mais aussi la compétition partisane », commente Catherine Xhardez, « et c’est pour ça que l’initiative des Sardines est importante, car ça montre qu’avec plus de politique, on peut aussi résoudre la question, imposer d’autres discours, débattre, s’engager, et construire un autre récit sur la société ». 

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… et je me prends alors à rêver d’un autre mouvement d’ampleur à l’image de ces sardines dans mon pays qui en aurait tant besoin, lui aussi, alors que se développent et se banalisent si insoutenablement les discours xénophobes, y compris dans certains mouvements qui se prétendent républicains, mais qui ont de plus de mal à cacher le racisme plus ou moins explicite de leurs positionnements envers l’immigration et les musulmans.

Que ce soit Catherine Xhardez ou Arnaud Zacharie, tous deux ont souligné à quel point les partis politiques (1), chacun selon le contexte spécifique de leur pays d’origine, sont en train de thésauriser sur le dos de la souffrance économique et sociale, avec pour simple levier un discours anti-immigration de plus en plus violent, en espérant cyniquement des retours électoraux sur investissement. Un point d’analyse politique qui entre en résonance particulière en moi avec ce que je nomme personnellement ici l’industrie des petits producteurs de haine : des personnalités, des espaces numériques et des structures médiatiques qui constituent, avec le personnel politique en regard, un écosystème politique certes, mais également économique, cohérent, avec une logique intrinsèque qui contribue à ce que les intérêts matériels, et en termes de pouvoirs et d’influence, de ses acteurs/trices soient étroitement imbriqués. Le tout forme un continuum qui s’est retrouvé dans mon pays, comme par hasard, fortement dérangé par l’action pourtant modeste et désintéressée des Sleeping Giants. Normal, nous touchons leur talon d’Achille, leur point névralgique : l’argent n’est-il pas le nerf de leur guerre ? Alors qu’il n’est pas le nôtre, ce qui fait notre force. Nous ne militons pas pour quelque profit, même d’estime, que ce soit. Mais parce que nous sentons tous que le danger est là, à notre porte. Quel que soit le nom dont on l’affuble, la bête est toujours aussi immonde, son haleine toujours aussi fétide, et ses projections mentales nous salissent un peu tous

Aussi, Ensemble, comme nos cousines, les sardines italiennes, nous devons donc trouver un front uni, pour lui faire mordre la poussière. Qu’importe le nom et la forme qu’on lui trouvera, j’appelle de mes vœux ce sursaut humaniste et populaire dont ce pays a tant besoin.

(1) … et pas seulement les partis politiques d’extrême-droite, il est fort utile de le souligner. Un autre point précis m’a interpellé dans les propos d’Arnaud Zacharie, c’est lorsqu’il précise que « Le courant national-populiste est à la fois un repli souverainiste et identitaire » . C’est à mon sens intéressant de s’arrêter une seconde malgré notre appétit consommatoire, empli d’immédiateté, de notre recherche d’information, qui nous fait tout dévorer un peu trop vite… Car sans cet arrêt dans l’attention, on ne comprend ni ne saisit les raisons pour lesquelles un antifasciste lambda comme moi peut éprouver le besoin de s’en prendre non seulement à l’extrême-droite, mais également aux mouvements souverainistes et nationalistes, ceux qui se disent « républicains« , tout comme aux mouvements identitaires. Ces deux notions ne s’excluent d’ailleurs pas dans certains groupuscules, y compris dans une certaine gauche qui n’est vraiment pas la mienne…