les petits trafics de la réalité par la Police nourrissent l’acab permanent

La place du mensonge dans les pratiques policières est à présent correctement documentée. Il s’agit en en l’espèce, lorsque les agents des forces de l’ordre sont mis en difficulté, de les dédouaner de toute responsabilité par de plus ou moins habiles stratagèmes, dont l’ampleur nous est donnée à voir par des journalistes qui font correctement leur métier. Le nier, c’est renforcer encore davantage la malhonnêteté contre laquelle ces mêmes forces de l’ordre sont sensées nous protéger, et cela n’est pas très réjouissant pour notre avenir démocratique. On apprend par exemple assez régulièrement que non seulement des policiers mentent pour boucler plus rapidement des affaires, ou pour dissimuler des preuves de leurs propres manquements personnels, mais que de surcroit ils sont quasi systématiquement couverts par leur hiérarchie, comme encore ici récemment, un exemple très choquant :

Cela est proprement inadmissible, insupportable, et ne fait que nourrir une défiance de plus en plus grande de la population envers les forces de l’ordre car, quand bien même certain.e.s n’ont absolument rien à se reprocher, ielles savent fort bien, pour en avoir observé des exemples parfois personnels autour d’elleux, qu’ielles ne sont pas à l’abri d’un abus d’autorité, ou d’un mensonge d’une police qui ne supporte pas d’être contredite, au point que certaines pratiques policières visant à alimenter de fausses plaintes envers des innocents constituent un moyen pour certains, peu scrupuleux, d’arrondir leurs fins de moi, comme cela a déjà été démontré par des journalistes, comme ici :

Ce genre de pratiques détestables n’est que la partie émergée d’un iceberg dont la glace est destinée à couvrir leurs erreurs, leurs comportements toxiques ou malveillants, qui ne sont pas aussi rares qu’on voudrait nous le faire croire en optant un peu trop usuellement pour des dérapages personnels comme dans le cas de l’affaire Zecler, ce que les affaires de racisme et de sexisme (comprenant également les LGBTQIAphobies) systémiques qui sont couramment à l’œuvre parmi ces institutions sécuritaires démentent formellement. Leur impunité un peu trop systémique est éminemment choquante et contre productive quand on veut soi-disant réformer cette institution, tout en lui donnant pourtant de plus en plus visiblement des moyens matériels, financiers et humains, à la demande de leurs lobbies si puissants par temps de crise, et selon un mode de gouvernement si peu démocratique qui ne compte plus que par ses chiens de garde, sans jamais s’interroger sur ses pratiques et ses buts, sa vocation réelle, et son rapport à la population.

Refuser d’ouvrir ce débat, en prenant à revers les partisans du thème sécuritaire qui tentent actuellement de caresser les syndicats policiers dans le sens du poil, non seulement à l’extrême -droite, ce qui est leur filon habituel, mais aussi et à notre grand étonnement au PCF, en les soutenant aveuglément, quels que soient leurs errements et leurs graves entorses quotidiennes à l’esprit démocratique comme au devoir d’honnêteté, c’est laisser carte blanche à une profession dans laquelle s’engouffrent déjà des éléments ivres de toute puissance, de force et de violence, d’autorité, et parmi eux plus précisément des militants de droite dure et d’extrême-droite pour qui l’ordre, la discipline, et l’obéissance aveugle, tout comme la haine des gauchistes et de toute forme de contestation de l’ordre établi, sont des clés de leur engagement pas seulement professionnel, mais également idéologique.

J’ai déjà écrit ici, avec force illustrations factuelles à l’appui, à quel point ce genre d’idées fascistes et racistes, ségrégationnistes, devraient être incompatibles avec l’exercice de toute fonction publique, qui suppose de facto un traitement égalitaire, ce qui est impossible avec ce genre d’individus soumis à ce genre d’idées politiques inégalitaires et autoritaires.

C’est pourquoi, sachant tout cela, il m’est aussi insupportable d’apprendre une fois de plus que des policiers ont menti, en trafiquant de surcroit des PV d’audition pour leur faire dire exactement l’inverse de ce qu’avaient déclaré des prévenus, en faisant ainsi courir à certains innocents le risque d’une peine d’emprisonnement allant jusqu’à 18 ans !!! … Et cela, dans une affaire pas vraiment mineure, puisqu’elle les concernait directement, et avait alors défrayé la chronique judiciaire et médiatique : celle de Viry-Chatillon, dans laquelle des policiers avaient été brûlés en 2016.

Or, à présent, voilà que la réalité de la gestion policière et judiciaire éclate, et pas vraiment à la gloire de leurs compétences, enrobée d’un épais brouillard de fumées toxiques qu’ils ont eux même produit, ce qui les dessert publiquement, et avec éclat, comme cela est factuellement démontré ici :

Voilà un dernier paragraphe qui en dit long sur la probité de cette police dont le directeur général va jusqu’à couvrir des policiers qui ont pourtant gravement failli, et dont les mensonges et les petits trafics de la réalité ont été mis au grand jour, preuves à l’appui, par Médiapart. Comment, dans ces conditions, sachant tout cela, pourrait-on encore avoir raisonnablement confiance en une telle police ? Déjà qu’on avait de sérieuses appréhensions au vu de leurs présupposés idéologiques à exercer leur métier…

Acab encore, une fois de plus.

Si seulement c’était la fois de trop qui permettait à toutes ces personnalités politiques qui ont du mot sécurité plein la bouche en ce moment, à l’approche des élections, pour satisfaire la caste policière, de revoir le rôle attribué à cette police qui devrait être au service de tous et non de quelques uns, cette forme de milice armée gardienne du capital et des seuls intérêts de s plus puissants qui, contrairement à d’autres pays, prend de plus en plus la dimension d’une simple garde prétorienne… Mais il ne s’agit là malheureusement que d’une rêverie bien utopique, je ne le sais que trop.

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil« , écrivait René Char, un poète résistant qui m’est cher, dans Feuillets d’Hypnos. Et j’en souffre quotidiennement… D’où la forme d’exutoire qu’est ce blog.

Archivé, une fois de plus…