Mélenchon ou l’éternel retour … du cliché antisémite

Malgré tout le mal que je pense de lui, comme je n’ai jamais réussi à le coincer sur ce travers immonde à mes yeux qu’est celui de l’antisémitisme (même si certains sujets d’actualités me l’on vu paraître plus que limite), je n’ai jamais pu me résoudre à le condamner résolument sur ce point. Mais sa dernière sortie controversée sur ce registre là est, aux yeux de beaucoup, de nature antisémite. Aussi ai-je du m’y pencher sérieusement :

Comme ma seule religion éventuelle – sur ce sujet comme sur d’autres – serait celle qui pourrait en partie m’apparenter à ce que l’on prête à Saint Thomas, je suis allé constater sur pièce. La vidéo présentant les propos incriminés est visible ici.

A 19mn30s, il s’agissait de débattre de la mesure, annoncée par Macron, d’équiper les forces de l’ordre d’une caméra piéton pour prétendre apporter une première solution aux problèmes de violences policières et de racisme dans la police (les « délits de faciès »). Mélenchon prétendait défendre quant à lui le droit de manifester. Et la journaliste de s’écrier « y compris la liberté parfois de s’en prendre aux forces de l’ordre … ? » (Voilà qui à mon sens en dit bien assez sur ses présupposés idéologiques…. Bref, passons). S’en est suivie une autre interruption des propos de Mélenchon par Apolline de Malherbe, qui s’est piquée d’une allusion religieuse dont on se demandait franchement ce qu’elle venait faire là (« Est-ce que les forces de l’ordre doivent être comme Jésus sur la croix ?« ). Le leader de la FI a donc aussitôt rétorqué in abrupto, face à cette provocation (destinée visiblement à faire sortir de ces gonds celui qu’elle sait tellement éruptif), par ces mots qui ont déclenché la polémique actuelle :

« je ne sais pas qui a mis jésus sur la croix, je sais qui l’y a mis parait-il, ce sont ses propres compatriotes ».

je connais ce procès à charge contre les juifs, et je sais précisément d’où il vient, pour avoir baigné hélas autrefois dans ce genre de culture : catholique, même pas intégriste, simplement habituelle, colportée par tout un tas de personnels ecclésiastiques, autrefois. Je sais de quoi je parle (oui, je sais, je suis un boomer ;), je n’ai pas toujours été athée. Et je me souviens fort bien pourquoi je le suis devenu. Ce genre d’idées toxiques étaient tout à fait banalisées, autrefois, et véhiculées tout à fait naturellement, sans honte. Normal, n’est-ce pas, sur le grand marché des religions, chacun défendant sa (petite) chapelle… Il fallait bien convaicnre que sa boutique était la meilleure, surtout entre religions cousines, n’est-ce pas ? 😉 Comment faire la différence, en termes de prosélytisme en direction de ceux qui ne pouvaient qu’accéder à la foi du charbonnier plutôt qu’aux réalités spirituelles d’un autre ordre, dont la conceptualité leur était inaccessible ? Aussi, leur adresser le message que si Jésus était mort, c’était la faute aux juifs, voila qui était facilement compréhensible par tous, même (et surtout ?) par les plus obtus… Or, on ne sait que trop bien, tant cela fait partie en effet des clichés fondamentaux de nature antisémite, ce que cette accusation de peuple déicide recouvre de ressentiment et de haines recuites…

Je crains fort que les curés et les « bonnes sœurs » de mon enfance n’aient pas suivi très scrupuleusement les préceptes et mises en garde de ce concile Vatican II… Mais depuis, par contre, je ne doute absolument pas que Mélenchon, en vertu de l’érudition que je lui prête et dont il se targue pendant ses discours fleuves, ne se soit sur ce point fourvoyé. Je ne peux guère penser qu’il ne s’agisse en l’espèce que d’un dérapage, venant de lui, de sa culture, de ses connaissances, de ce que j’en sais. Et en effet, selon moi, puisqu’on m’a posé la question de ce que je pensais de cette polémique, il a hélas franchi le Rubicon. Est-ce emporté par la volonté de clouer le bec à cette interlocutrice, pour le seul plaisir d’un bon mot ? Est-ce que cela traduit ses opinions profondes à l’égard des juifs ? Je l’ignore. Mais je ne peux que constater qu’il véhicule là un cliché détestable que même l’Eglise catholique a été obligé de prémunir ses fidèles. Et cela, à mes yeux, veut déjà dire beaucoup…

Post-scriptum : je viens de prendre connaissance de ce billet de Shlomo Sand, sur son blog Médiapart. Il permet utilement de prolonger mon propre texte en ajoutant un argument supplémentaire : pour adopter le point de vue de Mélenchon, il faut déjà présupposer que Jésus ait existé… 😉

Il permet en outre de mettre dos à dos sur le sujet Mélenchon et Meyer Habib, et moi, ça me va.