Justice pour Théo, suite : le commissaire Vincent Laffon, un habitué des #violencespolicieres (et racistes)

Grâce à cet article de Médiapart qu’un twittos a eu l’amabilité de m’envoyer in extenso (qu’il en soit ici publiquement remercié, tant ce développement était éminemment nécessaire), j’apprends que le commissaire Laffon, impliqué dans l’affaire de racisme de l’Ile St Denis et qui l’avait également été dans une autre affaire tout aussi sordide, en 2004, pour laquelle il avait été suspendu, comme je l’évoquais ici, est de nouveau cité comme responsable des opérations, et pas dans n’importe quelle affaire : il s’agit de celle du viol de Théo, à Aulnay sous Bois, par une matraque de policier. Quelle stupéfiante série de coïncidences… avec de bien étranges similitudes. Mais en sont-ce vraiment ?

Voila ce que disait Luc Poignant, policier et membre du syndicat Unité SGP Police, interrogé dans Cdans l’air en février 2017, à propos de l’affaire Théo :

Pourtant, voilà ce que déclare la procureure de Nanterre, citée par Médiapart :

« Il s’agit de dérapages, je dirais individuels, qui, s’ils sont commis, doivent être sanctionnés. Mais ça ne fait pas non plus jeter le discrédit sur toute l’action de la police qui fait quand même un très gros travail. ».

Les propos pourraient être de circonstance, et faire partie du politiquement correct, si ce n’est à un détail près, qui n’est pas neutre : le fonds de ces affaires. Comment des individus, fussent-ils policiers, ce qui est même à mon sens une circonstance aggravante puisqu’ils ont charge d’autorité et du monopole de la force publique, peuvent se sentir autorisés à tenir de tels propos, et à commettre de tels actes ?… Si ce n’est parce qu’ils sont placés sous une autorité qu’ils jugent conciliante et pour tout dire, à mes yeux de gauchiste invétéré, terriblement laxiste ? S’il n’est pas directement impliqué, l’indulgence fautive de ce commissaire en particulier n’est-elle pas clairement mise en question ?

Comment une telle culture de masculinisme exacerbé et de racisme le plus grossier peuvent-elles être aussi facilement tolérées que banalisées à de si nombreux endroits, dans de si nombreuses strates du système policier, judiciaire, et même politique, sans faire l’objet des garde-fous que devrait impliquer toute démocratie moderne ?

La notion de racisme d’état , qui prend position quand à l’existence d’un racisme qui ne serait pas seulement le fait de quelques individus isolés, mais qu’il recèle plutôt une dimension systémique, prend dès lors sa pleine dimension. On peut toujours la réfuter. A force d’observer, d’archiver, et de documenter, de lire, beaucoup, on en finit par se faire une opinion peut être un peu plus conscientisée que d’autres, et cela chaque jour un peu plus. Et l’acab se durcit chaque jour un peu plus fort. N’en déplaise aux puristes qui ne manqueront pas de crier à l’amalgame. Quand on veut expurger un phénomène aussi toxique que l’est le racisme, ou l’homophobie, ou le sexisme, on s’en donne les moyens. Alors, si même un syndicaliste policier peut dire en direct, en public, qu’il ne voit pas où est le problème, qu’on nomme quelqun « Bamboula », comment voulez vous que Bicot ou bougnoule soit davantage sanctionnés ?

Pour les deux de l’affaire de départ, qui se sont fait prendre la main dans le sac, combien d’autres passent entre les mailles du filet, avec des autorités aussi permissives ? Et qu’est-ce que ça doit être, loin des yeux indiscrets… ? Dans les quartiers populaires ? C’est là que le journalisme indépendant prend toute son importance.

Surveiller la police, comme les fachos, n’a jamais été aussi éminemment nécessaire. Surtout quand ce sont parfois les mêmes.

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