Débattons avec Eunomia #antifa

Si vous tournez en rond dans vos trop exigus petits mètres carrés, viendez, tous autant que vous êtes : je vous invite à la fête – plutôt qu’à la défaite – de la pensée, dans un endroit où l’espace ne nous sera pas compté…

je ne connaissais pas ce site avant de m’y être retrouvé par le hasard de mes pérégrinations internétiques habituelles… Il s’agit de l’espace numérique d’une association toulousaine qui se positionne ainsi (et cela me va bien) :

source

Le texte qu’ielles produisent fait un tour panoramique assez complet, et ce me semble fort bien éclairé, sur ce qu’est ou n’est pas l’antifascisme cher à mon cœur comme à mon esprit. Aussi ai-je ressenti illico le besoin de rebondir sur son contenu pour à la fois le faire connaitre mais aussi mieux affirmer ma propre pensée. Osons le débat…

En effet, combien de fois l’ai-je entendu, cette sentence toute faite qui ne résiste pas une seconde à l’analyse, même la plus succincte…

« Les Antifa sont les vrais fascistes »

Elle est assez généralement suivie d’autres lieux communs, égrenés dans l’article d’Eunomia, qui s’ enchainent dans la bouche de nos adversaires dans un chapelet tristement habituel qu’il s’agit de débiter pour faire taire les récalcitrants de la pensée libérale prédatrice dominante. Laquelle s ‘accommode fort bien , comme on peut le constater actuellement, avec les idées d’extrême-droite, notamment sur le sujet phare de l’immigration, qui se prête à toutes les convergences idéologiques toxiques … et donc éminemment discutables.

Nos ennemis ont en effet fort grand intérêt à semer le doute, y compris et même surtout chez les plus modérés, le ventre mou de notre société, des gens pas ou peu politisés qui constituent je pense l’essentiel de la population en âge de voter… ou plutôt pas.

C’est avec ce genre de fausses évidences que l’ennemi avance afin de conquérir toujours d’avantage de terrain, en diabolisant l’adversaire que nous sommes assurément, et frontalement, afin de dédramatiser et banaliser éhontément sa propre pensée autoritaire, raciste et xénophobe, d’essence fasciste. Un tour de passe-passe bien connu chez nous, qui a réussi le tour de force à faire passer pour un racisme ce qui n’est qu’une réaction épisodique et minoritaire à leur propre domination , sournoise es discriminante, dans ce pays. Pure escroquerie intellectuelle comme l’extrême-droite qui ne s’embarrasse pas d’éthique, contrairement à nous autres, en a le secret. Bref.

Comme le précise utilement Eunomia, nous ne sommes pas un groupe formellement identifié, estampillé et encarté en bonne et due forme.

Où que nous soyons, quelle que soit notre position politique, syndicale, professionnelle ou personnelle, ce qui nous caractérise vraiment, c’est notre volonté personnelle forte d’empêcher les nuisibles de nuire, par tous les moyens à notre portée. Eunomia nous en donne d’ailleurs dans son article quelques exemples :

Moi, vous vous en doutez, j’ai choisi mon moyen d’action privilégié, qui n’est pas recensé ci-dessus : en observer les agissements dans notre système d’information, que ce soit sur les réseaux sociaux, sur les sites d’information, dans les journaux, ou IRL, pour les dénoncer sur ce blog, en les archivant méthodiquement. Cette pratique d’observation des fachos sur les réseaux est d’ailleurs une pratique de vigilance et un mode d’action assez courant chez mes camarades, très complémentaire de l’action de rue et/ou militante « IRL ».

Là où l’article d’Eunomia pêche un peu, en terme de consistance idéologique, de poids et de densité politique, ce n’est pas tant dans la crédibilité – tout ce qui y est écrit est vrai – mais dans ce passage précisément, qui m’a un peu déçu :

Certes, cela entre en cohérence avec ce que j’ai moi-même écrit ci-dessus, ici comme ailleurs… J’en ai d’ailleurs retrouvé dans cet autre article l’illustration très concrète, de ce qui est dénoncé en matière de collusion entre le libéralisme et le néo-fascisme. Un simple exemple :

Mais à cette question, je répondrais plutôt pour ma part que si je ne suis ni libéral (au sens économique, et français, et non au sens américain du terme) ni capitaliste, c’est parce qu’il s’agit à mes yeux d’un système non seulement économique, mais d’une construction sociétale dont la nature profonde est basée sur une domination économique, autoritaire, pyramidale, hiérarchisée, inégalitaire et élitiste, qui pille impunément toutes les ressources de notre planète et exploite cyniquement, sans la moindre éthique d’aucune sorte, les plus modestes d’entre nous, qui ne peuvent se défendre à armes égales avec les capitalistes, c’est une évidence. Dans ce monde tout particulièrement, ce sont les pus riches qui ont gagné la lutte des classes qui n’existerait pas chez certains, qui ont grand intérêt à le prétendre. Or, c’est une question de cohérence idéologique : on ne peut pas se revendiquer antifasciste et ne pas combattre bec et ongles un système qui nous broie, comme on peut le constater très factuellement en ce moment. Même la pandémie ne parvient pas à stopper certaines hypocrisies gouvernementales sur le sujet. Les logiques de profit et les considérations d’ordre économique doivent elles donc être supérieures à celles de la préservation de l’être humain ? Les salariés du bâtiment seraient-ils des sous-hommes ? Là est toute la question.

Le texte sur lequel je rebondis à l’occasion de ce billet évoque ensuite la question de la liberté d’expression, revendiquée comme je l’ai déjà plusieurs fois martelé ici par ceux là mêmes qui la supprimeraient ou en restreignent fortement le périmètre quand ils sont aux manettes du pouvoir, qui chez eux prend toujours une dimension délirante. C’est là une réalité pour ceux qui observent la manière dont s’illustre très factuellement le mode de gestion locale de nos adversaires politiques. Voilà donc une inversion rhétorique qu’il s’agira de dénoncer absolument, et durablement.

Je passerai volontairement sur les chapitres suivants qui évoquent l’histoire de l’antifascisme, son essence fondamentale, l’efficience ou non du recours à la violence, et la nature du fascisme. J’ai déjà répondu à ces questions en bien des endroits, en définissant précisément la nature de mon propre antifascisme, en apportant mes réflexions sur le recours à la violence, face à des violences pourtant bien plus grandes,qu’elles soient soi-disant symboliques ,ou plus visibles et indéniables.

Mais ce qui constitue l’essentiel de l’apport de ce texte, c’est sa réflexion, impossible à résumer, sur le recours à la violence, qui permet si grossièrement de délégitimer l’antifascisme sur la forme pour faire oublier le fond…

Aussi, comme le dossier est dense, je préfère m’effacer à présent pour vous laisser vous en imprégner, et revenir éventuellement ici pour y poser comme là-bas vos commentaires et réactions constructives, dans un va et vient utile et nécessaire au débat que je souhaite sincèrement. L’ensemble de leur dossier est là. Courrez-y. Moi, je vais aller me faire un café en attendant. J’ai fait le job. Et vous ?

Nota bene : je m’aperçois, stupéfait, au moment où je m’apprête à publier ce texte, que leur article consacré à la violence connait un biais cognitif qui me semble assez grave et trop grand pour ne pas être mentionné. Car quand on parle de ce sujet, comment peut-on passer sous silence (hormis en mentionnant anecdotiquement le cas de Charlottesville, pour faire simplement un parallèle historique à mon sens hasardeux) le fait que si l’on ne connait aucun acte antifasciste qui ait abouti à des meurtres en ce moment, ce n’est franchement pas le cas des actions de l’extrême-droite, laquelle est responsable, au moins par la propagation de ses idées, du terrorisme à motivation raciale et ethnique, que je nomme ici terrorisme d’extrême-droite, qui a conduit à une longue liste d’attentats et de massacres à travers le monde… avec une filiation idéologique et polique évidente qui elle n’est pas le fait des antifas. Alors, hein, elle est où la vraie violence ?

CQFD.

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