antifas : droit de réponse du Réseau Salariat et de Bernard Friot

Suite à mon billet concernant les propos de Bernard Friot envers les antifas, voici la réponse que je viens de recevoir du Réseau Salariat à une question personnelle que je leur ai envoyée par écrit en date du jeudi 15 aout 2019 :

 » Est-ce que vous cautionnez cette position de votre membre fondateur ? c’est pour mes archives personnelles… je rendrai compte de votre réponse ici : https://gauchedecombat.net/2019/08/15/friot-soutient-chouard-et-crache-sur-les-antifas/ Merci. « 

Réponse :

Et voici la « mise au point » de Bernard Friot à ce sujet :

Circule sur le net un extrait de la vidéo d’une conférence-débat à Pantin le 5 février dernier, avec une phrase inadmissible qui m’avait échappé ce soir-là : « les antifas sont les symétriques des fas ». Jamais une telle phrase, scandaleuse, n’est présente dans mes écrits ou dans mes propos. Elle a été ce soir de février l’expression inexcusable, mais isolée, de ma colère face à la campagne du pouvoir contre les gilets jaunes, posés comme des gueux et des fascistes. Depuis décembre et janvier, le mouvement popularisait les analyses d’Etienne Chouard sur le référendum d’initiative citoyenne et, comme les élections européennes approchaient, la presse macronienne avait repris sa campagne sur les liens de Chouard avec l’extrême-droite pour entretenir le mythe de La République en Marche rempart contre le Rassemblement national. Alors que, pour réprimer et criminaliser la jeunesse des quartiers populaires, les gilets jaunes, les migrants, les antifascistes ou les travailleurs qui se battent avec les syndicats dans les entreprises, le gouvernement de Macron a un usage fasciste de la police et de la justice, le même que celui qu’aurait l’extrême-droite au pouvoir.

Ce qui importe, c’est de lutter ensemble contre ces deux organisations jumelles que sont la LREM et le RN, pratiquant l’une comme l’autre le culte du chef, nées l’une comme l’autre du pourrissement d’un capitalisme en crise et déterminées l’une comme l’autre à écraser toute mobilisation populaire contre lui. Dans cette lutte, que je mène quant à moi d’abord sur le front de la conquête de la souveraineté des travailleurs sur le travail, je n’ai jamais sous-estimé l’action des antifascistes dans d’autres champs de la mobilisation, par exemple pour protéger des cortèges et des événements de la violence de groupes d’extrême-droite qui agissent en marge du RN. Je fais partie de ceux qui réclament la libération d’Antonin Bernanos qui vient d’écoper de 4 mois de prison supplémentaires de manière complètement arbitraire.

J’ai toujours dit également – et le 5 février comme à d’autres occasions- ce qui me sépare d’Etienne Chouard, dont le travail m’a alerté, et je lui en suis reconnaissant, sur le caractère antidémocratique de la logique représentative : il est certes fondamental que les citoyens écrivent eux-mêmes la Constitution, mais je pense que c’est le travail et non pas le droit qui est le terrain décisif d’une lutte de classes qui oppose la bourgeoisie capitaliste aux travailleurs, et non pas « les riches » aux « 99% ». Je considère que le complotisme est aussi dangereux que démobilisateur. Que la liberté d’expression a et doit avoir des limites légales, entre autres en matière de lutte contre l’antisémitisme. Que « lutter contre la doxa » ne fait pas de la personne un « résistant », surtout quand la « doxa » à laquelle on « résiste » est l’existence des chambres à gaz. Et que vouloir s’adresser aux électeurs du RN ne passe en aucun cas par la prise au sérieux de ceux qu’ils prennent au sérieux, sauf à risquer d’être une passerelle vers la nébuleuse floue de groupes d’extrême-droite très présents sur les réseaux sociaux.

Contre le pourrissement du capitalisme en crise, générateur d’atteintes de plus en plus graves des libertés publiques par ceux qui détiennent le pouvoir économique et politique, nous ne sommes pas démunis. Il est passionnant de constater combien foisonnent des initiatives de productions de biens et services, et de leur distribution, libérées de la logique capitaliste. Certes elles sont encore marginales, mais elles peuvent devenir majoritaires si nous actualisons et généralisons, dans la lutte, les grandes conquêtes de 1946, celles du régime général de sécurité sociale, du statut de la fonction publique ou de la nationalisation d’EDF-GDF. D’où ma proposition de faire du salaire un droit attaché à la personne et non pas à l’emploi. A Réseau salariat (qui, faut-il le préciser, n’est pas concerné par mes prises de positions personnelles, et sûrement pas par une faute comme mon dérapage scandaleux de février dernier), nous sommes en train de réfléchir, avec d’autres, à une sécurité sociale de l’alimentation. Cette proposition vaut aussi pour une sécurité sociale du logement, des transports, de l’énergie, de la justice, de la culture, et de tas d’autres domaines de la production. En nous appuyant sur le déjà-là conquis par les mobilisations passées, débattons et construisons, à l’occasion de toutes les mobilisations actuelles, l’alternative au capitalisme : droit politique au salaire, propriété de l’outil par les travailleurs, production débarrassée de la folle fuite en avant de la recherche du profit.

Bernard Friot, 22 août 2019

Sans commentaire.