Peut-on être réellement repenti des idées d’extrême-droite ? Mon invitation au débat #racisme #antifascisme

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D’un point de vue antifasciste, la question mérite réellement d’être posée, quand bien même elle pourrait vous surprendre, et la réponse paraître évidente… :

« Bien sûr que oui, tout le monde a le droit de se tromper au moins une fois dans sa vie »…

Mais si je la pose, c’est que la (les ?) réponse(s) ne m’apparaissent quant à moi pas aussi péremptoires, et univoques. J’ai toujours eu un gros doute, à ce sujet, qui ne s’est pas dégonflé avec le temps, lequel ne m’a pas apporté de réponse sûre et certaine.  Car je ne sais que trop bien que la haine enferme, qu’il est extrêmement difficile de s’en sortir. Peut-on sincèrement avoir haï des arabes, des noir.e.s, des musulman.es, des juifs/juives, des personnes d’autres origines ethniques et géographiques pendant des années,  (et ce pendant dogmatique qu’est la haine des gauchistes, tout aussi présent chez les fafs) au point d’avoir participé à des groupes politiques d’extrême-droite aux positionnements aussi excluants et de nature ségrégationniste, et devenir du jour au lendemain quelqu’un.e qui les prend davantage en considération, et les respecte ?

 

Cette repentance, ou cette prise de conscience réelle et sincère, j’ai franchement beaucoup de mal à y croire, du moins pour le plus grand nombre (je ne dénie pas les exceptions) et cela me semble relever du miracle. Or, je suis athée. On aura beau me citer l’exemple de cet ancien nazi allemand (voir illustrations ci-dessus) qui fait la tournée des écoles dans le cadre d’une action pédagogique , ou de ce militant proche du bloc identitaire de l’Aude qui balance les techniques de propagande de son petit groupe haineux,  je me dis au fond de moi que ce ne sont là que des exemples si rares et isolés qu’ils ne font que confirmer la règle que je me suis forgée au fil du temps : il ne sert à rien de discuter avec les fafs, les nazis, les racistes. La plupart du temps, c’est peine perdue, on se fatigue vraiment pour rien. Leur idéologie est en effet tellement profondément cristallisée en eux que pour un seul hypothétique facho que l’on convaincra éventuellement avec un long et fastidieux travail de déconstruction, la plupart resteront englués dans leur radicalité toxique, et ne bougeront pas d’un iota. Aussi, cet effort, que j’ai tenté à maintes reprises dans ma vie militante, en vain, est dans 99 % des cas voué à l’échec. On connait bien le célèbre slogan antifa  » On ne discute pas avec l’ennemi, on le combat ! », destiné à répondre à cette sempiternelle litanie des inconditionnels de la liberté d’expression à tout prix pour justifier le fait qu’on invite à un nazillon sur un plateau média… A cela, j’ai déjà mon idée : cela ne sert qu’à visibiliser et banaliser encore davantage la haine raciste, suprémaciste, à la populariser y compris chez des gens qui n’ont pas forcément les moyens intellectuels et personnels  de s’en prémunir, parce que particulièrement vulnérables, lorsqu’ils/elles  souffrent d’un handicap mental par exemple, ou sont en souffrance psychique. Aussi, le danger de ce qui peut devenir une forme de prosélytisme et de propagande de la part des fascistes est à mon sens évident. On voit déjà les dégâts dans la population de la banalisation insupportable de la parole raciste/islamophobe, si totalement libérée, et je me dois de lutter contre, avec fermeté, sans état d’âme, inconditionnellement. Mais si l’on parle d’un fasciste lambda, dans une relation duelle, loin  des regards et du quand dira-t-on, ne peut-on pas parvenir par un parcours argumentatif, par un travail de conviction rationnel,  ou un parcours de soins de nature psy approprié ?

Pour ma part, je n’ai pas de réponse toute tranchée à la question que je pose. Je ne dis pas que c’est impossible, mais simplement que c’est au dessus de mes forces de fréquenter trop durablement un.e nazillon.ne, et que cela me répugnerait fortement. j’aurais beaucoup de mal  je l’avoue sincèrement à dépasser mon dégout, malgré mes convictions humanistes et mon passé professionnel de travailleur social qui ne peut que m’inciter à penser que personne n’est insauvable. Mais ce ne sera pas par moi. Je n’aurais pas la patience, vraiment. Et ma sensibilité personnelle serait trop mise à rude épreuve que de me voir confronté au flot de haine et de violence qui ne manquerait pas de survenir de la part de pareilles bouches d’égout.

Pour sauver ma conscience, je me dis simplement que chacun sa place et son rôle à ce sujet. Si ce ne peut être moi, ce peut être un.e autre, de plus compétent, approprié. Et puisque l’on parle d’écoles de déradicalisation pour les anciens de Daech, et plus largement de l’islamisme djihadiste radical, pourquoi ne pas  des fondu.e.s néo-nazis et identitaires, qui en sont l’exacte représentation et conséquence en réponse idéologique et opérationnelle ? Au vu du nombre de projets d’attentats qui ont été déjoués dernièrement (comprenant comme ici des représentants des forces de l’ordre) relevant du terrorisme d’extrême-droite, cela ne m’apparait pas complètement hors de propos. Sans parler de tous les fascistes dormants qui sous impulsion, chauffés à blanc par les aléas existentiels et contextuels, ainsi que par une parole publique raciste et xénophobe incroyablement nourrie par certains politiques peu scrupuleux, pourraient bien passer à l’action en jetant des bombes dans les mosquées ou les cafés, ce qui ne m’apparait pas du tout improbable compte tenu de ce que je sais et sent, par le biais de mon travail assidu sur le sujet.

J’aimerais bien que ce billet puisse nourrir le débat, apporter d’autres réponses que la mienne, si partielle et partiale, puisque je prends le risque (c’en est toujours un que d’écrire publiquement) d’avouer mon impuissance en la matière.  D’autres avis sur un sujet  aussi primordial ne seraient franchement pas inutiles, et contribueraient je le pense sincèrement à faire avancer notre cause.  On ne peut pas en effet passer son temps à nommer, qualifier et quantifier le mal contre lequel on lutte, et ne pas apporter de réponse(s) autre(s) que la seule confrontation viriliste de rue. Ce n’est pas suffisant, malgré tout le respect que je dois à mes camarades antifas qui se battent plus volontiers quant à eux sur un autre plan, qui n’est je tiens à le souligner pas du tout antagoniste du mien. Nous pouvons tous être antifascistes individuellement, chacun.e selon notre personnalité, notre milieu, nos moyens d’action et notre réseau personnel. Nos angles d’entrée sont tous aussi pertinents et ne s’excluent pas les uns les autres. Ils sont complémentaires, et inter-agissent les uns avec les autres.

Aussi, agissons : faites passer. Merci.