un grand MERCI à Carola Rackete, une jeune femme qui en a (des gonades ;) #SeaWatch

A propos de celle par qui le scandale arrive… je veux parler de celui de toutes ses morts que l’Europe a déjà sur la conscience, celles de cette véritable guerre faite aux pauvres venant d’ailleurs, et de la tragique et coupable impuissance des instances européennes, que l’Histoire jugera cruellement, comme il se doit… Aussi, merci à Carola Rackete,, qui sauve (en partie seulement, tant le préjudice est énorme, et indicible) notre honneur perdu… 

je tenais à réagir au titre que j’ai retenu dans ma sélection d’infos du jour à celui du Parisien, qui qualifie si médiocrement (même avec des guillemets) cette courageuse capitaine d’un navire humanitaire … d’emmerdeuse.  Voilà qui me défrise fortement. Non seulement parce que c’est là reprendre les mots mêmes de ce facho auquel je m’oppose si frontalement, qui est de surcroit – une honte internationale absolue pour l’Italie à mon sens – le ministre de l’Intérieur …

«Ceux qui se foutent des règles doivent en répondre, je le dis aussi à cette emmerdeuse de capitaine du Sea-Watch qui fait de la politique sur la peau des immigrés, payée par on ne sait qui» (Mattéo Salvini, ici)

… Mais aussi notamment parce que c’est placer là le débat sur des affaires d’affects et d’émotions, quand la situation est de toute autre nature, et nécessite un peu plus de hauteur de vue, et d’analyse rationnelle, loin de toute idéologie xénophobe et exclusivement punitive. Certes, voilà une femme qui reste fidèle à elle-même comme à ses convictions, qui sont aussi les miennes ¹. Mais c’est aussi et avant tout le capitaine d’un navire qui assume jusqu’au bout ses responsabilités.  Et oui, elle en a (des gonades).  Elle savait très bien ce qu’elle faisait, et ce qu’elle risquait ² face à cette ordure raciste aux références si volontiers fascistes qu’est Salvini. Mais son acte m’apparait d’autant plus intéressant à saluer qu’il pose concrètement, de manière purement opérationnelle,  la question aux autorités européennes de leur totale incompétence commune à gérer ce sujet, en permettant que des règles d’accueil de réfugié.e.s soient si disparates (et donc leurs droits si constamment bafoués, sans la moindre sanction ni mesure réellement dissuasive) entre les différents pays dits « européens ».  Ne permettent-ils pas à certains, comme l’Italie ou la Hongrie, en raison de leur grave incurie maintens fois soulignées en la matière, d’avoir des règles en totale contradiction tant avec les conventions internationales qu’envers le droit maritime applicable à tous, sans distinction .

« We are proud of our captain, she did exactly the right thing. She upheld the law of the sea and brought people to safety. »

«leurs vies sont plus importantes que les jeux politiques».

En outre, il ne faut pas négliger le fait que, loin de toute idéologie d’aucune sorte, Carola Rackete a pris une décision purement pragmatique : en l’absence de réponses, il fallait bien qu’elle trouve un lieu d’accueil pour des personnes en situation de survie ( 40 migrants secourus au large de la Libye, bloqués à bord depuis 17 jours) et ne pouvait indéfiniment faire des ronds dans l’eau. Je ne sais pas ce qu’auraient de pertinent à répondre à cela les habituelles têtes de nœud au front bas que je brocarde régulièrement ici. Si ce n’est leur triste litanie qu’ils ne s’appliqueraient pas à eux mêmes en pareil cas : qu’ils retournent chez eux. Comme j’aimerais qu’ils se voient appliquer – ces résidus de fonds de capote bouchés à l’émeri –  pareille sentence inhumaniste au possible… Quand on n’a plus de chez soi, qu’on provient d’un pays en guerre, miné par la famine et l’impossibilité de répondre à ses besoins fondamentaux, pour soi et encore pire pour sa famille et ses enfants, et que de surcroit selon son origine ethnique on peut purement et simplement être réduit en esclavage, à des traitements inhumains et dégradants (auxquels notre propre pays s’est d’ailleurs déshonoré en les y renvoyant) , et risquer la mort sous la torture, alors, n’est-il pas légitime et hors de toute autre considération que d’aller là où l’on a espoir qu’ils le soient ? Chacun.e, placé dans les mêmes conditions, ferait exactement la même chose.  C’est une décision purement rationnelle, qui n’a rien à voir  avec des considérations idéologiques à deux balles.

Cochon qui s’en dédit.

N’y a-t-il donc pas eu assez de morts en Méditerranée pour faire taire à tout jamais ces voix inhumanistes  si dissonantes ? Ce nationalisme minable, médiocre et totalement dépassé, d’où qu’il soit,  ne connaitra-t-il donc jamais de limites à cette aussi odieuse qu’ infamante, aujourd’hui comme hier,  soif de sang ? Une fois de plus, ce sont toujours les mêmes qui le paient, ce lourd tribu à sa survie,  pendant que d’autres pérorent, confortablement installé.e.s dans leur canapé à cracher des horreurs derrière un écran. Comme j’ai honte pour elleux…

[Et les commentaires que l’on peut lire ici sous l’article (du genre qui seront visés par cette mesure et ne connaitront plus cette inadmissible et honteuse impunité)  n’honorent franchement pas leurs auteurs. (Je m’étonne d’ailleurs qu’ils ne soient pas davantage modérés par le journal dont il s’agit, certains présentant de toute évidence un caractère délictueux… Mais bon, on ne sera pas étonné de savoir qu’il s’agit du Figaro, journal si peu suspect d’humanisme, même basique). ]

¹ «Nous les Européens avons permis à nos gouvernements de construire un mur en mer. Il y a une société civile qui se bat contre cela et j’en fais partie». idem.

² En l’espèce, une amende de 50 000 euros et la saisie du bateau, plus quelques années de prison si elle était reconnue coupable d’avoir favorisé l’immigration clandestine (passible de cinq à quinze ans de prison) et d’avoir résisté à un navire de guerre (dix années de prison) (source AFP)