Pour la construction d’un rempart transpartisan antiraciste contre le #RN et ses idées

C’est un fait : un parti d’extrême-droite est arrivé en tête de l’élection européenne dans notre pays. C’est même en France que l’extrême droite obtient l’un de ses meilleurs scores, aux côtés de la Léga italienne (34 %) et si l’on fait abstraction du parti anglais de Farage, compte-tenu du brexit imminent.

Bien sûr, il convient de raison garder et de ne pas tomber dans le panneau d’une MLP complètement à l’Ouest qui confond l’élection européenne avec une élection locale. Mais on ne peut pas non plus, comme un BHL hors sol, considérer que le danger fasciste est écarté, que ce soit en Europe (où la réalité de la progression importante du nombre de députés européens d’extrême droite lui donne factuellement tort), ou dans notre pays (où force est de constater que ce parti raciste emporte une part importante  d’électeurs, bien qu’à peu près stable par rapport à 2014,).

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Il est bien sûr regrettable que les électeurs d’extrême-droite n’aient pas pris en considération le fait que leur parti est viscéralement népotique, corrompu, et qu’il ne sert que les intérêts financiers,   de pouvoir et d’intérêts personnels d’une petite caste dirigeante. Un parti qui se sucre sur leur dos en les prenant pour des gogos, en pratiquant une escroquerie massive aux emplois fictifs et un absentéisme significatif, au détriment du contribuable européen, donc français également.

Mais il est visiblement  établi à présent que,  vu le niveau d’information qui est celui de nombreux français, et si l’on ne veut pas se réfugier derrière l’idée que tous ces électeurs sont des imbéciles sous-informés (même s’il y en a une bonne part, un eu trop envahis par le complotisme trop présent sur les réseaux sociaux auxquels ils s’abreuvent), il ne s’agit plus d’un vote protestataire, épidermique, mais d’un vote d’adhésion. Si l’on vote pour le RN, alors qu’on sait pertinemment qu’il s’agit d’un parti corrompu qui traîne un bien grand nombre de casseroles judiciaires fortement justifiées,   c’est dans un réflexe identitaire, par rejet de l’Autre, pour son racisme et sa xénophobie, il faut accepter l’évidence. 23 % de ceux qui votent ne veulent plus d’étrangers dans ce pays, et seraient prêts à renvoyer y compris les musulmans en musulmanie, puisque ce sont tous des terroristes en puissance, l’amalgame étant bien là, terriblement ancré. La peur qui va avec, aussi. Et l’on doit prendre en compte à présent également que dans ce pays, plus on vote, plus on vote extrême-droite, donc racisme, xénophobie, et Discrimination(s).

Face à ce danger et celui de la possibilité pour l’extrême droite d’emporter les élections présidentielles en 2022, en regard des conséquences  désastreuses sur nos libertés publiques fondamentales, je suis donc contraint de me soustraire  pour un temps à l’accusation si souvent portée envers les antifas anti-autoritaires, libertaires et anti-capitalistes, celle d’une pseudo   « volonté de pureté idéologique »,  pour appeler de mes vœux (dans mes rêves ?) à la construction d’un mouvement anti-raciste trans-partisan qui serait de nature à constituer un rempart plus large que celui observé aujourd’hui, réduit à sa portion congrue, contre l’extrême-droite et ses idées. Si la ligne de conduite de ce mouvement transcendant les partis et de cette action projetée à conduire est l’antiracisme, sans ambiguïté d’aucune sorte sur ce point, alors je me tiens prêt, et disponible. Il y a des urgences  me semble-t-il qui nécessitent de   prioriser nos combats. Le mien est celui-là, depuis fort longtemps. Poursuivons l’effort par un travail de masse, les circonstances l’imposent.  Sans quoi, on pourrait nous reprocher à juste titre de nous enfermer dans notre logique radicale. Le museau du monstre est à notre porte, il ne s’agit plus de faire le pusillanime.

Une anecdote à ce sujet. J’ai rencontré il y a quelques mois Yannis Youlountas à l’occasion de la tournée  de son dernier film, l’Amour et la Révolution. Après la projection et le débat qui s’en est suivi, nous étions un petit groupe d’anars autour de lui à l’aider à remballer son matériel dans le coffre d’un véhicule, et j’ai eu la faiblesse de lâcher une petite pique envers un certain petit groupe d' »insoumis » dont la tenue vestimentaire fort guindée dénotait un peu  des autres participants. Il m’a aussitôt assailli en me faisant prendre conscience du fait que malgré sa propre radicalité personnelle, il voyait d’un mauvais œil mon ostracisme à leur endroit, estimant que la lutte antifasciste, et donc antiraciste, nécessitait parfois des alliances de circonstance avec certains groupes politiques pour favoriser l’efficience d’une action collective. Sur le moment, je l’ai mal pris, car vu la manière dont je me représente la FI, ils se sont à mes yeux grillés vis à vis des fondements de l’antifascisme par une ligne patriotarde que je réprouve, qui me colle des boutons.  Mais aujourd’hui, j’en suis là : dire que Yannis avait raison. Il convient de mettre son mouchoir dans sa poche pour élargir la base d’un plus large mouvement antiraciste que j’appelle à présent de mes vœux.