Notre #antifascisme : un texte utile au débat. Merci @antifa_lyon #Gale

Je disais dans ce billet que j’attendais avec impatience que le(s) milieu(x) antifascistes français se redéfinisse(nt) une ligne de conduite, d’action, de réflexion et de principes communs. On peut être d’accord ou non avec le texte qui suit. Mais on ne peut lui dénier la faculté importante et intéressante de contribuer au nécessaire débat entre nous… Et le moins que l’on  puisse dire, et écrire, c’est que je me sens un peu plus proche de l’antifascisme selon le GALE que selon un certain antifa du NP2C… que j’ai l’heur de ne point connaitre, et qui ne le souhaite probablement pas non plus. Celleux qui savent comprendront. Mais je ne suis qu’un médiocre liseux intellectuel, n’est-il pas ? Oh, waït… and see :  ce texte, vu ici, que j’ai estimé en mon fors intérieur si utile de re-publier ici pour en étendre la visibilité au plus grand nombre possible, afin que chacun.e puisse juger sur pièce… Y compris les non antifas avec lesquel.le.s je m’emploie à faire la jointure en tentant (si maladroitement je pense) de vulgariser l’antifascisme pour le grand public. Antifascisme  qui en effet ne peut se résumer à un combat de rue pour les seuls virilistes de la fable. J’ai ainsi souvenir d’un certain antifa footeux (je persiste : ça rend con) dont je tairai le nom mais qui confond l’antifascisme et le hooliganisme,  qui aimait à railler ma défense d’une certaine députée de droite giflée dans la rue… alors que lui trouvait que c’était bien fait pour sa gueule puisqu’elle était de droite. Et alors même que la suite de l’histoire a démontré que le responsable de cette agression était proche de l’extrême-droite, puisque de DLF… Quel bullshit, comme aiment à en produire des réseaux de plus en plus (a) sociaux.  Une conception bien éloignée de mon antifascisme à moi… nécessairement soucieux des droits des femmes.

Et si seulement d’autres textes, d’autres sections antifa, pouvaient également rebondir en retour sur celui-ci, comme en échos. j’en suis friand,  oui, j’avoue… Car pour moi, la réflexion nourrit l’action qui engendre la réflexion qui se traduit par l’action qui….  etc. Merci le Gale pour cette contribution fort utile et attendue (au moins par moi) :

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Nous présumons d’un tournant majeur dans la révolte sociale, autant dans la communication que dans les moyens d’actions sur le terrain. Tournant qui nous oblige à repenser et faire le point sur nos stratégies de lutte en tant que militant.e.s antifascistes.

On constate en France une montée en puissance de l’extrême-droite, qu’elle soit institutionnelle ou extra-parlementaire. L’une n’est d’ailleurs jamais vraiment séparée de l’autre. Ces voix trouvent de plus en plus d’oreilles dans lesquelles glisser leurs idées racistes, sexistes, patriarcales et LGBTQIA+phobes.

Il faut en prendre acte ! Ne pas laisser l’extrême droite et ses tentatives de récupération influencer les révoltes populaires. Pour cela il faut présenter une alternative radicale, en totale opposition aux valeurs rigoristes de ces groupuscules fascistes.
Il faut le dire franchement, certaines stratégies antifascistes doivent être remises en question.
Ce n’est pas tout de se déclarer antifasciste, il faut agir en conséquence.

Non, la lutte que nous menons ne doit pas se contenter du nombre de vues sur les réseaux sociaux. Il faut la construire chaque jour pour qu’elle soit l’affaire de tou.te.s. Peut-être faut-il se poser les bonnes questions avant de se fantasmer avant-garde du mouvement social, de proclamer partout sa présence lors de telle ou telle bagarre pour être acclamé de tou.te.s, voire de planifier ces dernières au risque de mettre des personnes en danger. Cette manière de concevoir l’antifascisme est dérisoire, et nous rend dérisoires auprès de tous.tes, transformant nos combats en de « vulgaires règlements de compte entre gangs adverses ».

Nous pensons que ce retour à une forme de hooliganisme antifasciste ne porte aucun discours politique. Il ne reste que des publications Facebook et Instagram de bandes de mecs se targuant d’être les plus forts, comptant le nombre de coups donnés et attendant patiemment derrière leurs ordinateurs que le nombre de likes augmente. En bref, il ne reste qu’un contenu médiatique vide de sens.
Certes, peut-être produit-il de l’audimat, mais à quel prix ? N’est-ce pas contre le monde qui produit ces manières de penser que nous luttons ?

Nous déplorons le manque de cohérence de ces contenus « médiatiques » vis à vis d’une prétendue ligne politique. Manque de cohérence qui prouve encore une fois la dépolitisation que provoquent les moyens mis en œuvre.
Il est effarant de noter le détournement de nos victoires collectives en actes héroïques par quelques-un.e.s, de vivre nos défaites à travers de supposées victoires de poseurs. Cela ne nous encourage pas mais nous dépossède de notre propre vécu, se sentant dépendant d’un code d’honneur, d’une facette illusoire à tenir coûte que coûte.
Nous croyons que l’antifascisme est une lutte contre toutes formes d’oppression ! Et ne comprenons pas que certain.e.s se revendiquent de cette mouvance tout en continuant à promouvoir une imagerie issue de ces oppressions. Imagerie viriliste appelant au culte de l’antifa-héros.

Nous assumons la violence comme un moyen d’action, elle est nécessaire et obligatoire. Nous ne cesserons jamais de l’utiliser et de la diffuser comme un outil émancipateur. Cependant, nous ne la considérerons jamais comme une fin, elle doit rester un moyen pour lutter contre les oppresseurs. En aucun cas, la porter comme étendard n’a d’intérêt pour nous. Cela ne fait que limiter nos possibles, nier nos peurs et nous empêcher de construire collectivement.

Les combats à mener sont aussi culturels. Sur ce terrain, toute forme d’oppression doit être déconstruite. Nous devons être nous-mêmes des acteur/ices du renouvellement culturel, s’insérer dans les réalités nouvelles et proposer un contenu clair de nos combats. On ne peut pas laisser dire aux images que nous partageons des choses que nous combattons.

Nous considérons cette forme « d’antifascisme » comme dangereuse. Elle nous poussera à terme à un réel antagonisme entre différent.e.s groupes et individu.e.s antifascistes, au risque de devenir de véritables ennemi.e.s politiques ; surtout quand elle alimente une rivalité destructrice de toute énergie révolutionnaire et émancipatrice. Ou bien lorsqu’elle sabote un travail militant de long terme mené par des individu.e.s multiples, pourtant tou.te.s antifascistes.

La lutte antifasciste ne consiste pas en la formation d’un service d’ordre à chaque manifestation. Se penser les seul.e.s aptes à répondre aux problèmes fascistes, c’est s’approprier cette lutte sans jamais en faire une question commune. Or l’antifascisme n’est pas l’affaire d’un groupe mais de toute la population !

Un groupe qui revendique ce rôle de « chevalier blanc » n’est rien d’autre qu’un groupe reproduisant des schémas paternalistes et colonialistes. Non content de briser l’organisation collective, il occupe l’espace, ne laissant aucune place à l’émancipation des personnes opprimées. Comment ce genre de groupe pense-t-il agir contre l’impérialisme quand il passe son temps à en reproduire les schémas de fonctionnement ? Comment peut-il se féliciter de parler de féminisme en monopolisant l’espace de parole, l’espace public, en invisibilisant les femmes et en prenant des initiatives à leur place ? C’est l’exacte reproduction d’un système de domination par un groupe se présentant comme un sauveur.

Nous ne voulons pas de ces groupes qui prétendent sauver le monde, nous voulons nous organiser, créer une solidarité pour lutter contre les idées fascistes et contre la classe dominante qui les alimente.

Nous souhaitons donner les moyens mais surtout se donner les moyens de se défendre face aux politiques capitalistes et à l’offensive néo-libérale actuelle, face aux discriminations, au racisme d’Etat, au patriarcat, à la LGBTQIA+phobie.

Nous ne sommes pas seulement en dehors, à côté et encore moins au devant de ces violences institutionnelles mais aussi avec les dominé.e.s.
C’est la même chose face au fascisme et ses pantins. Nous prônons l’auto-formation des classes populaires et la réappropriation collective de la violence face à ceux qui constituent la réserve armée et idéologique du capitalisme en temps de crise : les mouvements d’extrême-droite. (souligné par moi)

C’est pour cela que la GALE propose des moments de formations théoriques mais s’allie aussi avec les militant.e.s révolutionnaires pour former et se former à se défendre, se battre dans une démarche collective.

C’est ce que signifie autodéfense populaire, se protéger ensemble de tous les aspects du fascisme qu’il soit culturel ou institutionnel.
C’est notamment l’objectif du bloc contre les oppressions qui a été réalisé à plusieurs reprises lors des manifestations Gilets Jaunes : construire un espace créé par des forces diverses qui ensemble sont capables de rendre une réponse politique aux attaques fascistes.

Il ne faut pas laisser cette lutte à la dépolitisation ! Nous en venons à penser que cette posture ne cherche qu’un « affrontement avec le gang adverse », niant toute la radicalité d’un réel combat contre le fascisme. Oubliant que notre objectif est de le détruire et non de l’alimenter par des batailles égocentriques.

Bien sûr, tout cela ne remet pas en cause le soutien que nous continuerons d’apporter à toutes les victimes du fascisme et de la répression, et notre présence à chaque manifestation pour continuer à mener ce combat !

Combattons la peur et l’héroïsme, combattons le fascisme !

Groupe Antifasciste Lyon et Environs

Le débat se poursuit ici... sur le compte facebook du Gale.

(Restons groupir et respectueux de chacun.e, y compris dans nos propos sur les réseaux (a) sociaux. Merci.)