le grand gloubi-boulga des #giletsjaunes (avec des morceaux de fachos dedans…) m’a fait vomir mon petit déj.

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Depuis le début, le mouvement des gilets jaunes est un grand rassemblement de tout et de n’importe quoi, une juxtaposition, un empilement, puis une sédimentation des colères et des ressentiments, sur fonds de complotisme et de fake news dont le support d’origine, facebook,  est tellement tristement synonyme. On y trouve de grands gourous confus qui servent de passerelle si volontaire à l’extrême-droite radicale, des royalistes de l’Action Française, des anti-IVG, des antisémites notoires genre Ryssen en passant par les dieudonnistes, des nationalistes, des homophobes et des racistes terriblement ordinaires, des adeptes du Grand remplacement, contre le Pacte de Marrakech et autres fariboles complotistes, des « France Insoumise » prêts à signer tout et n’importe quoi avec n’importe qui, des quidams sur les ronds-points qui font des saluts nazis, des négationnistes, des islamophobes, des cheffes de rond-point cadres du FN/RN, dont la hiérarchie s’est déclarée d’emblée totalement acquise à la cause des gilets jaunes, des catholibans de Civitas,  des syndicats de flics complices, un service d’ordre confié à des néo-nazis notoires, un ami de Jean Lasalle tout aussi nazi que l’autre,  des asselinistes chouardisants mâtinés de Fiorile qui appellent l’armée au secours pour détrôner Jupiter, des cathos réacs de LMPT. qui vont jusqu’à envoyer leur chanteuse à l’opéra de la manif jaune … des gilets jaunes qui s’en prennent aux restos du cœur, des illuminatis et des reptiliens, des raëliens, des bas de plafond du Bastion dit social, et même des antifas !

Les revendications de départ, cette simple opposition à une taxe soi-disant écologique sur les carburants, se sont développées en un immense cahier de doléances dans lesquelles une chatte ne retrouverait pas ses petits. Ce mouvement est un sommet de confusion idéologique totale. Chaque rassemblement y apporte son lot d’hallucinations collectives, ses objets de curiosité, ses motifs d’indignation. Tous les partis sont bousculés, et les positionnements politiques ébranlés. Ma propre « famille » politique n’est pas épargnée. On sait depuis ce point névralgique là les divergences que j’exprime. Pour moi, les choses sont claires, carrées, posées : on ne manifeste pas, on ne défile pas, on ne stationne pas sur un rond-point aux côtés d’individu.e.s dont on aurait combattu ailleurs les idées discriminantes : racistes, xénophobes, antisémites, anti-immigration, islamophobes, sexistes, LGBTQ-phobes et pauvrophobes. De plus, on ne rejoint pas un mouvement dont les mots d’ordre et les objectifs ne sont pas plus clairement définis. Bien que je puisse le souhaiter, renverser Macron ne me suffit pas. Si c’est pour le remplacer par un gouvernement autoritaire, de quelque nature qu’il soit, libre à moi n’est-ce-pas de ne pas vouloir participer à cette aventure collective périlleuse  là.

Mais d’autres ont fait un choix différent du mien. Je le respecte. Et cela d’autant plus qu’il s’agit de connaissances personnelles, de camarades de combat, politique, associatif, et social. Et c’est bien pour cela que leur intrusion dans un mouvement qui n’était au départ pas le leur me navre d’autant plus. Je pense qu’ils font fausse route.  Et parce que je pense cela, je suis de plus en plus souvent confronté à des gens qui me disent que je serais sectaire,  que les gilets jaunes seraient l’avant garde éclairée d’un  nouveau monde, et qu’il conviendrait de ne surtout pas stigmatiser les fachos, qu’il conviendrait plutôt de leur parler, de tenter de les convaincre de revenir dans un droit chemin dont même nous ne savons pas ce dont il est constitué, mais plutôt ce qu’il ne doit surtout pas être : de la merde raciste, complotiste et autoritaire. Bref, le fascisme qui vient... auquel s’opposer sans ambiguïté.

Pour autant, malgré tout cela, j’ai vu hier, partout en fRance, comme en une vague d’attaques coordonnées, dans plusieurs grandes villes du pays,  des militants fascistes identitaires (appelez les comme vous voulez, en mille mots comme en un seul, m’en fous. Pour moi, c’est la même vermine raciste à extirper) agresser nos camarades dans des manifestations de gilets jaunes, la plus symptomatique et spectaculaire étant la violente agression dont a été victime un groupe du NPA à Paris, par une meute de nazis qui se fait appeler les zouaves, et dont j’ai déjà parlé ici. A Lyon et à Caen, les manifestants les ont refoulés, et c’est tant mieux. Cet instinct de survie populaire me met en joie. Se débarrasser de son propre poison inoculé par des malveillants, c’est de la simple riposte populaire éminemment nécessaire. Car nul doute qu’il y a des forces obscures (pas tant que cela, on les connait) qui tentent d’infiltrer ce mouvement depuis le début, et de le pourrir. N’y arrivant pas aussi facilement qu’ils le souhaiteraient, ils se radicalisent, deviennent violents, et règlent leurs comptes avec les forces politiques qui leur sont fermement opposées. Il est donc urgent d’agir contre.

Aussi, malgré mes réserves quant à ce mouvement, ce grand gloubi-boulga indigeste, pour reprendre mon titre puéril (mais amusant, faut bien se détendre un peu, dans ce monde de brutes), je tiens à faire savoir publiquement que bien sûr, j’apporte tout mon soutien, malgré toutes mes réserves de principe et mes observations, moi qui ait tant contribué, sciemment, à scruter les taches de brun parmi les gilets jaunes, aux organisations et à leurs membres qui ont été agressés par ces bandes de vermines fascistes.

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Car c’est à ce moment précis de l’histoire,  alors que jusqu’à présent j’ai été plus souvent qu’à mon tour dans la rue, que je me demande soudain pourquoi,  là, précisément, je ne le suis pas, malgré tout ce que j’ai dit et écrit, jusqu’à présent. Et je m’étonne moi-même de cette absence là, que d’aucun.e. (plus déter comme on dit ?), préfèrent qualifier de désertion. Déso pas déso d’avoir des principes qui fondent mon action. Le combat continue.

10 réflexions au sujet de « le grand gloubi-boulga des #giletsjaunes (avec des morceaux de fachos dedans…) m’a fait vomir mon petit déj. »

  1. Je vous remercie de New York pour la clarté et patience et diligence avec laquelle vous étudiez le shitshow du moment et nous dire ce que vous voyez. Je me demande aussi votre question–« pourquoi, là, précisément, je ne le suis pas » dans la rue–et lire que c’est une question partagée me donne confiance dans notre coeur partagé du peuple, que notre sens du vrai ennemi est confiable, même si nous n’entendons dans ce moment exactement comment marcher ensemble pour faire un monde nouveau réal. C’est à travers de clarté et patience et verve comme les votres que nous allons arriver là. Excusez mon français cassé et merci.
    Suzanne
    Manhattan
    Suzanne Gardinier

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  2. Salut camarade, ton post m’a fait beaucoup pensé à ce qui s’est passé en Ukraine à l’occasion de la révolution de Maidan. Là encore, un peuple dans la rue. Là encore, tellement de revendications et de pluralité qu’on se demandait, politiquement, à quoi rimait ce gloubi-boulga idéologique à part le consensuel « dégage ». Là encore, les fafs en nombre, qui se foutaient bien des revendications européanistes et sociales, et qui ont immédiatement pris les postes stratégiques tels que les services d’ordre, qui leur ont permis de dégager vite fait les éléments de gauche revendiqués. Résultat, la majorité des groupes de gauche décidera de se retirer de ce mouvement, à l’exception des étudiants du syndicat « action directe », des militants associatifs et de nombre d’individualités pour lesquels « on ne laisse pas un mouvement populaire aux fafs » et qui reviendront par la fenêtre. Leur travail discret sur la place et dans les bâtiments occupés sera essentiel. A Kharkov (moins médiatisé en occident), les gauches seront plus rapides et ce seront les fafs qui laisseront tomber. Après le mouvement, la plupart des groupes de gauches, syndicats et groupes révolutionnaires feront ensemble une réunion de débriefing (à l’exception du groupe « borotba » qui, par « antifascisme », avait soutenu le pouvoir et qui sont devenus depuis des pions du Kremlin). Entre neutralité et activisme, quelle aurait dû être la position. Le témoignage des syndicats fut éclairant : après Maidan, ils sont revenus sur la place profiter de l’ambiance pour faire de l’agitation sociale, tracts, rencontres et mini-meetings, avec un grand succès jusqu’au moment où, question classique et systématique, on leur demandait où ils étaient sur la place pendant Maidan parce que ça aurait été bien si on les avait vu… « Heu… Ben… On n’était pas là ». Les gens se sont barrés immédiatement. La question du « fallait-il en être ou non pour éviter le confusionnisme » ne s’est, que je sache, pas posée pendant le printemps arabe où se sont cotoyés islamistes, libéraux, gauchistes, nassériens etc…

    Ce que je veux dire avec ces quelques exemples est la chose suivante. Nous ne sommes effectivement pas dans une configuration genre Espagne 36, les bons contre les méchants. Mais nous sommes bien, aujourd’hui, devant un mouvement à très forte connotation sociale. Impossible de l’esquiver où il faudra se demander pour quoi on milite. Dans ce mouvement se côtoient plusieurs aspirations dont certaines sentent l’égout, on se retire dégoûtés où l’on admet qu’il n’y a pas seulement une ligne de front, mais de multiples ? On se retire parce que c’est trop de confusion et c’est joué d’avance, ou on assume le fait qu’il faudra se battre sur toutes ces lignes, en même temps ?
    Tu as donné l’exemple de ses fafs qui ont attaqué le NPA lors de la dernière manif. N’as-tu pas entendu dire que lors de précédentes manifs, se sont aussi les fafs qui en prennent plein la gueule, de Benedetti à Action Française ? De l’avis de Jean-Yves Camus, bon connaisseur de la mouvance, les fafs ont déjà perdu la bataille de la prise de contrôle du mouvement. Reste à savoir si le FN, en embuscade discrète, va ramasser la mise électorale de l’après-mouvement. Et là, rien n’est encore joué. Le texte étant déjà long, je te donne les pistes de réflexion et peut-être d’action : l’élimination des fafs de certaines manifs, pas seulement par les antifas, ce qui fait règlement de compte, mais par les manifestants (Chambéry, Bordeaux, autres…), ce qui n’est pas arrivé aux groupes de gauches revendiqués par drapeaux rouges ou noirs ou syndicalistes, ce qui est déjà un signe. Les ronds-points, où est en train de se créer une sociabilité nouvelle de ces zones dites périphériques, où n’existait avant que l’émiettement social profitant largement au vote FN-RN. Le grand rassemblement de Commentry, qui a regroupé environ 700 personnes représentants ou observateurs de plus de 80 groupes de GJ de toute la France sur un fonctionnement authentiquement libertaire (je te laisse chercher les nombreuses occurrences) et qui est à mon sens ce que le mouvement a produit de plus intéressant à ce jour. Les nombreux groupes FB de GJ où discutent, débattent, s’affrontent, les GJ entre eux. Les fafs et beaufs racistes ou complotistes y sont en nombre, mais, quand les posts trop fachos sont systématiquement éliminés par les administrateurs eux-mêmes (du moins sur les groupes que je suis), on peut aussi influer largement sur les conscience et j’ai perso assisté à de bons retournements d’opinion, des demandes de plus d’explication de gens qui se rendaient compte qu’ils se trouvaient en face de gens qui savaient de quoi ils parlaient, etc… Bref, tu taff, du lourd, qui prend du temps, qui déçoit parfois mais porte souvent des fruits, du travail d’explication et d’agit-prop de base, tel que le définissait le vieux militant anarchiste Errico Malatesta dans ses écrits politiques. On en revient aux bases de ce POUR quoi nous militons. Merci en tous cas d’avoir partagé ta position et surtout tes doutes. Hasta la victoria et à bientôt sur les lignes d’un front plus social que national.

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  3. Position aristocratique, Aristocratie : du grec aristokratia (aristos, excellent, le meilleur, le plus brave et kratos, pouvoir)….et méprisante!
    Le peuple est divers, avec des « contradictions au sein du peuple » qui se résolvent par le débat et la confrontation, pas le mépris des « purs ». Ce mouvement a brisé le carcan de « la société du spectacle », critiquant les médias capitalistes en mettant les humbles au devant de la scène, il est une critique virulente de la ploutocratie qui domine cette république… IL nous importe à tous de transformer cette rébellion citoyenne en « révolution citoyenne » sans fuir ni mépriser, et je vois de mes propres yeux que les fachos se font exclure manu militari!
    Par contre ce genre d’attitude favorise effectivement le vote Le Pen pour qui « on va voter, après avoir tout essayé » (entendu en ritournelle en usine à Saint Nazaire) par le mépris qu’il affiche pour les pauvres et les sans grades, incapable de naître avec l’esprit et les idées qu’il faut! Si les classes populaires sont fachos, peut être les intellos devraient se remettre en question!? relire Gramsci sur l’hégémonie culturelle ou Guy Debors

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