A la lecture de certains textes qui circulent actuellement sur le net, je m’interroge beaucoup en ce moment sur ce que doit être ou non l’antifascisme. Jusqu’à présent, je n’avais pourtant aucun doute. Le mien est nécessairement, sincèrement et viscéralement anti-raciste, certes [ce qui inclut bien sûr, est-il utile de le préciser (spoiler : oui) l’antisémitisme], mais aussi anti-capitaliste, anti-sexiste (machisme, virilisme, homo et transphobie sont proscrits chez moi), et anti-autoritaire. Ah, oui, j’oubliais : anti pauvrophobie, également, bien sûr, vu ma situation, mes origines, et mes valeurs et convictions personnelles.

Toutefois,  les gilets jaunes sont passés par là et rabattent les cartes, partout, dans tous les milieux, tous les partis, tous les mouvements, y compris chez les antifas, et parfois de manière assez spectaculaire… Il est donc nécessaire de me repositionner plus clairement, à la faveur de certains événements qui m’ont quelque peu troublé.

Tout d’abord, afin que les choses soient claires sur le sujet, évitons les malentendus que certains ont cru bon de soulever à mon endroit, alors qu’ils connaissent pourtant mes positionnements politiques, et plus globalement idéologiques,  depuis bien des années.  je n’ai jamais pensé que tous les gilets jaunes étaient de dangereux fascistes. Je ne fais que pointer, au jour le jour, parmi eux, ceux qui le sont, et qui profitent du mouvement pour se refaire, sinon une virginité, du moins une nouvelle et plus grande visibilité, en s’immisçant dans leurs rangs. Des malveillants dont je connais trop bien les méthodes et stratégies bien dégueulasses, et si sournoises, qui profitent parfois de l’ignorance de la plupart pour tromper leur monde, et manipuler d’autres personnes moins aguerries, et moins armées politiquement. Aussi, mon devoir antifasciste est de continuer à faire ce que je sais faire de mieux : « porter la plume dans la plaie« , pour reprendre les propos du journaliste que je ne suis (hélas) pas. Et faire profiter mes lecteurs/trices de ce que je sais, lis, vois,  entends, découvre, débusque, et veut voir absolument partager pour que le mal que je combats ne se perpétue pas indéfiniment. Que ça en défrise certain.e.s, m’en fous  (tant mieux).

Mais voilà que certains ont cru bon de cracher dans la soupe. Quand il s’agit de nos ennemis, l’affaire est entendue, et je sais en général quoi leur répondre, affutant année après année mes arguments favoris. Mais quand l’attaque vient de nos « propres » rangs, voilà qui me refroidit quelque peu, pour ne pas dire pire…. Voilà précisément de quoi je veux parler : ce texte, que nous a balancé comme une baffe dans la gueule, de celles dont il affectionne visiblement la haute valeur argumentative vu le propos, un certain antifa proche des positions de LFI, si j’en juge par ce qu’il publiait sur son compte,  sévissant derrière le compte twitter   :

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J’ai songé un temps à répondre point point à chacune des attaques de caniveau contenues dans ce texte affligeant qui en a affligé plus d’un autour de moi.  Mais à quoi bon ? Visiblement, la lecture est une tare, de l’aveu même de cet antifa là pour qui un coup de poing dans la gueule sert d’avantage le propos qu’un argument bien senti.  Quelqu’un qui oppose de surcroit la réflexion à l’action, et le travail intellectuel au prolétariat, ce qui est une insulte pour ce dernier, de par son caractère étrangement essentialisant pour quelqu’un qui se targue de défendre le peuple, dont je suis entre parenthèses tout autant que d’autres…  Bref, passons. L’émotion est parfois bien mauvaise conseillère, je suis bien placé pour le savoir. Je vais donc m’en garder. Je n’en pense pas moins…

Et puis il y a cet autre texte, provenant d’un collectif dont j’ai déjà salué le travail ici, à l’occasion de leur publication sur la pègre raciste aux idées rances qui tourne autour du Menhir, à Bordeaux : le pavé brûlant. Ils me donnent l’occasion de compléter mon billet de manière plus détaillée sur les circonstances qui ont déterminé l’éviction des fachos d’une manif de gilets jaunes à Bordeaux, déjà évoquée ici.  Voilà qui permet également d’enrichir opportunément notre trombinoscope de têtes de fafs, déjà commencé ici avec les identitaires… Voici leur travail :

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… avec une conclusion qui fait plaisir à lire et clarifie les choses sur le nécessaire positionnement antifasciste parmi les gilets jaunes :

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Il nous semble donc que dans les manifestations à venir, cette expulsion des éléments fascistes devrait être un préalable à tout autre type d’implication dans le mouvement, et qu’il faudrait que toutes les personnes partageant cette conviction continuent de s’organiser en ce sens. (source)

Entre ces deux « antifascismes » là, maintenant, à vous de choisir… Moi, c’est fait. Et je dois écrire à l’attention de certaines sections antifascistes qui apprécient visiblement les méthodes staliniennes (comme il y faut peu de convictions antifascistes pour ne pas y voir d’incohérence politique… si l’on se veut anti-autoritaire) que, bien qu’antifa, je ne me sentirai jamais obligé d’éprouver la moindre solidarité pour des gens qui perpétuent des comportements oppressifs comme des insultes sexistes et homophobes, ou cultivent un virilisme à deux balles que nous dénonçons pourtant par ailleurs chez nos propres adversaires. C’est pourtant ce à quoi s’est adonné le type dont je condamne les méthodes. Cela m’insupporte au plus haut point. Il en tient de la cohérence que j’ai toujours tenté de garder quant à moi entre la parole et les actes. Mes proches le savent bien qui en ont fait les frais. Il est en effet plus facile parfois de lutter contre le racisme, le sexisme, l’homophobie, ou la pauvrophobie,  sur une tribune, ou face à des fachos dans la rue plutôt que dans sa propre famille ou ses collègues de travail, ou en milieu militant, par exemple… Je ne suis pourtant  ni meilleur ni pire qu’un autre. Question de respect de mes convictions, juste.

Show must go on… Next.