« Marave challenge », ce produit collectif d’une société malade

Si l’on reconnait et juge une société aux phénomènes qui la traversent, la nôtre est assurément bien dérangée. Entre les questions de cyber-harcèlement, de fat shaming ou de body shaming, les mouvements de haters que j’ai déjà décrits ici, voici que notre belle société consumériste outrancière et amorale nous offre opportunément sur un plateau (de télé) un autre produit de consommation courante : le marave challenge.

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De quoi s’agit-il ?

Ce « jeu » venu des Etats-Unis consiste en une compétition, avec rétribution, pour frapper un inconnu. Un groupe attend à la sortie des lycées ou à proximité des arrêts de bus avec pour objectif de frapper le premier jeune qui passe. Un donneur d’ordres offrirait même 10 euros aux auteurs quand leur cible est un garçon et 30 euros quand c’est une fille.

Bien entendu, sans quoi ce ne serait pas si drôle, la scène est filmée, histoire de faire frémir les adoslecent.e.s plus ou moins attardé.e.s qui se délectent de ce genre de situations de nature à faire grimper leur taux de testostérone ou d’adrénaline…

Comme l’on pourrait avoir naturellement honte de ce monde là, le trouver répugnant, infect, dégueulasse, pourri et j’en passe… Et comme il serait tentant de s’en indigner à peu de frais et passer à autre chose, un sujet d’indignation en chassant un autre dans notre société hyper médiatisée et numérisée, flash d’info après flash d’info. Mais comme la pensée, le sens critique et l’analyse y perdraient grandement. Car il y a franchement de quoi s’interroger sur les fondements d’une société qui produit ce genre d’événements insupportables. je ne jouerai certainement pas mon vieux con, mais je vous invite simplement à vous interroger sur les critères multi-factoriels qui président à la production de pareils faits. Tout au plus me contenterai-je de vous indiquer quelques pistes :

  • tout d’abord, la jouissance procurée de manière collective (de laquelle nul.lle ne peut s’absoudre s’il en est acteur ou spectateur.trice)  par le fait de créer du buzz, et d’y être de surcroît intimement lié de près ou de loin quand c’est le cas, lorsque par exemple on est celui qui filme la scène, ou celle qui attire tel ou telle jeune dans un coin sombre pour que la violence puisse se produire sans risque d’intervention extérieure et que l’on risque d’être soi-même pris à partie…
  • ensuite, la responsabilité des médias qui voient en cette pratique immonde  un sujet de consommation courante dans leur usine médiatique ordinaire, une aubaine en termes d’appât pour la curiosité du client consommateur d’infos, que l’on sait de plus en plus blasé. Il lui faut du sensationnel. Leur logique consumériste, soucieuse trop exclusivement de rentabilité à court terme, les empêchent de voir à quel point  la morale et la déontologie journalistique qui devrait encore les guider est si tragiquement absente. Face à de pareilles pratiques, il convient pourtant de prendre du recul, et de se poser les bonnes questions, surtout en termes de rôle, de place et d’apport sociétal de l’information pertinente, ou pas. Et de la possibilité qu’elle grossisse artificiellement ou dénature un fait. Qu’elle l’encourage ? L’hypothèse n’est pas gratuite, et dénuée de sens…
  • et nous, collectivement, plus adultes et mâtures, qui laissons ces jeunes en proie à un tel désœuvrement, un tel ennui, qu’ils se perdent dans de pareilles occupations, d’aussi cruels « loisirs »… Nous qui ne voyons pas où est le mal, voir même qui nous sentons plus libres, harassés par notre journée de travail et nos soucis, quand ils passent des heures dans leur chambre ou ailleurs, devant leurs écrans de smartphone ou d ‘ordinateur…
  • globalement, une société de plus en plus privée de tous repères moraux, dans laquelle les notions de bien ou de mal sont si tragiquement absentes, et où les droits humains sont objets de raillerie,  quand les conduites immorales, perverses, malhonnêtes sont si tristement banalisées, y compris à un niveau médiatique jamais atteint, comme pour seul exemple dans la multiplication des émissions de tél-réalité, ou à travers l’exemple personnel donné par certaines personnalités politiques ou médiatiques (les deux étant si confusément liées) au comportement si toxique, et si peu conforme à nos valeurs communes…
  • ce qui nous amène à l’absence de projet sociétal humaniste, avec son corollaire, des institutions de nature à l’asseoir. Plus de morale publique, plus de religions, plus de doctrines, plus de garde-fous,  si  ce n’est un dernier rempart, cette « justice » bien faillible, avec si peu de moyens… Plus de morale, mais encore une éthique ? A voir…

Autre chose ?

La suite vous appartient. Moi, j’ai fait le job. je ne suis pas sociologue. Faut pas charrier. C’est un métier. Pas payé pour… 😉

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