#NuitDebout, rapport d’étape 1 : entre la peste et le cholèra.

Aujourd’hui est une bonne journée. La moisson est riche. J’ai été qualifié d’ultra-gauchiste par un « journaliste »  de Politis, et j’attends donc qu’il me signale à Bernard Cazeneuve comme étant l’un de ceux de Tarnac. Quelques journées de garde à vue me feraient faire des économies appréciables sur mon budget personnel, très limité actuellement, et je pourrais peut-être manger à l’œil.   Trêve de plaisanterie, j’aimerais vous faire part de quelques éléments d’information que j’ai recueillis ici et là à propos de Nuit Debout. Jusqu’à présent, je me suis retenu d’en faire un billet critique à ma sauce, risquant de tomber sous le coup de l’accusation ultime, particulièrement infamante pour un soutien de la gauche de transformation sociale,  de traître à l’insurrection qui vient. J’attendais donc de voir ce que ce mouvement allait donner. J’ai en effet soutenu et vécu à mes dépends certains phénomènes de contestation autrefois qui ont laissé des traces. Et comme l’un des acteurs de ce passé là se retrouve comme par magie dans Nuit Debout (un certain Benjamin Ball, pour ceux qui connaissent), et pas n’importe où dans le mouvement,  je me méfie. Chat échaudé craint l’eau froide. C’est lui qui par exemple a interpelé Lordon mercredi à la Bourse du travail.

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Voici donc un billet à mi-étape de mes réflexions personnelles, quelques points de vigilance et de réflexion, si ce n’est de prudence légitime, et de partage aussi. Si certains éléments sont inexacts ou trop approximatifs, libre à chacun de les discuter en commentaire, du moment qu’il respecte la charte d’utilisation de ce blog.  Inutile de préciser (ou plutôt si..) que les agressions et les insultes sont bannies, bien que je commence à en avoir tristement l’habitude. Tout d’abord, j’ai été averti assez tôt du fait qu’une société privée composée de gens que je qualifierai prudemment de toxiques (j’en connais au moins un) se soient permis d’acheter dès qu’ils ont pensé qu’il y avait là un bon filon à exploiter, tous les noms de domaine à propos de Nuit Debout. Le même groupe a également créé les compte twitter Nuit Debout et la page facebook dédiée. II s’agit de la sté Raiz, qui se présente sur Viadéo comme « une agence de conseil, formation et recrutement en community management et stratégies web« . Numérama a déjà confirmé cette information. Dans ce même article, Julien Bayou que l’on ne présente plus, présenté comme  l’un des pionniers du mouvement Nuit Debout «  confie qu’il n’est pas un grand fan de l’initiative. » On comprend aisément pourquoi. Sur ma propre agglomération, j’ai eu la surprise de voir apparaître cette semaine un deuxième compte twitter Nuit Debout, faisant doublon avec celui du réseaux de comptes pré-formatés créés, celui avec le logo dédié aisément reconnaissable.  Jouant les innocents, je les ai questionné sur la raison de ceci, et l’on m’a répondu que c’était la précédente AG qui avait voté à l’unanimité cette décision. J’ai donc demandé si cela était lié à cette histoire pas très clean d’appropriation par Raiz, mais je n’ai pas obtenu de réponse. La fin de l’article de Numérama est instructive :

Un des pionniers du mouvement Nuit Debout s’est également exprimé sur l’achat du nom de domaine de nuitdebout.fr. Une vidéo hébergée sur YouTube le montre entrain de s’exprimer sur le sujet, celui-ci regrettant le fait que « RAIZ soit devenu propriétaire des outils qui sont censés parler pour Nuit Debout ». Il ajoute : « Chaque jour se pose le problème de laisser entrer les soraliens, les crypto-facistes et leurs idéologies ». « Benjamin Ball et Baki Youssoufou les ont fait entrer dans le mouvements des indignés à la Défense et ont permis que le mouvement soit pourri par ces personnes ».

C’est précisément ce que je craignais, qui justifie ma prudence vis à vis de ce mouvement, et qui explique ma distance. Dès qu’on parle de démocratie, on retrouve en effet, sous prétexte de liberté d’expression (laquelle ne saurait se confondre avec la fâcheuse habitude de l’extrême droite  de cracher son venin, surtout quand on prétend fonder un monde meilleur)  tout un tas de ceux que je nomme les « chouardisants  » et autres « citoyens constituants » ou membres de la révolution ratée du 14 juillet, mouvement sectaire.    j’ai trop eu affaire à certains de cs gents là, qui ne répugnent nullement à migrer de groupuscules en groupuscules, à l’occasion du M6R, pour ne pas en être édifié. Ils ne répugnent en effet aucunement à la proximité avec des gens d’extrême droite allant jusqu’aux néo-nazis. « Mais que faites vous de la liberté d’expression, mon pauvre Monsieur, faut pas être aussi intolérant ! » Sauf que,   comme chacun sait s’il me lit, voilà qui n’est clairement pas ma tasse de thé. Ne pas donner les clés de sa maison à des gens qui la saccageraient aussitôt jusqu’aux fondements me semble être une précaution éminemment nécessaire en matière de politique, et surtout sur le terrain démocratique, si vous voyez ce que je veux dire…  Faut pas être naïf, il  y a danger. La preuve en est que parallèlement à cette histoire de Raiz, Nuit debout s’est également laissé  infiltrer par tout un tas de malveillants, comme le confirme cet article de Buzzfeed. Le gratin de la fachosphère, qui va de pair avec les complotistes, y vaque tranquillement à ses occupations, comme si de rien n’était. Le Cercle des volontaires et son émanation, MetaTv , Égalité et Réconciliation, l’agence Info libre, et  selon un journaliste de Street Press, les Citoyens Constituants, qui  avaient installé un stand depuis le début de la mobilisation. Cette association est également accusée d’être liée à différents mouvements complotistes. Le tout couronné par la présence  de Russia Today (RT), voilà qui devient particulièrement consternant.

Ce site d’info dont l’État russe est propriétaire, couvre au plus près les manifestations contre la loi Travail jusqu’à obliger les médias traditionnels à reprendre ses images. Au sein des reporters tout terrain de cette rédaction, on trouve notamment un certain Jonathan Moadab… ex-animateur du site le Cercle des volontaires.(source)

Cependant, le mouvement ayant été alerté, et certains plus conscients (et informés) que d’autres en la matière, des consignes auraient depuis été données aux organisateurs :

«Les sites complotistes et les organes d’extrême droite trouveront porte close. Quant aux médias à actionnariat privé, ils sont reçus avec prudence.»

Gardez vous de penser que je rejette pour autant ce mouvement aux contours imprécis, au contenu plus complexe que ce qu’en donne à voir et à lire les médias. Je ne suis  cependant pas de ceux qui, malgré ce que je sais, jettent le bébé avec l’eau du bain,  comme ce Monsieur que je ne connais pas déniché par hasard sur facebook :

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Les gens toxiques et les sites puants dont je viens de parler ne sont qu’une minorité, et amalgamer tout un mouvement à quelques dizaines de personnes est tout à fait  malhonnête et dommageable. C’est à mon sens du même registre que ceux qui prétendent que tous les syndicalistes ou les écolos  sont des casseurs parce qu’en marge de telle ou telle manifestation, des actes de vandalisme ont été commis.Et si j’en juge par la violence de certaines critiques vis à vis du mouvement Nuit Debout (Il n’y a qu’à voir la virulence du FN à leur endroit, p…), quand je vois d’où elles viennent essentiellement , je me dis que ma foi il remplit bien son rôle de poil à gratter. On en avait bien besoin.  Quand l’ordre établi tel qu’il va, c’est à dire mal, est dérangé dans ses façons circulaires de penser et d’agir, je suis pour ma part satisfait. Rien ne bougera sans un minimum de bousculades.  Cet ordre établi qui s’est si abondamment exprimé sur l’épisode Finkielkraut, par exemple, en falsifiant les faits qui plus est. Cet ordre établi si caricaturalement incarné par ceux qui participaient hier soir et soutenaient la petite sauterie de Sciences Po, qui se sont indignés que l’on ose les déranger dans leur désir de s’initier à la vacuité intellectuelle de Macron. Cet ordre établi qui se permet de maintenir la tête sous l’eau à toute une génération et lui impose le précariat généralisé sous prétexte qu’elle n’est pas de la bonne grande école ou née des bons parents, ou dans la bonne région, et qui n’a pas la bonne couleur ou la bonne religion. Cet ordre établi qui méprise tant notre jeunesse, comme toute la population non acquise à ses idées libérales d’ailleurs, semble se sentir en danger, et c’est très  bien ainsi. A leur tour d’avoir peur. Sans quoi jamais rien ne bougera, sinon dans le sens du camp des plus fortunés. Qu’ils commencent donc à s’inquiéter enfin, cela les changera. Et si j’en crois certains signes, venant de vieux réacs qui ne se cachent même pas pour se liquéfier dans le venin de leurs crachats, comme ce dernier exemple du jour particulièrement savoureux tant il est caricatural, voilà qui est plutôt fructueux et encourageant. Qu’ils éructent. Qu’ils bavent. Qu’ils s’égosillent en pure perte.  Je souris.

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