A tous ceux qui traitent les journalistes de « merdias »…

Un sondage américain donnait l’année dernière le métier de journaliste comme l’un des plus méprisés. Peu ont conscience du rôle joué par les médias dans le renforcement et la protection de la démocratie. Dans les pays en guerre ou les tyrannies, les journalistes sont aussitôt muselés, et leur expression n’est pas libre. Les journaux qui ont le malheur de relayer un autre discours que la voix officielle le paient généralement très cher, et les exemples ne manquent pas, comme récemment en Turquie. En France, nous n’en sommes heureusement pas là. Un autre problème les guette : la précarisation généralisée de ce métier. Ceux qui critiquent ou méprisent les journalistes  ont en effet une vision très stéréotypée et bien peu renseignée de ce métier. Ils n’en jugent que par les têtes de gondole que le système leur présente, que ce soit en presse écrite, à la télé, à la radio, ou sur les sites d’information. Mais ce qu’ils ne savent souvent pas, c’est que les personnalités les plus visibles et médiatisées ne sont que l’arbre qui cache la forêt des petites mains qui les portent au devant de la scène. Derrière eux, dans l’ombre, une nuée de pigistes qui ne subsistent bien souvent que très difficilement malgré leur talent parfois au moins aussi certain. C’est pourquoi je tenais à vous voir partager la réaction de l’un d’entre eux, sur facebook, qui m’a particulièrement touché. Je lui souhaite de tout cœur un avenir meilleur…

Sabr Jendoubi
La petite mort des pigistes.
Je quitte le journalisme après 10 années de passion dont 5 de Radio France. A mes camarades de boulot, merci pour tout. Ce fût une expérience extraordinaire, riche en rencontres humaines et intellectuelles, de l’habitus à l’état brut, comme dit l’autre. J’aimerai d’ailleurs en profiter pour m’excuser auprès d’Antoine Mercier pour avoir bafouillé plus d’une fois dans son 12h30 (ma plus grande honte et mon meilleur souvenir).
J’ai eu 30 ans. Quand je suis arrivé dans ce métier, j’en avais un peu plus de 20. J’étais passionné. J’étais certain de tremper la plume dans la plaie. J’ai toujours eu une âme de militant : ce métier devait être le prolongement de mes combats. Erreur. Et pourtant, j’ai travaillé avec des boîtes en quasi harmonie avec ma propre ligne éditoriale. Mais voilà, il faut remplir les cases, boucher les trous, attendre le coup de fil, envoyer des propositions tous les jours, guetter sa boite mail H24. Lécher des culs. Et tout ça pour quelques centaines d’euros par mois en moyenne, faut que ça s’arrête. Avec le petit salaire reçu parce qu’opiniâtre, il faut se payer son propre matos réfléchir à 10 fois avant de s’adonner à ces petits plaisirs (Oui je sais je n’ai qu’à arrêter de fumer). Faut aussi négocier avec les préposés de l’Etat Providence pour le complément RSA, mais c’est pas juste, puis expliquer en long et en large aux guichetier-e-s de Pôle Emploi ma situation qui différait selon les rédacs où je bossais.
Enfin, ce n’est pas que pour les soucis financiers que je me casse poliment, ça, à la limite, c’est facultatif. Je devrais parler auto-censure, traitements vaseux, et les gros fuck à la déontologie du métier qui nous sont un peu trop souvent imposés… Mais non, ça vous le savez déjà. Quand on est tenu par les bourses, on n’est pas libre.
Trop de précarité, trop de souffrance éthique, trop de sacrifices en somme. Y’a rien à regretter, juste le temps de passer à autre chose. Au revoir le journalisme, tu m’as usé, j’ai d’autres mondes à conquérir. Bon courage à tout-es les autres, franchement, ça vaut le coup.

 

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