Pourquoi je blogue : je vous attends…

… et soudain, on se réveille un bon matin en se posant des tas de question sur les raisons pour lesquelles on écrit, ou pas. Et pourquoi on consacre tant de temps à une activité bénévole qui ne rapporte rien, sinon l’habituel trollage par des gens si peu instruits, parfois incultes, souvent malveillants et méprisants. On se demande si le jeu en vaut la chandelle, qui ne nous éclaire pas toujours sur les valeurs à l’œuvre dans ce monde. Mais quelque chose au fond de soi, profondément ancré, refuse obstinément de déposer les gants. Des principes, des convictions, le sentiment que cela permet d’expulser ses propres démons, avant qu’ils ne se transforment en ulcère à l’estomac. L’intime conviction que des principes moraux forts martelés à longueur de page web depuis 9 ans peuvent servir à quelque chose, même si l’on ne sait trop quoi. Quelques encouragements, cependant bien plus rares que les insultes et les agressions, viennent ici et là stimuler l’envie de poursuivre l’exercice, toujours sur la corde raide, en un mouvement fragile et susceptible d’être remis en question d’un jour voire d’une heure à l’autre, dans une logique du « trop, c’est trop ». Parfois, ce besoin salutaire de faire le vide, de se nettoyer de la saturation médiatique. Mais revient bien vite, impérieux, le besoin d’écrire encore, pour dire  » NON ! Cela n’est pas possible ! Il faut leur dire ! » Expulser hors de soi cette vérité personnelle qui crie depuis les tréfonds les injustices de ce monde chaotique, en perte de repères, dont on ne peut laisser faire sans réagir tout et n’importe quoi. Mais l’on se pose cependant des questions de méthode… Trop de véhémence, comme on me l’a récemment reproché, ne nuirait-il pas au discours ? Ne vaudrait-il pas mieux sélectionner encore plus rigoureusement les sujets abordés, et se faire plus rare, plutôt que de sauter sur tout ce qui bouge ? Comment ne pas contribuer, même aussi modestement que sur un blog si peu connu, aux emballées médiatiques inutiles, voire nuisibles ? Et si un blogueur se distinguait davantage par les thèmes qu’il n’abordait pas, plutôt que par ceux qu’il choisit ? Mes silences en disent si long, en effet, par bien des aspects. Aucune complicité avec l’innommable, mais un respect, de la prudence parfois à propos de l’indicible, quand ce n’est pas de l’horreur dont il ne s’agit pas d’affaiblir le pouvoir d’indignation par des mots mal choisis, ou maladroits. Se sentir, se connaître, savoir où l’on excelle, et où l’on risque d’être superficiel, si ce n’est pas purement et simplement nocif à la cause que l’on veut soutenir… Bloguer est un exercice solitaire, jeu d’équilibriste intérieur, prédateur d’informations précises, inhabituelles, insolites, ou plus profondes en termes d’argumentaire militant. Toujours se remettre en question. Ne jamais se croire arrivé, parfait dans sa pratique, surtout quand on l’est si peu… Et tant qu’il y aura quelque chose à trouver, je chercherai. Quelque chose en moi remue, espère et pense le monde comme il va, et tente de suivre ces soubresauts afin de prélever de la lave toxique des flux d’information ma petite part de vérité si personnelle, donc sujette à discussion, dans le respect de chacun. Je vous attends. Je donne au jour le jour ce que je peux, mais ne suis rien, ou si peu, malgré mes richesses intérieures, sans vous, cette part de vie que vous me donnez dans vos commentaires, qui font vivre le débat qui m’est cher, que je tente au jour le jour si maladroitement de faire naitre, sans toujours y parvenir… Tant il est vrai que les nuisibles n’hésitent jamais à sortir leurs crocs, quand les timides se demandent toujours si ce qu’ils ont à écrire est si important que cela, et comment les jugera-t-on, et si leur maitrise de l’écrit est suffisante pour se jeter à l’eau… C’est à eux, après tout, que je m’adresse, pour leur donner une voix au chapitre, bien plus qu’aux habituelles grandes gueules qui peuplent la blogosphère, qui ne sont quant à elles jamais à court d’une outrance. La voix de ceux qui n’en ont pas, ou plus, m’est bien plus précieuse… Je vous attends.

9 commentaires

  1. Effectivement, c’est un exercice individuel quand on sait – en ce qui me concerne – le peu d’influence que ça a… Mais bon, si cela permet à une personne au moins de réfléchir, voire de changer d’opinion, l’exercice n’aura pas été vain.
    Personnellement, je réagis de moins en moins à l’actualité, comme le sentiment d’avoir déjà tout dit…

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  2. Cela fait 2 ou 3 fois en quelques mois que tu sembles douter de toi, ou de ton utilité, ou de la portée de ce que tu fais.
    Il y a plusieurs choses dans ce que tu dis.

    – le temps que tu consacres à cette activité : quand tu fais ça tu ne fais pas autre chose. Si ta satisfaction de blogueur diminue, ressource-toi et fais autre chose, rééquilibre ton temps en passant peut-être moins de temps sur ton blog et plus de temps plus satisfaisant

    – ta dépendance à l’info et à ton blog : c’est de la came ce truc, on y passe un temps dingue et de plus en plus. Tu ressens l’excès, tu as envie de t’en éloigner.

    – l’utilité sociale de ce que tu produis : on a souvent l’impression de pisser dans un violon. L’absence de commentaires est une très grande frustration. C’est pourquoi je me fais un devoir de laisser un petit mot chez toi de temps à autre, non pas par « pitié », je ne me permettrais pas, mais juste pour te dire que j’apprécie globalement ce que tu fais et ai la notion et la compréhension de l’investissement que cela représente. Je ne suis pas forcément d’accord avec tout, notamment ton post sur Onfray que je trouve biaisé (j’étais sur un article, pas eu le temps de répondre)

    – la qualité des réactions que tu suscites dans les commentaires que tu recueilles : oui, il y a des cons. Et quand on sait le temps qu’on y passe, on a parfois l’impression de donner de la confiture à des cochons. La violence de certains commentaires, notamment sur les réseaux sociaux, peux donner envie de hurler.

    – avec le temps, l’impression de tourner en rond : il y a des fois où l’on pense que rien ne changera jamais, pourquoi continuer de hurler quand personne n’écoute ? Et puis il y a aussi qu’on a des sujets de prédilection, des combats qui nous font vibrer, d’autres moins. Toi c’est le combat #antifa qui semble te donner des ailes. Avec la façon dont cela évolue en France et en Europe, il est compréhensible que tu aies parfois envie de te taper la tête contre les murs.

    Enfin, il y a un facteur qui existe pour tout le monde et qui ne dépend pas que de toi : nous sommes tous ensevelis sous un tas d’infos, de sollicitations, de pétitions, de mails, de publications sur les réseaux sociaux. On ne peut pas être partout et des choix s’imposent.
    Nous les blogueurs on n’est clairement pas une priorité dans la hiérarchie de l’information.
    Si tu veux être lu, deviens journaliste. Comme ça tu seras payé pour le faire et tu règleras la question du bénévolat. Par contre, tu feras de l’info, plus de l’opinion, et ça c’est très différent.

    Si jamais tu as envie de poster chez nous histoire de te changer les idées, on est très preneurs ^^ C’est une proposition officielle et sérieuse de publications croisées. Voilà.

    ++

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  3. Personnellement j’apprécie beaucoup vos articles. Documentés, fouillés, pertinents et bien écrits.
    Il me semble qu’écrire suscite le doute et des questionnements quelque soit ce qu’on écrit. Les questions de méthodes ont leur importance, c’est certain. Pourtant je me dis que le petit coup de mou dont vous nous faites part, semble comporter, en creux, une autre question que vous nommez par ailleurs. La question du bénévolat. Travailler cette question pourrait peut-être permettre de retrouver le plaisir d’écrire !

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