Retour sur l’affaire #Amk84000, cette tempête dans un verre d’eau

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Tout ça pour un tweet clash ? Non mais franchement, les journaleux, n’avez rien d ‘autre à faire ?

Nombreux sont les journaux et les personnalités politiques de premier plan à s’être emparés de cette polémique dans laquelle on présente si communément (misère du travail journalistique actuel, qui se contente des apparences…) cet élu PS, Amine El Khatmi, 27 ans, adjoint au maire PS à la ville d’Avignon (Vaucluse), comme une malheureuse victime  dont le grand cadavre à la renverse serait exposé sur l’autel de la sacro-sainte fée Laïcité. Laquelle n’a jamais été autant célébrée que depuis qu’elle est si peu respectée, et présentée avec une telle orientation à géométrie variable par tous les camps en présence… Alimentant ainsi des tensions inutiles, alors mêmes qu’il y a des sujets bien plus préoccupants, me semble-t-il.

Le départ de cette histoire se situe sur twitter, alors que l’élu en question fait part de son sentiment après avoir visionné la fameuse séquence de l’émission Des Paroles et Des Actes où l’on voit une jeune femme présentée assez superficiellement par Pujadas comme une jeune professeure d’anglais à Noisy le sec ET de confession musulmane, s’en prendre à Finkielkraut  :

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On sait ici tout le mal que je pense de ce vieux réac  atrabilaire et susceptible aux idées nauséabondes. Aussi, je partage l’avis de Wiam Berhouma quand elle reproche à ce Monsieur d’avoir « obscurci nos esprits avec tout un tas de théories vaseuses et approximatives » et « alimenté un climat délétère. » Je ne dis pas autre chose dans les lignes de ce blog. De même, j’aurais pu lui adresser la même question : « Êtes vous conscient de faire du mal à la France ? »Quant au bouquet final, cependant, j’ai des réserves, car il me semble avoir été trop étudié en amont pour paraître spontané :

« Pour le bien de la France, taisez-vous »

Cette phrase est en effet un écho à une autre tirade de Finkielkraut où il pète les plombs (ce qui en fait un contradicteur très médiatique, susceptible d’alimenter le buzz) en adressant la même séquence à Cohn Bendit, dans une autre émission. La jeune femme a donc bien préparé sa prestation. On apprend par la suite qu’elle serait susceptible de faire partie du PIR, un parti extrêmiste et raciste dont je condamne le discours et les pratiques détestables. Et quand bien même elle n’en ferait pas partie, il m’apparait de ce que j’en sais qu’elle évolue de toute façon dans un milieu communautaire fortement politisé qui n’en est pas très éloigné.

Et donc, pour en arriver à la polémique dont il s’agit de décrypter les enjeux et les jeux d’acteurs ici, il se trouve que la personne à laquelle Monsieur El Khatmi s’en prend sur Twitter, Sihame Assbague, bien qu’elle se défende pareillement de faire partie du PIR  (je lui ai posé directement la question autrefois sur twitter), évolue elle-aussi dans ce milieu idéologique qui m’apparait fortement ambigu, pour des raisons complexes qu’il serait trop long et fastidieux d’expliciter ici. Sihame Assbague se revendique en effet du féminisme intersectionnel, devant lequel j’éprouve les plus grandes réserves quand il consiste à tolérer les signes extérieurs d’un certain sexisme provenant de fondamentalistes religieux. [Mais il est vrai que pour rependre les arguments de ce genre d’individus (une minorité, heureusement) j’ai commis le crime impardonnable d’être un homme; je ne peux donc en aucun cas me revendiquer comme féministe et me substituer à leurs combats. En outre, je suis blanc, et ne puis donc comprendre, intérioriser ni défendre le racisme dont certaines communautés subissent. CQFD. Passons].

Il se trouve, en fouillant dans les archives, mais ce n’est qu’un hasard, n’est-ce pas, que Sihame Assbague est à l’origine elle aussi d’ un autre buzz – à mettre en parallèle avec celui de Wiam Berhouma – que le journalisme  d’aujourd’hui n’a pas jugé bon d’exhumer.

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Le choc pour les téléspectateurs a été tout aussi frontal. Mêmes méthodes. Même aplomb. Même arrogance. Même côté direct. Même brutalité fortement politisée. A mon sens, on ne peut guère le leur reprocher dans la mesure où il est vrai que l’on ne donne pas assez souvent, et de manière aussi équitable, la parole à des gens qui sont tout aussi français que vous et moi, n’en déplaise aux réac de tous poils et autres adeptes de la thèse ignoble de la colonisation de la France qui semble à présent prédominer dans les médias. Cela peut expliquer qu’on ait envie, dans ce camp là, de réagir avec vigueur à la violence sociale qui leur est faite, en tant que femme, et e tant que musulman(e), en utilisant elles aussi les médias pour diffuser leur message et leur action  militante.

Toutefois, cela ne saurait excuser ce qui est arrivé à Monsieur El Khatmi. Il n’aurait jamais du s’en prendre à cette icône politique et militante. Car aussitôt, il a du affronter tout un torrent de tweets haineux de la part de gens plus ou moins politisés et conscients des enjeux comme du fond de l’histoire, instructive à plus d’un titre sur la manière dont se forment les opinions et les tempêtes par le canal biaisé des réseaux sociaux.

Dans un premier temps, il a eu à faire face à la communauté musulmane, avec des têtes de réseau comme Al Kanz dont j’ai déjà démasqué la prétendue modération, alors qu’il prône un islam plutôt fondamentaliste dont il me navre que des militants y compris de gauche en soient dupes… Car le sexisme et l’homophobie y sont malheureusement trop courants. Ce sont les mêmes à mes yeux qui ne voient aucun inconvénient à l’attitude critiquable du fondateur de Baraka City.

Par la suite, trop content de trouver une telle occasion de casser du bougnoule, ce sont des militants d’extrême droite et autres identitaires qui se sont engouffrés dans la polémique, dans une belle logique de suivisme sans cervelle que les habitués de twitter et autres réseaux sociaux connaissent bien.

Mais il conviendrait cependant de relativiser fortement cette histoire, qui constitue à mon sens une tempête dans un verre d’eau, fruit pourri d’un choc idéologique entre deux clans politiques qui y ont quelques intérêts, les uns comme les autres. Il n’est en effet apparu à personne, du moins parmi les médias main stream, que Monsieur El Khatmi, qui twitte beaucoup, semble être  un spécialiste des polémiques sur les réseaux sociaux, comme cette conversation  sur facebook deux jours plus tôt le prouve assez :

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Moi-même utilisateur intensif de twitter, j’ai observé pendant plusieurs jours, sans vouloir trop m’en mêler, la manière dont les un(e)s et les autres se comportaient suite au « tweet clash » initial.  Il se trouve que Monsieur El Khatmi n’est pas aussi neutre dans l’histoire qu’il le laisse accroire, ce qui est d’autant plus dans son intérêt qu’il a cristallisé un grand élan de solidarité. Il a en effet soigneusement alimenté le flux de conversation  du dit réseau social, en se victimisant plus souvent que nécessaire.

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Face à un tel déversement de haine, ou de réactions négatives, dans lequel je suis parfois moi aussi pris plus ou moins malgré moi, quand je veux m’en détacher, je fais le nécessaire. La règle est connue : « don’t feed the trolls »…. J’arrête d’alimenter la conversation, je bloque les meneurs, et je signale les commentateurs qui vont trop loin, rythmant leurs tweets d’insultes qui se transforment assez vite en général en tentatives d’intimidation, puis en menaces bien précises…. Y mettre un terme est une évidence. On fait donc des captures d’écran, on accumule les preuves d’un éventuel harcèlement, on en fait un dossier avec lequel on va déposer plainte, dans la foulée, comme j’ai été amené à le faire.

Capture1CaptureAC’est en substance ce que j’ai écrit à Monsieur El Khatmi, ce dont il s’est moqué royalement. J’en déduis donc que la polémique le servait, au moins à lui donner davantage de visibilité médiatique qu’il n’en avait jusqu’à présent, sans quoi moi-même ne lui aurait jamais consacré un billet si long, n’étant pas tout à fait enclin à défendre les élus socialistes…(Pour peu qu’il soit de sensibilité Vallsiste, en plus…).

On voit donc en tous cas à la faveur de ce billet peut-être trop long, mais à mon sens fort nécessaire puisque les journalistes ne font pas le job avec un minimum de déontologie, que cette histoire est un peu plus complexe qu’il n’y parait de prime abord, et qu’il y fallait du temps pour en décrire toutes les circonvolutions et la teneur idéologique assez bigarrée.

Toutefois, je répète :  urgence, la relativiser. Sans excuser.