la logique Bushiste de Hollande doit trouver son garde-fous #ParisAttacks

« Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage »  
- Jean Jaurès 

Quand on regarde attentivement cette carte qui permet de constater à quel point la Syrie est enchâssée dans un ensemble de pays fortement imbriqués, et pourtant tous limitrophes de l’Irak, on comprend mieux pourquoi L’historien et écrivain flamand David Van Reybrouck écrit ceci, dans une Lettre ouverte à François Hollande  :

G.W. Bush déclarait peu après les attentats du 11 septembre devant le Congrès : « Le 11 septembre, les ennemis de la liberté ont commis un acte de guerre contre notre pays ».

Les conséquences de ces paroles sont connues. Celui qui en tant que chef d’Etat qualifie un événement d’acte de guerre doit avoir une réaction en conséquence. Cela a conduit à l’invasion de l’Afghanistan, ce qui peut encore être justifié puisque ce régime avait donné asile au mouvement Al Qaïda et que l’ONU avait donné son accord. Mais ensuite ce fut l’invasion complètement folle de l’Irak, sans mandat de l’ONU, simplement parce que les Etats-Unis soupçonnaient ce pays de posséder des armes de destruction massive. Mais il n’y en avait pas, et cette invasion a conduit à une totale déstabilisation de la région, aujourd’hui encore. Après le départ des troupes américaines en 2011, il y eut un vide de pouvoir.

Et lorsqu’éclata quelque temps après une guerre civile dans la Syrie voisine, dans le sillage du Printemps arabe, on s’est rendu compte à quel point l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis avait été néfaste. Au Nord-Ouest de l’Irak et à l’Est de la Syrie, il y avait à présent assez d’espace pour la création d’un troisième acteur sur le terrain, l’Etat Islamique, l’IS.

Cet écrivain reproche à Hollande d’emprunter le même chemin que Bush, celui d’une logique exclusivement militaire et belliqueuse, qui conduira à une impasse historique que les américains connaissent bien, pour en être revenus ensuite, en constatant pragmatiquement son inefficacité et son coût exorbitant, intolérable :  » ce qui s’est passé vendredi soir à Paris est une conséquence indirecte de la rhétorique guerrière de votre collègue Georges Bush en septembre 2001.« 

De fait, Hollande, et Valls derrière lui, se transforment donc en chefs de guerre, emploient en effet la même terminologie, et perpétuent les mêmes erreurs :  » Vous êtes tombé dans le piège, les yeux grands ouverts, Monsieur le Président, parce que des élections se profilent, en France, et que vous sentez dans votre cou le souffle de Nicolas Sarkozy et de Marine Le Pen. (…) ». Cette logique guerrière, qui fait la joie de la droite française jusqu’en ses extrêmes, qui aujourd’hui jubile, la bave entre les lèvres, à qui profitera-t-elle ? Comme d’ordinaire, à l’occasion de toutes les guerres, aux marchands de canons, aux entreprises de sécurité, à l’industrie de la surveillance de masse, aux Bauer de tous poils,  au patriotisme exécrable qui se mue dans l’esprit étriqué de certains fanatiques identitaires en haine de l’étranger, du musulman, fut-il de souche, considéré comme traître à sa patrie, et tous ceux qui les protègent par esprit de solidarité et d’humanisme comme des collabos de daesh… (les cons). On combattra donc la vraie gauche, réputée extrêmiste, et on laissera sans s’en préoccuper outre mesure en haut lieu les mouvements d’extrême droite défiler au grand jour, alors qu’il y a état d’urgence, sans interdire leurs manifestations de haine, mais  on  interdira cependant les manifestations libertaires, gauchistes, et anarchistes, qui prétendent quant à elles jouer les garde-fous, défendre nos libertés fondamentales et lutter contre TOUS les fascismes, le racisme et les discriminations. Deux poids, deux mesures…. Entendre la voix de la violence et de la haine, mais pas celle de la paix, de la solidarité entre les peuples,  du refus des discriminations, voilà qui n’est pas franchement une voie de gauche. Une chose est donc d’ores et déjà certaine :  les décisions de ce gouvernement, belliqueuses et autoritaires, privatrices de nos libertés fondamentales, ne profiteront certainement pas à nous autres, modestes et sans voix… Nous ne devrons que subir des restrictions de libertés de plus en plus drastiques et étouffantes sous le poids d’un état d’urgence qui risque fort de s’éterniser si j’en crois les dernières rumeurs… A qui profite le(s) crime(e)s ? Ces terroristes n’ont-ils pas déjà gagné, en provoquant une telle panique à bord, de telles restrictions de nos libertés, et cette ambiance de guerre civile, avec de tels mouvements de haine et de racisme si facilement tolérés par les services de l’Etat  ?

Dans votre tentative d’apaiser la nation, vous rendez le monde moins sûr. Dans votre tentative d’utiliser un langage belliqueux, vous avez montré votre faiblesse. Il y a d’autres formes de fermeté que le langage guerrier. Après les attentats en Norvège, le Premier ministre Stoltenberg avait appelé à plus de démocratie, à une plus grande ouverture et plus de participation. Dans votre discours vous avez cité la liberté. Vous auriez dû aussi faire référence aux deux autres valeurs défendues par la République : l’égalité et la fraternité. Deux valeurs dont nous avons plus besoin en ce moment que de votre inquiétante rhétorique guerrière ».

(à lire aussi : « se sortir de la guerre« )