quand le nationalisme (et son petit frère, le souverainisme) pourrissent le débat politique

Le nationalisme n’est pas encore aux portes du pouvoir mais il vient de gagner la bataille idéologique. […] Ici, le nationalisme est en train de prendre l’ascendant dans les têtes et, s’il s’enracine, il finira par le faire le jour du vote. […] … tout le débat s’organise désormais autour du nationalisme. En ce sens, s’il n’est pas encore politiquement vainqueur, il a déjà intellectuellement gagné.

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Un article du commentateur politique bien connu Alain Duhamel dans Libération aujourd’hui est injustement passé inaperçu, omission que je tenais à tenter de réparer, à ma modeste mesure, ici.  Intitulé « Une nouvelle idéologie dominante : le nationalisme », il souligne un problème bien réel et profond présent dans la plupart des discours politiques actuels. Alain Duhamel a raison de  pointer l’insupportable convergence nationaliste de bien des positionnements de droite comme de gauche en passant par le centre, quoi qu’il le fasse de bien mauvaise manière qui en bien des points ne me convient pas. Cela tient probablement de ses propres orientations politiques, probablement centristes, essentiellement libérales, donc anti-gauchistes,  qui nous séparent. Mais je préfère pour une fois m’appuyer sur les arguments de son analyse que je partage plutôt que sur nos divergences, pour les besoins de la cause :

  • le début du XXIe siècle voit vaciller l’Union européenne et ressurgir la tentation du nationalisme

  • C’est vrai à l’échelle du Vieux Continent où progressent les populismes xénophobes, […] mais aussi dans les pays scandinaves à tradition sociale-démocrate, en Grande-Bretagne, mère de la démocratie parlementaire, et en France.

  • Ses partisans tentent de l’habiller de façon plus rassurante en l’appelant souverainisme, histoire de confondre légitimité populaire et revendication nationale. En réalité, ce faux nez ne peut tromper que ceux qui le souhaitent. (un point précis à rapprocher de la polémique concernant Sapir/Chevènement et leur rapprochement avec Dupont-Aignan sur lequel je me suis déjà longuement exprimé ici, dans plusieurs billets)

  • Lorsqu’à chaque question fuse en réponse «priorité nationale», c’est bien qu’il s’agit de nationalisme.

  • L’idéologie des frontières qui imprègne tant de Français et triomphe chez tant d’intellectuels et d’hommes politiques ? Nationalisme.

  • La préférence nationale qui revient implacablement comme un boomerang ? Nationalisme. 

  • Le rejet des demandeurs d’asile […] La germanophobie permanente… Nationalisme.

  • La fascination pour les régimes autoritaires, la glorification perpétuelle de l’égoïsme chauvin ? Toujours le nationalisme.

  • La prétention d’incarner mieux que les autres le patriotisme, la tentation d’en revendiquer le monopole ? Encore le nationalisme.

En ce sens, sur tous ces points, je vais vous étonner, mais il se trouve que je suis d’accord avec Duhamel, de même quand il tend à proposer comme solution à ce repli nationaliste la dilution de cet esprit dans un niveau supérieur d’identification communautaire possible que serait (qu’aurait pu être…)  l’Europe. Cependant, force nous est de constater que cet échelon se montrant gravement défaillant (et de manière encore plus aiguë depuis les différentes étapes de la logiques austéritaire/Autoritaire qui ressemble pour beaucoup à une forme de fascisme soft) puisqu’il s’est exclusivement construit sur des bases économiques et non sociales, il ne peut qu’aggraver les disparités et le sentiment profond d’injustice qui contribuent pour les moins pourvus en possibilités de perceptions méta-politiques au repli sur soi, à la haine de l’étranger, et aux tensions inter-communautaires, religieuses par exemple. La tentation du nationalisme et de la préférence nationale est en effet à mon sens une régression historique, ainsi qu’une source de discriminations intolérables, de refus de la solidarité qui devrait être le cœur des valeurs de gauche, ainsi que de violences sociales dont les provocations anti-humanistes des élus du FN, que ce soit à Béziers, Fréjus, Hayange ou Beaucaire ne sont que les signes avant-coureurs. Plutôt que de  fonder tant de discours politiques sur cette valeur cardinale que serait prétendument l’attachement à la patrie, n’aurait-on pas intérêt à décaler le débat vers des concepts plus novateurs et porteurs d’évolution sociétale, plutôt que cette inquiétante régression idéologique ?

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