l’Etat français, le plus mauvais employeur de France

L’Etat français, à la fois juge et partie, et c’est là tout le hic, est le plus mauvais employeur de France. CDD successifs qui se multiplient à l’infini au plus grand mépris de la loi sur des postes permanents, contractuels qui représentent les trois quarts des effectifs dans certains pans entiers de l’administration, multiples clauses abusives dans les contrats de contractuels, et plus largement mépris généralisé de la législation du travail d’autant plus facilitée par le fait que l’Inspection du Travail n’y est pas compétente, stress lié à la diminution des effectifs suites à de multiples réorganisations entraînant des phénomènes de burn-out, elles-mêmes souvent liées à de multiples affaires de harcèlement au travail toujours aussi difficiles à prouver (les comportements de petits chefs comportant souvent une dimension sournoise propre à ce type d’individus) ,  mais cependant de plus en plus difficile à ignorer par les services de santé au travail qui ne pourraient que tristement confirmer mes propos en off (les risques sont trop importants pour eux à titre personnel en cas de trop grande médiatisation de ce qu’ils constatent au quotidien), missions qui se chevauchent, injonctions paradoxales… Aucun ministère ne m’apparait échapper à cette terrible description que je pourrais développer jusqu’à plus soif. Elle peut paraître d’autant plus exagérée qu’on n’y a jamais été confronté(e), ou qu’on en est hors d’atteinte de par sa fonction… je sais de quoi je parle. En abordant la thématique de ce que l’on nomme si pudiquement dans le jargon de la gestion des ressources humaine les risques psycho-sociaux, j’ai même eu la surprise de me retrouver un beau soir en contact par le biais de ce blog avec un fonctionnaire de Bercy qui ne faisait que douloureusement confirmer ce que j’écris ici. Il n’y est plus depuis, je crois. Perdu la trace. Tout cela pour vous dire que lorsque j’ai appris cette information qui peut paraître étonnante pour qui ne fréquente pas les fonctionnaires et continue de colporter bêtement cette litanie libérale du fonctionnaire feignant et profiteur, il parle d’un monde en grande partie disparu qui ne peut expliquer ceci :

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Il s’agit ici du Ministère de la Justice, mais on pourrait trouver bien d’autres exemples de la mauvaise gestion du personnel par l’Etat. A force de tirer sur la corde des budgets des administrations et des services, en les diminuant insensiblement année après année, ou en ne les revalorisant jamais, on en arrive à de telles extrémités, qui trouvent une illustration certes plus aiguë dans le cas présent. Tout le monde sait à quel point la Justice est malade dans notre pays, et la question des moyens y est évidente, et certaines situations parfois totalement ubuesques. j’y ai d’ailleurs consacrés plusieurs billets, dont l’un à l’occasion du mouvement sans précédents qui, sous Sarkozy, fin 2011,  voulait alerter  sur « la gravité de la situation des parquets » en termes de statut, de moyens et d’insécurité juridique. Il semblerait donc que d’importants problèmes de moyens, en l’occurrence en personnel, demeurent, et entraînent ce genre d’étranges tentatives de contournement des règles budgétaires. Face à cela, plusieurs réactions possibles, et il sera intéressant de voir comment les médias traitent cette information, préférant ou non comme à leur détestable habitude le bad buzz ou le fond des choses, et comment les politiques eux mêmes réagissent, en cherchant à se défausser sur d’autres ou pas. Beaucoup d ‘hypocrisie et de langue de bois sont à prévoir, sans rapport avec la prise en compte efficiente du problème, qui est de taille, et dont les responsabilités comme les modes de résolution sont collectifs. La question des moyens à affecter à la justice est un dossier parmi les plus importants qu’aient à traiter les politiques publiques aujourd’hui, et il me ferait bien rire que les mêmes qui ont tenu un discours sur le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, sur l’Etat souffrant d’embonpoint de fonctionnaires, et sur la nécessité de réduire plus drastiquement l’impôt tout en exigeant toujours davantage avec de moins en moins de moyens, viennent aujourd’hui accuser je ne sais quel obscur lampiste… A moins que ce ne soit une manœuvre pour déstabiliser Christiane Taubira, dont on sait à quel point sont nombreux ceux qui la détestent… et pas seulement à droite. Il ne m’apparait en effet que la responsabilité puisse lui être attribuée, ou en tous cas à elle seule.