Et ils n’avaient d’autre Dieu que Mammon… Pas de bol, je suis athée (et antifasciste).

The Worship of Mammon (Le Culte de Mammon), Evelyn De Morgan, vers 1909

The Worship of Mammon (Le Culte de Mammon), Evelyn De Morgan, vers 1909

Nous sommes en plein délire. Le magma politique est devenu si confus, chaotique, purulent et inextricable qu’une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Les repères se perdent, les lignes de front s’estompent ou s’interpénètrent, les tensions se renforcent d’autant plus que les anciens clivages semblent disparaître, et nous assistons à une atmosphère de fin du monde selon certains, jusqu’à se laisser visiblement gagner par le désespoir découlant de certains événements en effet horribles, et touchant en effet profondément notre identité humaine, qui viennent occulter toute leur réalité.  Non, ce n’est pas la fin du monde. La fin d’un monde tout au plus : celui d’une forme d’économie et de société purement consommatoire et financiarisée à l’excès qui étouffe les idéaux dans l’œuf, ramenés à leur seule réalité dite pragmatique (l’argent, le quantifiable, mesurable, objectivement observable)  alors qu’elle n’est elle-même qu’une idéologie : le libéralisme, cette secte de la Croâssance, au service de l’enrichissement de quelques uns au détriment de la plupart . Pour lutter contre ces nouvelles forces du mal (nouvelles sur la forme, pas sur le fond, voir l’illustration…), bien des factions se liguent, des mouvements se forment et se déforment, des partis politiques apparemment antagonistes développent des messages et des discours qu’ils tiennent ou ne tiennent pas en fonction des enjeux, des situations, des opportunités, de la situation de pouvoir à laquelle ils accèdent ou pas. Et de l’intérêt très concret, matériel qu’il y a, à un moment précis de l’histoire (la grande avec un H, ou la petite, plus …personnelle), de lutter contre ce système hégémonique devenu inadapté aux attentes et besoins sociaux, pour un individu donné, un groupe, un clan familial ou pas, une corporation, une solidarité de grande école, un réseau personnel, une élite dirigeante tenue par les mêmes codes et les mêmes intérêts, comme les travaux des Pinçon-Charlot l’ont si clairement démontré, sans jamais être sérieusement réfutés. Il y a en effet les belles idées, et l’action personnelle de celles et ceux qui les portent… On en voit des exemples très concrets tous les jours. L’économie tient aujourd’hui une place centrale dans la plupart des discours politiques, au point d’envahir tout le spectre. Il ne reste que si peu de place pour tout le reste, c’est à dire tout ce qui fait la vie, après que les beaux parleurs et leurs experts patentés aient parlé, eux qui se sont pourtant si souvent lamentablement planté. La preuve en l’espèce que c’est une secte, puisqu’on se fiche parmi les adeptes de la Croâssance de la réalité et de l’inefficience des discours… Même quand ils sont contredits par les actes. Pourtant, malgré le désastre auquel ces gens là participent, chacun en sa place et son rang, et son niveau de responsabilité, quels que soient leur bord politique ¹,  et malgré les signes de plus en plus patents de leur impuissance à laisser s’installer durablement des monstruosités « inhumanitaires« , tout ce qui ne correspond pas au dogme, aux critères de cette étrange Croâssance est illico presto renvoyé aux calendes grecques… ça n’a jamais autant été le cas de le dire. La place des discours alternatifs à cette vision « Picsouïenne » sont réduits de surcroît à la portion congrue, balayés d’un revers de manche méprisant sous couvert de « pragmatisme », que ce soit dans les discours politiques, sur les plateaux de télé et dans les journaux où leur position est totalement hégémonique à quelques rares exceptions près. Ces adeptes pour lesquels aucun autre Dieu que Mammon n’est possible et concevable ont des noms, des visages. On les voit plus volontiers et plus souvent que d’autres, à répéter les mêmes mantras, les mêmes formules creuses et manier les mêmes insultes, à tort et surtout à travers, comme si le gauchisme était plus dangereux pour les fondements de notre société, si tant est  qu’on la veuille humaniste et solidaire, que ne l’est plus clairement et directement le projet de société de l’extrême droite. Et pour cause… Ce dernier est tout à fait compatible avec le libéralisme outrancier qu’ils partagent, aveugle qu’il est aux conséquences humaines désastreuses, et se moque totalement de faire des victimes collatérales, étrangères ou pas… Puisque l’important, c’est l’argent, le profit à court terme, la possession. Rien que l’histoire du FN et de l’enrichissement du clan Le Pen le démontre. Et démontre également à quel point ce parti est indifférent aux petites gens, dont il exploite cyniquement le désespoir sans toucher aux racines structurelles de leur mal, mais en leur désignant simplement un ennemi, toujours le même. Reste juste à savoir si le projet économique du FN, si tant est qu’il existe sérieusement (mais bon, ce n’est pas ça qu’on lui demande, hein..) bénéficiera in fine au français de souche, l’affidé du parti à vision totalitaire,  ou aux autres… dont on sait bien la couleur, l’origine, la religion… et l’appartenance politique. Bien qu’à l’extrême droite, il ne me soit pas encore apparu que l’on soit si regardant que cela quant à la nationalité, l’origine ethnique ou la religion de celui qui vient avec ses milliards…  Et quand bien même son pays serait dirigé par un dictateur sanguinaire ainsi qu’on l’a bien vu concernant le rapport du FN au dossier Syrien, pour seul exemple. Devant ce tableau politique envahi par une certaine vision amorale de l’économie,  qui a vu dernièrement celle de la Grèce affamer ses habitants et réduire leurs droits sociaux, tout en pillant ses richesses par des pays dont les forces dominantes sont plus intéressés que d’autres à ce pillage en règle, des voix s’élèvent certes. Mais j’en vois de bien perdues, en pleine confusion, égarés dans le champ idéologique chaotique dont je parlais plus avant dans ce billet. Ces voix là font de la sortie de l’Euro l’alpha et l’oméga de toute discussion sérieuse sur le sujet, là où, je l’ai déjà exprimé dans un autre billet, il serait nécessaire de ne plus se polariser sur ce point, mais bien davantage sur un projet de société, les moyens matériels et financiers venant au second rang.  N’en déplaise à ce certain économiste  obsédé par la sortie de l’euro au point de se fourvoyer dans l’impensable, l’insupportable, l’indésirable. Je fais quant à moi  du refus de la discrimination économique, sociale, ethnique, religieuse ou sexiste l’alpha et l’oméga de mes combats politiques et de mon positionnement. Chacun ses choix… et son niveau de hiérarchisation des priorités.  Moi, c’est  l’ humain d’abord, ce n’est pas dans mon esprit seulement un slogan dépourvu de réalité, et j’entends qu’on le respecte.  N’en déplaise aux adorateurs de la secte précitée, pour qui tout est justifiable et peut-être minoré par l’intérêt supérieur de la nation, cet autre concept méprisable (qui marche si bien de pair, et au pas, avec celui que j’évoque ici), auquel il me faudra lui-aussi m’attaquer en profondeur un jour. Cette hiérarchisation des priorités et ce recentrage de mes combats m’apparait tout aussi estimable que le fait de considérer que la sortie de l’euro va changer la face du monde et rendre les êtres humains plus heureux, et l’Europe, plus solidaire, moins technocratisée, et aveugle aux conséquences des décisions des instances non démocratiques qui la composent.  Et compte-tenu de ces priorités qui sont les miennes, quand je vois certains se fourvoyer dans cette voie sans issue proposée par Sapir,  justifiant l’inacceptable et se rendant complices de ce genre de compromissions, allant jusqu’à ne voir aucun inconvénient à s’allier (pour des raisons purement stratégiques et ponctuelles, disent-ils… Donc à la petite semaine) avec des partis qui prônent des idées qui offensent mes priorités, l’humain d’abord quelle que soit sa couleur, son origine ou sa religion, qu’on me pardonne de n’être point enclin à me rendre  à cette  soupe populaire politicienne là. j’y perdrais mon âme, et le sens de mes combats. Les rouges-bruns existent bel et bien, je les ai rencontrés… Si l’on met bout à bout leur nombre et leurs apparitions sur les réseaux sociaux de toutes natures, sur des sujets symptomatiques comme la Russie, l’Ukraine, l’Europe, la Grèce, le conflit-israelo palestinien (certains groupes sur facebook y développent un antisémitisme aussi notoire qu’insupportable), le M6R, et d’autres sujets qui ont le don d’attirer les confusionnistes de tous poils,  on se retrouve avec un nombre d’individus moins négligeable qu’il n’y parait, et le phénomène m’apparait honteusement sous estimé, quand ce n’est pas volontairement minimisé, notamment par le Front de Gauche. Ainsi, et ce n’est pas la première fois que je m’en étonne, voir qu’un média qui compte à gauche, comme Politis, puisse donner tribune ouverte et retentissement éhonté et honteux à un rouge brun notoire au discours insupportable de mensonges, de bêtise, et de négation  de la réalité (« le FN ne possède toujours aucun réel poids politique dans le pays« ) voilà qui est très clairement légitimer le discours de Sapir, et sinon le rapprochement, du moins la banalisation de ce parti d’extrême droite que je dénonce, et dont je vois depuis plus de 20 ans les avancées réelles, qui n’ont rien de purement symboliques, n’en déplaisent aux adeptes de Sapir.  Rien ne saurait justifier de tomber dans de pareilles fosses à purin, même par refus de la logique libérale qu’on prétend combattre, et des effets dévastateurs de la logique austéritaire en effet totalitaire. Pour moi, clairement, la fin ne justifie pas les moyens, et ce positionnement est une compromission. Le summum de cette confusion politique entretenue par un combat prétendûment commun contre ce que certains qualifient d’européanisme béat dont je ne suis pas (n’en déplaisent à mes détracteurs pour lesquels ce serait en effet plus facile), c’est le cas de ce jeune homme, Davy Rodriguez, passé du PG à l’extrême droite en créant une section FN à Science Po Paris, sans que quiconque ne s’en émeuve, sauf de manière encore une fois très… Diffuse. Un autre cas isolé, sans doute. Mais depuis Balme, ça commence à faire beaucoup… Je ne suis pas parti du FDG pour rien, semble-t-il. Pour dénoncer plus librement  ce genre de dérives nationalistes, sectaires, et tendancieuses en fonction de mes valeurs personnelles, très certainement.

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¹ comme l’ami Des Pas Perdus (on attend toujours le contrepoids de ce billet, dans la blogosphère…;) l’a si bien évoqué, puisque la croyance au marché libre et non faussé dépasse la plupart des clivages partisans, du FN au PS en passant par les pseudos républicains. ça énerve ? On botte en touche ? Ce n’en est pas moins vrai. Ceux qui réfutent cette vision sont souvent ceux qui ont le plus intérêt à maintenir ce système en place, qui les avantage matériellement. Bien trop peur d’un système économique plus redistributif, sans aller jusqu’à ce qui est devenu un gros mot, égalitaire…