Vincent Lambert, quand pourras-tu enfin reposer en paix ?

CaptureDepuis sept ans, Vincent Lambert, un ancien infirmier devenu  tétraplégique suite à un accident de la route, vit  dans un état végétatif chronique.  Son histoire est publiquement connue, tant elle est emblématique pour tous ceux qui comme moi se battent pour le droit de mourir dans la dignité. Elle est d’autant plus problématique que, histoire de rajouter de la souffrance à la souffrance, sa famille est déchirée depuis des années par des convictions contradictoires et viscéralement antagonistes, ce qui complique inutilement la situation. En ce domaine, il me semble en effet important de ne pas se laisser aller à des discours passionnels, mais d’analyser  plus rationnellement la situation, et de prendre des décisions en son âme et conscience, de manière éclairée. Une majorité de médecins différents ont estimé que le malade multipliait des comportements d’opposition aux soins « faisant suspecter un refus de vivre ». Le 11 janvier 2014,  le CHU de Reims a informé la famille de la décision d’arrêter les traitements de nutrition et d’hydratation artificielles du patient, conformément à la loi Leonetti. Une réflexion sur la fin de vie de Vincent Lambert a été menée pendant quatre mois, avec toute la famille et quatre experts. Seul celui désigné par les parents a plaidé pour le maintien en vie. Rachel (ndlr : son épouse) et sept autres membres de cette famille recomposée soutiennent le protocole de fin de vie. Mais la partie adverse, les parents essentiellement, refusent ce protocole. Ce refus est motivé par des convictions religieuses. Viviane Lambert, la mère, est en effet une proche de la Fraternité Saint-Pie X, un mouvement catholique intégriste. Le médecin qui a suivi Vincent Lambert pendant de longues années, Eric Kariger, lui-même catholique pratiquant,  a  raconté dans un livre les menaces provenant des milieux intégristes catholiques dont il a été la cible,  alors que, après avoir tenté toutes les possibilités d’accompagnement médical existantes, il avait lui-même accepté; contraint devant les faits à l’évidence, ce protocole de fin de vie. Sa décision n’a jamais été celle d’un médecin isolé. En 2011 déjà, Vincent Lambert avait été examiné par l’équipe du Professeur Steven Laureys du « Coma Science Group » de Liège, un organisme de référence en Europe pour les patients en état végétatif. Il avait conclu à un état minimal de conscience, sans espoir d’amélioration, et préconisé l’arrêt des soins. Aussi, face à l’obstination de la mère de Vincent, basée davantage sur des motivations religieuses que rationnelles, qui allait à l’encontre de la position majoritaire du corps médical, et d’une partie de la famille de Vincent, dont son épouse, il était souhaitable que la Cour Européenne des droits de l’homme, dont ont attendait avec impatience le jugement, tranche enfin, au bout d’ un long parcours juridique, ce qu’elle a fait hier  :

La Cour européenne des droits de l’Homme a validé vendredi l’arrêt des soins de Vincent Lambert, constatant que l’arrêt du Conseil d’Etat français datant du 24 juin 2014 n’entrait pas en violation de la convention européenne des droits de l’Homme sur le droit à la vie.

Déclaration du docteur Eric Kariger, pour qui cette décision va faire jurisprudence :  « C’est probablement un petit pas pour Vincent Lambert et pour son épouse(…) mais c’est probablement au-delà de ça un grand pas pour notre humanité, pour une certaine idée de la médecine de l’homme, et pour cette médecine pour laquelle je suis engagé depuis 30 ans« . « Cette décision de la Cour européenne des Droits de l’Homme », poursuit-il, « vient montrer les limites de notre médecine, mettre face à face ce droit à la vie auquel nous sommes tous attachés, mais aussi ce droit déontologique, humaniste, de ne pas faire subir à nos patients ce qu’on appelle l’obstination déraisonnable (…) Aujourd’hui on a un cadre législatif et judiciaire européen qui va venir renforcer les droits du patient, et protéger les médecins qui font correctement leur travail « .
 Suite à cela, je redoute fortement la réaction des milieux catholiques intégristes, qui risquent fort de s’opposer physiquement, comme ils savent si bien le faire, à cette décision de droit public. Déjà, l’un des avocats de la mère de Vincent a mis le feu aux poudres de manière totalement irresponsable…  histoire de galvaniser leurs troupes ?  :
« nous ne laisserons pas quelques robes noires et blouses blanches mettre à mort Vincent Lambert (…) Nous nous battons pour qu’un innocent ne soit pas condamné à mort, nous ne laisserons pas assassiner Vincent Lambert« . (Maître Jérôme Triomphe, qui se trouve être également l’avocat de Civitas, et très proche de l’extrême droite catholique).
Je suis contre la peine de mort, mais pas pour l’acharnement thérapeutique dont cette histoire relève de toute évidence. On ne saurait avoir raison seul(e) contre tous. Surtout quand c’est sur la seule base de convictions irrationnelles. Nous sommes dans un pays laïc, et la religion ne saurait donc avoir raison sur la justice, qui elle juge avec des faits, et non des croyances. C’est mon intime et profonde conviction.

6 réflexions sur “Vincent Lambert, quand pourras-tu enfin reposer en paix ?

  1. ma femme (à midi) « elle ne peut pas se re-marier par ex. ou d’hériter.. qu’importe ces considérations (‘si un peu mon neveu’) elle l’aime son mec ! »
    ..alors lui manifester, le libérer, lâcher l’affaire..

    moi (pas tout suivi): « est-ce les parents qui ont une croix dans le cul, ma chérie.. »

    ps, y a qqls années, on a débranché tonton au bout d’une semaine /banalité; ça se fait Tous les jours ! que le frangin soit toubib ne change rien (rien) on a demandé à tata n’est-ce pas:
    « qu’est-ce t’en penses Simone ? »
    et Marcel est parti

    – cé où le paradis ?

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  2. « Je suis contre la peine de mort »
    Juste une question : quel rapport entre peine de mort et euthanasie ?

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  3. En fin de vie Vincent Lambert ? Alors pourquoi ne pas le laisser mourir en paix de mort naturelle ?

    Malade ? Quel traitement medicamenteux subit – il ?

    Acharnement thérapeutique ? Quelle thérapie ?

    Souffrance ? Quelle solution sédative lui est administrée ?

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