la loi du marché ferait-elle des festivaliers de Cannes des prolophobes ?

CaptureUne fois n’est pas coutume, je vais vous parler d’un film  en compétition pour le festival de Cannes 2015… Il s’agit du film de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, dont je viens de lire la critique élogieuse sur Culture Box ici, « La loi du marché » qui vient d’être projeté en avant-première ce matin :

Ceux qui n’ont pas fait le déplacement ce matin pour la première de presse de « La Loi du marché » de Stéphane Brizé, avec Vincent Lindon, et ils étaient étonnement nombreux, ont peut être raté le film du Festival. Le meilleur, à ce jour, de la compétition. L’acteur, habitué des rôles à caractère social, y est d’une justesse confondante, et fait passer des émotions comme rarement.

Alors, je m’interroge. Pourquoi les festivaliers l’ont-ils boudé ? Pas assez sexy, ni french lover, à la Jean Dujardin ? Il est vrai que le thème n’incite guère à l’euphorie. Je pourrais d’ailleurs moi-même y voir, éventuellement,  un insupportable miroir de ma situation personnelle… Pourtant, quand j’en lis les critiques, malgré la tristesse du synopsis, j’y vois davantage d’optimisme et de raisons d’espérer : un combat social au quotidien, loin des idées préconçues, des phrases choc prêtant à polémique voulue des personnalités politiques de « gauche » comme de droite et extrême, des blogs et des médias en général. Le combat modeste d’un homme que la loi du marché étreint de sa main de fer, sans aucune considération pour ses valeurs personnelles, loin de celles des banques… et manifestement de ces festivaliers qui l’ont honteusement boudé. Préféraient-ils des films socialement plus prestigieux, avec des acteurs plus bankables, ou des thèmes qui font d’avantage rêver ? loin de ce genre de réalités sociales insupportables pour le regard de gens qui, dans leur immense majorité, sont certainement bien étrangers au genre de contingences évoquées dans ce film. Voilà qui pourtant aurait pu leur permettre un certain dépaysement social, dans leur propre pays…

j’ai également été sensible à la manière dont le film a été conçu, quand j’ai appris grâce à la conférence de presse (je vous en conseille vivement l’écoute) la manière très particulière dont le film avait été tourné, intégrant une cohérence intellectuelle forte avec son thème.  Comédiens professionnels  ou pas, temps de tournage respectueux du rythme de chacun et se sa propre sensibilité, impression de violence à la fois physique, symbolique et institutionnelle qui pèse sur un chômeur puis un salarié au quotidien…  Tout un ensemble de points de convergence qui permettent en effet d’échapper à la loi du marché… cinématographique. Un ensemble de raisons qui m’incitent à me rendre à la première projection de ce film près de chez moi dès que possible.

Rendez-vous le 24 mai pour le verdict final…  j’avoue que je jubilerais alors,  si ce film emportait un prix,  de la bêtise crasse de ces médias et prétendus critiques qui sont passés à côté.