#MemorialACTe : et cela devrait suffire ?

CaptureNous sommes le 10 mai 2015, jour de la commémoration de l’abolition de l’esclavage. A cette occasion, François Hollande inaugure le Mémorial ACTe, à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Cela pourrait paraître aller dans le bon sens pour des esprits moins polémistes que le mien… ou moins regardants sur la souffrance de la population concernée… Pourtant, la reconnaissance par la France de l’une des plus effroyables tragédies du commerce d’êtres humains, qui a causé la mort de plus de 10 millions de personnes, m’apparait non seulement comme un impératif moral, mais également comme une nécessité actuelle qui couperait court à bien des tensions, bien des rancœurs, et couperait de surcroît l’herbe sous le pied de certains antisémites hexagonaux particulièrement détestables, mais néanmoins suivis par bien des esprits faibles. je tiens d’ailleurs à saluer le combat de Christiane Taubira en vue de la reconnaissance de la traite et de l’esclavage comme un crime contre l’humanité. C’en et un, indubitablement. Je comprends en outre la réaction de certains guadeloupéens particulièrement critiques mais néanmoins  judicieux et justifiés à mes yeux :
Elie Domota, secrétaire général de l’Union syndicale des travailleurs de Guadeloupe, ancien leader de la grève générale de 2009 en Guadeloupe,  et directeur adjoint d’une agence pôle emploi, qui aurait préféré que l’argent injecté dans ce mémorial soit plutôt consacré à la lutte contre le chômage et à la politique sociale dans ce département d’outre-mer  :  « C’est important qu’il y ait des musées pour la mémoire, mais le climat dans lequel se passe cette inauguration pour nous est nauséabond« . (source)
Les indemnisations accordées en 1848 aux propriétaires d’esclaves, lors de l’abolition de l’esclavage leur ont permis « d’asseoir leur domination économique et sociale, de créer des banques et de faire en sorte que l’économie coloniale soit préservée ». « Ce que nous demandons c’est l’abrogation de ces textes de 1848 et 1849 qui ont indemnisé les colons, car ils ne sont pas conformes à la Constitution française« .
« Aujourd’hui, la Guadeloupe, c’est 60% des jeunes de moins de 25 ans qui sont au chômage, c’est pratiquement 30 à 33% de la population active qui est au chômage, c’est un taux d’illettrisme qui dépasse les 25% de la population », a-t-il dénoncé. « Et le problème de la vie chère se pose toujours ». « La situation est très grave et les réponses apportées par les politiques publiques sont totalement insuffisantes » (source)
– « Vous avez une misère sociale dans ce pays où 60% des jeunes sont au chômage, où les gens n’ont pas d’eau chez eux, il y a des endroits où il n’y a pas d’électricité. On vient nous pondre un bâtiment à la gloire d’un autocrate. Qui nous prouve que c’est 83 millions d’euros ? Nos enfants ne doivent pas devenir les esclaves justement de nos dettes ou des dettes laissées par ces élus » (Mélina Seymour Gradel du parti Ambition Guadeloupe).

Il est enfin particulièrement scandaleux que les descendants des esclavagistes bénéficient de réparations quand les victimes de cette exploitation d’êtres humains eux-mêmes sont si majoritairement dans le besoin… Je comprends donc à la fois leur contestation et leurs revendications.