Oui, Monsieur Todd, le 11 janvier, j’ai manifesté. Moi, je sais pourquoi. Et je vous emmerde cordialement.

thje me souviens. Quand j’ai appris que des fous furieux avaient commis l’irréparable dans les locaux de Charlie Hebdo et à l’extérieur, j’étais abasourdi. Lorsque ma compagne a franchi la porte de mon modeste appartement, épuisée de sa journée, c’est la première chose que je lui ai dite : « des fanatiques ont tué les dessinateurs de Charlie Hebdo « .  Sur le cul, le gars. Elle, totalement incrédule, face à une telle  incursion de cette folie meurtrière dans sa réalité, n’en croyait pas ses oreilles. Aussi, il nous a semblé tellement naturel par la suite de dire non à cette barbarie, par notre simple présence, comme d’autres, le  11 janvier, place Stanislas, à Nancy. Et voilà qu’aujourd’hui, Emmanuel Todd nous dit que nous aurions participé à une imposture.  J’ai visionné et revisionné cette vidéo, n’en croyant ni mes yeux, ni mes oreilles :

Et donc, après tout ça, bien des mois plus tard (à quelle fin ?) j’entends Emmanuel nous dire que nous ne serions pas très tolérants, nous qui partageons ce même message, et que nous serions les acteurs candides d’un « flash totalitaire ». Vraiment ?  Je tombe des nues et ces propos me sont proprement insupportables, compte-tenu de mes convictions et de mon combat incessant contre toutes les formes de discriminations et d’extrémismes, telles qu’exprimées quotidiennement en mes différents blogs. Et dans ma vie au quotidien, mes proches le savent bien. Mais mes dénégations ne servent à rien, puisqu ‘une fois encore, Monsieur Todd le savant nous assène ceci :

– et « Lorsqu’on se réunit à 4 millions pour dire que caricaturer la religion des autres est un droit absolu même un devoir ! –, et lorsque ces autres sont les gens les plus faibles de la société, on est parfaitement libre de penser qu’on est dans le bien, dans le droit, qu’on est un grand pays formidable. Mais ce n’est pas le cas. Il faut aller au-delà du mensonge, au-delà des bons sentiments et des histoires merveilleuses que les gens se racontent sur eux-mêmes. Un simple coup d’œil à de tels niveaux de mobilisation évoque une pure et simple imposture. Il y a certainement une quantité innombrable de gens qui ne savaient pas ce qu’ils faisaient là le 11 janvier. Mais nul n’est censé ignorer pour quoi il manifeste, tout de même. »

Non, Monsieur Todd. Ni ma compagne ni moi-même ne l’ignorions. Nous pensions être en capacité de signifier par notre présence dans cette manifestation, de manière éclairée, simplement ceci, plutôt que ce que vous voudriez nous faire dire : je ne suis pas toujours d’accord avec ce que tu dessines et écris, mais cela ne justifie pas que l’on te tue…  Mais même ce droit et cette conscience là,  humbles parmi les humbles, vous nous la déniez…  Démocrate, vous seriez ? Et pourtant, force m’est de constater que je ne suis pas de ces gens que vous vilipendez dans votre dernier ouvrage (au noir ?) que vous avez la bonté de nous délivrer, « Qui est Charlie, sociologie d’une crise religieuse ». « égoïstes, anti-égalitaires et xénophobes« , serions nous,  tous ceux qui ont manifesté par leur présence leur opposition à la barbarie islamiste  radicale et assassine ? Vous n’iriez pas un peu trop fort et trop loin, là ? Car pour ce qui me concerne, je suis athée, défenseur des droits humains, contre les inégalités et les discriminations de toutes sortes, et contre cette maladie bien réelle  que vous prétendez combattre : le racisme envers les musulmans. Pourtant, dans vos propos, je ne me reconnais pas. Et donc, fidèle à mes habitudes et à ma franchise ordinaire, je le fais savoir publiquement. Quant à prétendre comme d’autres que je serais, ainsi que ma compagne, un(e) hypocrite, je vous laisse à votre indigence intellectuelle qui ne vous permet pas d’appréhender des subtilités que votre esprit binaire est bien impropre à considérer… Mon sentiment est que vous êtes en train de passer par de tels propos dans un monde parallèle dans lequel vous vous enlisez, comme bien d’autres intellectuels français, même si c ‘est de l’autre côté du spectre politique.

4 réflexions sur “Oui, Monsieur Todd, le 11 janvier, j’ai manifesté. Moi, je sais pourquoi. Et je vous emmerde cordialement.

  1. Bien que j’habite en Argentine, j’étais à Paris durant les attentats… et j’ai manifesté le samedi à Lille avec 40000 personnes. J’avoue que j’ai été surpris, sur le moment, d’abord de l’absence quasi totale d’Arabes et/ou de musulmans. Il y en avait peu et étaient plutôt âgés. Ensuite je me suis fais la réflexion que c’était la classe moyenne ou les bobos qui étaient là. hier j’ai lu le long débat publié par Libé entre Todd et Joffrin. Je suis plutôt d’accord avec Todd, malgré ses provocations. De plus, sauf à être malhonnête, il a une démarche rigoureuse de sociologue.

    J'aime

  2. @GdC
    comme tu dois le savoir si tu as lu mes interrogations d’alors, sur mon blog, quant au défilé du 11 janvier, je penche plutôt moi aussi pour la très belle analyse de M. Todd.

    Quant à la pitoyable tentative de réponse de Sophia Aram (en début de vidéo), je la trouve … comment dire … totalement inadaptée à la qualité du travail intellectuel de Todd. On sent sa frustration poindre à travers ses tentatives d’humour nauséabond. Tout ça parce que cette petite gourde condescendante (pour reprendre ses termes) feint de ne pas comprendre la différence entre des statistiques sociologiques et son propre petit cas personnel. Il faudrait que la Sophia, elle se détende un peu à son tour, elle n’a pas la responsabilité de devoir incarner « les musulmans » ou « les immigrés » (comme elle dit) dans un monde en noir et blanc, avec comme unique alternative de ne pas s’interroger sur les racines sociologiques du défilé du 11 janvier ou de devoir « demander aux clients de l’hyper casher de s’excuser d’être juif » (et voilà comment, encore une fois, la pensée universelle manichéenne écrase tout : soit on est avec eux, soit on est … antisémite).

    Comme quoi, GdC, on n’est pas toujours d’accord sur tout ;o)

    J'aime

Les commentaires sont fermés.