le conflit de #RadioFrance vu de mon canapé

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« Le conflit de Radio France n’a que trop duré ! »...  ça, c’est ce que l’on entend de part et d’autre de l’hémicycle, quand on a le temps, comme moi,  de regarder les débats de l’Assemblée Nationale. Ceux qui occupent les bancs de la droite, dite républicaine (et pourtant pas toujours…) font de cette assertion le fil tranchant d’une arme blanche sur le cou du gouvernement, les autres l’expression d’une lassitude teintée d’incompréhension quant à la stratégie adoptée en haut lieu sur ce dossier. Mais y en-a-t-il seulement une ? En tous les cas, elle n’est guère visible, et ce conflit s’éternise et pourrit au point que certains peuvent se demander si ce n’est pas fait exprès pour lasser, écrémer, détecter les maillons faibles…  Et pourquoi pas, après avoir fait la preuve de l’inefficacité de cet outil, le céder au privé, comme cela a en effet été conçu pour d’autres pans de services publics ? Certains vont jusque là. Moi, plus étonnamment (je l’avoue, je ne me comprends pas toujours…), je me surprends à me laisser bercer par la bande passante qui passe dans mes oreilles détendues, sereines même, à l’écoute de chansons parfois si étonnantes, la découverte de vrais joyaux musicaux rendue possible par cette grève qui m’enchante. « Bien fait. Salauds de patrons. Saloperies d’élites dominantes sans scrupules, pour qui nous ne sommes que des pions sur votre échiquier, et des variables d’ajustement,  ça vous apprendra à savoir de quel bois on se chauffe ! » Mon inconscience ne va pourtant pas jusqu’à oublier, contrairement à d’autres plus politiciens que je ne le suis, le fait que lorsqu’on fait grève, on perd de l’argent, beaucoup d’argent, et que les plus modestes de ces salariés le paient en monnaie sonnante et trébuchante. C’est un réel sacrifice, pour eux, il convient de le souligner. On ne fait jamais grève par plaisir, contrairement aux discours rémanents des  » de de droite » et autres néo-libéraux prétendûment apolitiques mais tellement bien formatés idéologiquement. Les bases du conflit et ses motivations sont donc puissantes, et on les connait. Ensuite, je pense au fond de moi, sans avoir creusé véritablement le sujet, à ce patron à la gueule d’ange qui passe sur les écrans de plus en plus souvent actuellement. Il manifeste visiblement bien peu de charisme, d’empathie et de tonus ou de vivacité, bien que je ne le connaisse nullement. C’est juste l’impression qu’il me donne. Et je me dis sur la base de toutes ces fugaces impressions qu’il semble bien dépassé par les événements…. je ne peux m’empêcher de penser que s’il est efficient sur un plan purement technocratique et gestionnaire (encore que, même là, je ne sais pas), ce pour quoi on l’a probablement employé, il ne l’est manifestement guère sur celui des relations interpersonnelles, et de la gestion des conflits, c’est le moins qu’on puisse écrire… Et voilà qu’un fil d’info, au moment même où je consens enfin paresseusement, dans ma torpeur à le rechercher sur mon ordi, me donne impitoyablement raison :

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Les salariés grévistes de Radio France se sont fixé, vendredi 3 avril, un nouvel objectif : le départ de Mathieu Gallet.

Leur assemblée générale, qui réunissait vendredi 400 à 500 salariés, de source syndicale, a voté à la quasi-unanimité un texte de défiance, qui demande le départ du dirigeant.

Ce vote intervient au lendemain d’une offensive médiatique de M. Gallet qui a tenté, jeudi, de tendre la main aux grévistes en vue de renouer le dialogue. (source)

j’ai lu le texte original de la motion de défiance. Il est concis mais dense et puissant. Il confirme ce que je supputais de loin : une inefficience totale en matière de remédiation sociale. ça tombe bien, je souhaitais moi aussi qu’il parte. Il n’est visiblement pas l’homme de la situation. Mais ses employeurs, nos brillants politiques, et tout particulièrement sa ministre de tutelle, l’est-elle davantage ? J’en doute également. Et ça, par contre je sais pourquoi. Il aura donc fallu que s’étale au grand jour l’immense gâchis de Radio France pour qu’elle daigne bouger ses fesses. Il serait temps. Et qu’on n’aille pas me dire qu’il s’agirait là d’une réaction sexiste. Rien à voir, j’aurais dit la même chose pour un homme. La divergence est contextuelle, personnelle, politique, idéologique et liée intrinsèquement à son domaine de compétence supposé : la culture. Et là… Misère de notre personnel politique, qui entraîne elle-même une autre misère plus cruelle qui cette fois s’en prend à nos destinées de salariés : celle de ces dirigeants de grosses sociétés et d’établissements publics déconnectés de la réalité, issus des mêmes classes sociales et des mêmes grandes écoles, ces hors sol qui nous plombent sans pourtant connaître les mêmes affres existentielles que les nôtres. Je doute en effet fortement qu’ils aient peur, comme nous, pour leur avenir et leurs conditions d’existence les plus basiques.