Jean Tirole incarne un nouveau mouvement : les économistes atterrants.

je suis très étonné de constater que  cette tribune qui va changer la face du monde n’ait pas réussi à passer la porte du 1er avril. j’en ai pris connaissance sur  un site de droite (comme quoi je ne suis pas sectaire…) que manifestement peu de gens lisent si je m’en réfère au peu d’échos qu’elle a obtenu… Mais comme je préfère généralement, quand c’est possible, consulter le texte d’origine, je suis allé là où elle a été initialement publiée , à savoir sur les échos. ça s’appelle « pour un Job Act à la française ». Déjà là, dans ce seul titre, leurs auteurs marquent – 1 point, par cette référence à mon sens malheureuse au Patriot Act de triste mémoire. Sans parler de leur manque de créativité (-2) et de patriotisme (-3) qui leur fait employer la langue anglo-saxonne, le français n’étant probablement pas suffisamment riche pour eux. Passons. Le programme proposé par ces brillants « scientifiques » là  pour doper l’emploi en France est donc articulé autour de 4 axes. Le premier consisterait à « instituer un système de formation professionnelle qui assure le financement de formations dont la qualité est certifiée pour les personnes qui recherchent un emploi » (c’est déjà le cas la plupart du temps… raté).  Le deuxième doit améliorer l’efficacité de l’assurance-chômage en instituant une modulation des cotisations des entreprises à l’assurance-chômage selon la logique de bonus-malus, et en encourageant les demandeurs d’emploi qui le peuvent à sortir au plus vite du chômage. Toujours les mêmes antiennes de ce discours Rebsamenien (existe aussi en version Wauquiezienne) qui tend à faire porter le poids de la faute sur le chômeur, qui se prélasserait, ce gros feignant, dans le chômage comme en une fange utile à son misérable petit confort personnel, et dont il ne voudrait surtout pas s’extirper rapidement. C’est bien mal connaître la réalité de cet état là (votre serviteur, Monsieur Tirole, à votre disposition pour plus d’informations…). Le troisième doit accélérer la baisse du coût du travail au niveau des bas salaires, notamment en recentrant les aides actuelles autour du SMIC, car c’est là qu’elles génèrent le plus de créations d’emplois. Là encore, toujours cette éternelle plainte patronale selon lequel l’emploi en France coûterait trop cher… Voilà  une proposition bien paradoxale d’ assistanat des patrons quand on condamne pourtant si fermement, et parfois un peu trop cruellement, celui des chercheurs d’emploi. Et vient ensuite le clou de ce spectacle ridicule et suranné… Alors que cette tribune n’a fait qu’effleurer les trois premiers points, elle se répand plus longuement sur un quatrième qui en dit long sur le registre des obsessions libérales partagées… par les 1 %.  Ce dernier point me laisse d’ailleurs à penser que ces économistes là préfèrent donc accompagner le discours du Medef plutôt que la souffrance de celles et ceux qui sont dépourvus d’emploi. Il s’agit en effet pour eux, dans leur échelle de priorités,  d‘assouplir les licenciements, une rengaine libérale bien connue. Cela ne fait à mes yeux qu’accentuer davantage, comme si besoin en était compte-tenu du contexte, le pouvoir de domination de l’employeur sur le salarié, contraint par peur du chômage à une soumission inégalée. Voilà qui en dit long sur le positionnement d’économistes plus atterrants qu’atterrés. Mais quand on sait qu’au moins l’un d’entre eux (je n’ai pas investigué outre mesure) est ou a été patron de banque, on comprend mieux le pourquoi du comment… Et quand on consulte la liste des signataires de cette tribune, on est doublement averti.  Les économistes dont il s ‘agit sont de stricte obédience orthodoxe puis qu’universitaires. Et en France, il n’est pas interdit d’interdire la critique économique et son enseignement alternatif. Grâce notamment à la diligence et aux bons soins de Monsieur Tirole en vertu de la délation à laquelle  il s’est honteusement livré il y a peu. Mais il ne faut pas lui en vouloir : il a reçu le prix Nobel d ‘économie, pas celui de morale ou de fraternité… Quand à la réflexion sociale et sociétale, ce n’est pas son job, assurément.

4 réflexions sur “Jean Tirole incarne un nouveau mouvement : les économistes atterrants.

  1. Pour info, je crois que le Jobs Act à la française fait référence au Jobs Act américain : Jumpstart Our Business Startups Act ou JOBS Act, qui comprenait une baisse des « charges » pour les employeurs et employés, la modernisation des structures d’éducation et de formation, des infrastructures, la réhabilitation des constructions privées comme industrielles et commerciales, la création d’une banque d’investissement, l’expansion d’un réseau public sans fil, la facilitation des démarches pour les entreprises souhaitant lever des capitaux, l’accès au « crowdfunding », la sécurisation de certains métiers (enseignement, police, pompiers)…

    Le Jobs Act à la française de Tirole & co est passablement éloigné, en fait, du Jobs Act d’Obama.

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