l’assassin de Nemstov a été retrouvé. Par Médiapart.

ça remuait sec, hier soir « à pas d’heure« ,  dans le Landerneau du Front de Gauche, sur les réseaux sociaux. Observant les signes d’agacement, de désapprobation, voire de franche colère allant jusqu’à la menace de désabonnement à Médiapart, alliés aux habituels frittages de ligne à (très) haute tension qui vont jusqu’à s’échanger des noms d’oiseau entre camarades d’une même famille politique, ce qui me désole toujours, je m’interroge  : quelle est l’origine de tout ce tohu-bohu ? Quel élément d’information primordial échappant à mon attention peut justifier une telle pagaille ? On me répond sur twitter d’aller voir là-bas si j’y suis. Ok, j’y vais, et je regarde froidement les faits. Faut dire que ça commence fort, rien qu’avec le titre, qui n’aide pas franchement à la sérénité du débat :

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Rien que cela ? Diantre ! Mais pourquoi tant de haine ? je lis l’article entièrement, malgré l’heure avancée et la fatigue mentale (j »ai beaucoup produit, hier, sur le blog…), et je découvre que nos deux journalistes médiapartiens justifient leur titre par leur culture historique qui leur font exhumer de son cercueil le pauvre Raymond Poincaré, Président de la République française de 1913 à 1920. Ne pouvait-on pas le laisser reposer en paix ? Ben non, nos deux joyeux convives à la table de l’information nationale avait besoin de ce cadavre là pour asseoir leur grave accusation…  en usant du curieux parallèle qui vit selon eux le journal l’humanité lancer en son époque une campagne  « pour donner l’image de « l’homme qui rit » dans les cimetières », photo à l’appui. Qu’à donc à voir Mélenchon dans cette histoire d’un autre âge ? On aura bien compris qu’il s’agissait de le flétrir tout pareillement que ce si ancien président :

Quatre-vingt-treize ans plus tard, Jean-Luc Mélenchon, faisant peu de cas – sinon fi – du trépas de Boris Nemtsov, cet opposant assassiné à Moscou le 27 février, se pose en homme qui ricane après le meurtre. Aux antipodes de l’empathie aragonienne – « déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri » –, le guide du Front de gauche crache sur un cadavre dédaignable : à devoir forcément périr, Nemtsov n’est logiquement plus.
Dans un billet de blog mis en ligne le 4 mars, et du reste truffé d’erreurs factuelles, M. Mélenchon exécute la victime, « cacique eltsinien », « voyou politique ordinaire ». La phrase clef du politicien français gît au milieu de son texte : « Cela ne justifie pas qu’on l’assassine. Mais […]. »

Mais enfin, Mélenchon serait-il finalement l’assassin de Nemtsov ? Moi qui me demandait, justement….On ne me dit jamais rien ! je vais donc voir du côté de chez Mélenchon, et je lis… Mélenchon pointe du doigt les médias qui, « sans le début d’une preuve« , ont « instillé » l’idée que Poutine serait l’auteur de cet assassinat. Ce qui le conduit à écrire qu' »après ce mort et sa malheureuse famille, la première victime politique de cet assassinat est Vladimir Poutine ». (je ne dis rien d’autre dans mon billet sur le sujet, malgré l’aversion que j’ai pour Poutine, qui me vaut les foudres d’une certaine extrême gauche, mais continuons…). « Car il a été aussitôt traîné dans la boue par toute la presse «libre, éthique et indépendante» du monde entier« . Je ne peux hélas que lui donner raison, malgré la distance que j’ai prise avec lui,  sa personnalité et son antériorité politique en faisant un facteur de division chez nous, et de répulsion chez ceux qui n’adhèrent pas encore à nos idées. Il fonctionne malheureusement  en repoussoir, malgré son immense talent. Mais poursuivons.

« Deuxième point développé par Mélenchon : il regrette l’héroïsation d’un « voyou politique ordinaire de la période la plus sombre du toujours titubant Boris Eltsine », « libéral fanatique » qui fut le « principal artisan des privatisations de la période 1991-1993 qui furent en fait un véritable pillage », et appelait à manifester aux côtés du « raciste Alexey Navalny, leader libéral-xénophobe ultra violent ». Conclusion du fondateur du Parti de gauche : « Cela ne justifie pas qu’on l’assassine. Mais cela devrait nous épargner d’être invités à l’admirer comme le propose grotesquement Le Monde. »

L’outrance dont fait preuve en général Mélenchon pour davantage marquer les esprits se retourne donc là contre lui. Etait-il obligé en effet d’aller jusqu’à dépeindre Menstov en voyou ? je conçois qu’on puisse être heurté par un tel dénigrement, à un moment où cette mort tragique nécessiterait davantage de retenue. Mais d’un autre côté, je ne saurais cautionner la manière dont les médias français, voire occidentaux, ont rendu compte de cet assassinat, et sur la description qui est faite de Nemstov, qui ne fut en rien le héros de la liberté que l’on décrit, et encore moins un personnage politique de premier plan comme on a tenté de nous le faire croire un peu partout, parce que ça en arrange certains, dans le paysage politique  mondial, qui se complaisent malgré leurs propres tares et leurs crimes contre l’humanité à cet éternel mythe du combat du bien contre le mal. Parce que c’est faux, Nemstov n’avait rien d’une idole des jeunes, et encore moins de toute la population russe.  Le dire, en ajoutant que Poutine serait l’une des principales victimes de cette affaire  ferait-il pour autant de Mélenchon un admirateur de Poutine ? je ne le crois pas, bien que je ne sache pas vraiment ce qu’il en a réellement comme perception plus fine que ce que son blog et Médiapart nous en disent. je constate simplement qu’en France, c’est bien davantage la droite et l’extrême droite qui s’en rapprochent ostensiblement, ne tarissant pas d’éloges sur ce qui n’est pour moi qu’un dictateur. Qui se ressemble… Mais un éclairage bien plus intéressant que cette saute d’humeur de ces médiapartiens dont je ne m’explique toujours pas la hargne impressionnante, nous est donné par  Sylvain Boulouque, historien, qui va j’en suis certain faire bondir tous ceux qui d’ordinaire m’agressent quand je défends ma position sur l’Ukraine… C’est en effet un dossier plus que concomitant qui éclaire assez, à mon sens,  les réactions de certains à gauche,. Tout est à lire, mais j’ai retenu pour vous cet extrait :

Pacifisme, anti-américanisme et anti-européanisme

Pour souder ses partisans au-delà du noyau du Parti de gauche, Mélenchon semble adopter un discours communiste oscillant entre thorézisme et bréjnivisme d’un côté, et pacifisme de l’autre.

Pour le pacifisme, heurter la puissance russe reviendrait à bouleverser les équilibres et donc à raviver des menaces de guerre en Europe. Mélenchon reprend ici la tradition du pacifisme munichois, au sens où il préfère des concessions à la puissance belliqueuse plutôt que favoriser les risques de guerre, soulignant que l’escalade serait un accélérateur des risques de conflit armé.

A ce pacifisme qui peut séduire une frange de l’électorat, s’ajoute un anti-américanisme et un anti-européanisme latents, qui viennent coaguler plusieurs cultures politiques de la gauche. L’hostilité de la part des communistes envers l’Europe remontent à la création de l’Europe même. L’anti-américanisme est, quant à lui, consubstantiel à l’existence du mouvement communiste international. 

Voilà justement ce contre quoi je me bats depuis des années. Un positionnement dogmatique d’un certain communisme orthodoxe qui laisse peu de place à l’exercice de l’intelligence, à l’analyse personnelle, combien même elle se trouverait à diverger avec la ligne officielle du mouvement auquel j’appartiens. Et j’en arrive à me demander si je ne vais pas finir par me revendiquer, plutôt que du front de gauche, comme un anarchiste gauchiste anti-libéral, et puis c’est tout. Car les discours et les positions toutes faites ne me conviennent que très rarement… On ne peut en effet adhérer à la totalité des points doctrinaux de tel ou tel parti, syndicat, association, sans se voir aussitôt rentrer dans le lard par une meute de fanatiques adeptes du prêt à penser que leur procure leur petite cellule… Grise, trop grise pour mon evie et mon besoin de couleurs en arc en ciel. Désolé si je vous déçois, mais ce n’est pas mon genre, d’obéir sans réfléchir…

post-scriptum : j’apprends à l’instant la réaction de Clémentine Autain, porte-parole d’Ensemble, mouvement auquel j’appartiens. J’avoue que je partage en grande partie sa position, hormis quant à l’importance de Nemtsov. Vous pouvez la lire ici. Mélenchon, après avoir pris connaissance de sa position dans libération, lui a répondu ceci, sur sa page facebook :

INVENTER DES DESACCORDS QUAND IL N’Y EN A PAS : LA MALADIE PUERILE DE L’EXTREME-GAUCHE !
Clémentine Autain, pour qui j’ai estime et amitié personnelle très vives, engage avec moi dans « Libération » une polémique que je déplore dans la mesure où ses conclusions sont exactement les mêmes que les miennes à propos de la situation en Ukraine et en Russie. J’admets parfaitement que l’on soit en désaccord avec mes propos. Encore faut-il les respecter. Je veux la rassurer : je n’ai jamais écrit que Poutine était « la première victime de l’assassinat de Nemtsov » comme elle l’affirme hélas, ce que reprend en gros titre de « Libération ». J’ai écrit qu’il était la première victime POLITIQUE. J’ai clairement déploré la mort de monsieur Nemtsov et exprimé ma compassion pour sa famille. On notera que j’ai toujours condamné la violence armée en politique, dans cette circonstance comme dans toutes les autres. J’ai écrit de nombreux textes sur ce thème, notamment à l’occasion de l’assassinat de nos camarades Choukri Belaïd et Mohamed Brahmi en Tunisie. Je ne relève pas les silences dans cette circonstance car j’estime que je portais la parole de tous en me rendant sur place.
Je veux encore rassurer Clémentine Autain : je n’ai jamais écrit que Nemtsov a été assassiné par  » les services secrets USA ». Car je ne le pense pas. Non parce qu’ils en seraient incapables. Ils ont assassiné assez de dirigeants de gauche en Amérique latine et dans le monde pour qu’on les sache prêts à tout. Mais j’ai écrit que, s’il faut chercher, mieux vaudrait plutôt regarder du côté de l’extrême droite nationaliste russe. Par conséquent je ne suis pas concerné par la remarque fielleuse par laquelle elle conclut hélas son propos sur cette base inventée. Pourquoi se sent-elle obligée de dire : « Mais de là à laisser penser qu’il s’agirait d’une opération des services secrets américains, il y a un pas que les responsables politiques ne devraient pas franchir car il nourrit l’approche complotiste ». Voici ce que j’ai écrit : « Boris Nemtsov était un opposant extrêmement confortable pour Poutine car il était caricaturalement acquis aux ennemis de la Russie. Il était donc sans aucun danger politique et parfaitement inconnu de « l’opinion occidentale » avant sa mort. Je n’en dirais pas autant des milieux de l’extrême droite Russe. Celle-ci est aspirée dans une surenchère permanente et des compétitions mortelles depuis que des « amis de l’Europe » comme l’antisémite Alexey Navalny en rajoutent sans cesse dans l’hystérie xénophobe et ultra nationaliste ». Le reste se lit sur mon blog.
Je recommande à mes amis, et à ceux qui se disent tels, de se reporter à ce que j’écris plutôt qu’à ce qui s’en dit. De plus, mon propos et mon analyse concernent le risque de guerre mondiale et désastreuse pour la civilisation humaine que contient la situation en Ukraine du fait de l’avancée de l’OTAN. Je produis à cette occasion une analyse géopolitique depuis de nombreux mois (http://bit.ly/1nv3Mvo). Mon propos n’est pas de faire une « défense de Poutine », et encore moins comme on le devine de proposer une « version outrancièrement opposée » à celle si remarquablement modérée de ceux avec qui je me confronte…
Comme le dit très bien Clémentine Autain: « Notre famille politique s’attache à combattre la vision des grands médias français qui opposent les «gentils Ukrainiens» aux «méchants Russes» : la situation est autrement plus complexe. Nous voudrions entendre parler davantage des nazis ukrainiens et que les enjeux géopolitiques de nos relations avec la Russie soient mieux pris en compte. » C’est très exactement ma position.
Quant au fait de répondre à « Libération », c’est s’exposer aux manipulations habituelles de ce « journal », dont le but ici est résumé dans une de ses « questions » : « Ce désaccord montre une nouvelle fois que le rassemblement rêvé de la gauche s’annonce difficile… ». Pour « Libération » hors du PS, point de salut et toutes les occasions de me diaboliser sont les bienvenues. Personne n’est obligé de tomber dans le panneau aussi facilement. JLM

Chroniques Ukraine du Parti de Gauche N°1 : « Un autre regard sur l’Ukraine » N°2 : « Les observateurs…
jean-luc-melenchon.fr
Il ne s’agirait donc que d’un malentendu ? OK. Sujet clos, alors…
au 8.03.2015 : Ben non : Politis s’y met aussi, sous la plume de Claude-Marie Vadrot.