Procès (non stalinien) d’un membre du Front de Gauche au PCF et au Parti de Gauche

imagesDepuis plusieurs mois, je suis quelque peu muet sur le sujet, contexte oblige… je ne voulais pas étaler notre linge sale en public, ce qui nous aurait nui. Mais après avoir longtemps hésité, je me suis résolu à sortir du bois à la faveur d’une petite discussion avec un jeune militant communiste sur twitter un peu trop sûr de lui. L’occasion m’était alors donnée de préciser ma pensée et mon positionnement, afin d’éviter tout malentendu à l’avenir. je suis en effet assez régulièrement pris à parti par les afficionados de l’un ou l’autre camp du FDG, ce qui m’est particulièrement désagréable. (Qui en effet a envie et besoin de se fâcher avec des membres de sa famille ?)  Or, il se trouve que je ne fais plus partie (j’ai été au PG) ni de l’un ni de l’autre, puisque je suis à Ensemble, qui correspond davantage à mon parcours et à mes origines tout comme à mon ancrage politique et à ma sensibilité écologiste et féministe. Toujours est-il que je suis très triste pour le Front de Gauche. Lorsqu’il est apparu à l’occasion des européennes de 2009, je me suis lancé à corps perdu dans ce que je considérais (je le pense toujours) comme une belle aventure. L’idée de rassembler ce qui était épars à gauche du PS m’apparaissait comme hautement souhaitable quand on pense à l’éparpillement des forces de gauche qui existait alors, ce qui  me semble  fortement préjudiciable à notre efficacité politique collective.

Bien des échéances électorales sont passées depuis, avec leur cortège d’espoirs et de désillusion. Le divorce semble aujourd’hui bien consommé entre les principales composantes du Front de Gauche, à savoir  le PCF et le Parti de Gauche, et c’est tout le collectif Front de Gauche qui en fait les frais. D’un côté comme de l’autre, les invectives et le mépris ou les polémiques stériles qui ne font rien avancer du tout vont bon train, et cela me navre. Chacun tire la couverture à soi et pense que l’autre a tort et qu’il est le seul et unique responsable du désastre annoncé. J’ai même vu un jeune militant communiste  sur twitter aligner des poncifs qui relèvent d’une polémique politicienne caricaturale. Voici le tweet qui m’a fait réagir :  « Il n’a plus rien à gagner à aller s’engueuler avec les communistes » parce que tu as déjà tout perdu camarade Melenchon. Taper sur un gars qui a brillamment (quoiqu’on en dise après coup) porté nos espoirs avec une faconde et une culture hors du commun, une énergie admirable malgré les nombreux coups portés (et même si certains de ces traits de personnalité peuvent être en effet contestés,) au point de s’y abîmer la santé, ce n’est pas très correct ni  très respectueux de l’investissement indéniable de Monsieur Mélenchon, qui sort manifestement plus qu’écœuré de cette histoire… Et l’humain d’abord, alors, qu’en fais-tu, camarade ? Puis  vinrent les clichés qui ne contribuent pas vraiment à élever le débat, du style (je cite tel quel) « Nous sommes la première force et les créateur du fdg. » ou « pourquoi le pg à t’il déposé en son nom et non celui du fdg le logo et le nom ? ». Sans vouloir jeter la pierre (Laurent ?) à qui que ce soit, je dis et  j’écris haut et fort que cela m’apparait comme du militantisme étriqué, dépassé, puéril, et que le Fdg n’appartient à personne, et surtout pas à ceux qui en veulent l’hégémonie, quels qu’ils soient. Des militants sincères à l’esprit clair, au positionnement clarifié, il y en a partout, et même au PCF, que je respecte quand ils n’ont pas d’alliances à géométrie variable qui brouillent les cartes et entretiennent la désillusion et la désaffection du politique par décrédibilisation du discours, trop changeant et incohérent. je pense également pour m’en être éloigné que la personnalité de Mélenchon a à la fois beaucoup donné et beaucoup nui également à l’image du Front de Gauche, qui par son biais éloignait y compris des gens sensibles à nos idées mais qui se retrouvaient rebutés par son agressivité et ses attaques incessantes envers les journalistes, pas toujours de bon aloi. Sa violence verbale, bien qu’alimentée probablement par sa passion, ont donné de nous l’image de dangereux extrémistes que nous ne sommes pourtant pas, donnant ainsi la part belle à nos ennemis. D’un autre côté, la personnalité de Pierre Laurent n’est pas davantage consensuelle… Tout cela aurait pu être dépassé si des instances nationales plus représentatives, moins concentrées sur des personnes, quelles que soient leurs qualités par ailleurs, avaient pu œuvrer pour l’intérêt collectif du Front de Gauche et non de telle ou telle de ses parties…  Cela passe par des questions d’organisation formelle adaptée qu’il serait trop long de développer ici. En tous cas, le Front de Gauche devait être une histoire collective, pour laquelle beaucoup dans le pays se sont battus, ont donné leur énergie, leur temps, leurs moyens matériels et financiers, et en arriver à cette guerre de tranchées m’apparait infiniment regrettable et va à l’encontre de l’esprit collectif de cette aventure. Car séparés, nous seront moins forts, c’est une évidence incontestable. je vois mal en effet les militants du PCF adhérer en masse au PG ou l’inverse… Et cela sans même parler des autres composantes politiques à la gauche du PS (Nouvelle Donne, NPA, certains écologistes anti-libéraux, décroissants…), et même y compris en son sein (les susnommés « frondeurs »), qui n’adhèrent pas à la logique libérale du hollandisme vallsien et que nous pourrions peut-être toucher si nous étions plus unis et plus cohérents. C’est pourquoi j’ai depuis longtemps milité pour la possibilité d’une adhésion directe au Front de Gauche, afin d’échapper à ces corporatismes et ces guéguerres de chapelles qui me navrent et m’insupportent. Nous aurions dû être une grande famille… Les conflits d’intérêts (un peu trop) personnels, les divergences stratégiques majeures comme le fait de s’allier ou non au grès des circonstances et des perspectives plus ou moins alléchantes avec le PS, et l’organisation globale défaillante du front de gauche qui ne coïncidait pas avec ses objectifs politiques et sa profession de foi pourtant si humaniste en ont décidé autrement… C’est dommage. Pour clore ce billet certainement trop long (mais cela me semblait nécessaire…), nous aurions pu être beaucoup plus forts, plus unis, Ensemble…

Le débat est ouvert.

Post-scriptum : j‘apprends à l’instant l’éclosion de cette initiative. Elle me semble aller dans le bon sens, si l’on a pas les yeux fermés par la ligne de son (seul) parti. Qu’en pensez-vous ? Moi : convergeons, convergeons, il y a urgence !

 

6 réflexions sur “Procès (non stalinien) d’un membre du Front de Gauche au PCF et au Parti de Gauche

  1. Je vois que mon blog est cité par rapport à l’article que j’avais posté sur la méthode d’analyse et la façon dont certains créé des scandales stériles dont le but était clairement de nous diviser.

    En effet, au-delà de nos divisions (je suis un anti-PS et très critique contre Pierre Laurent), je crois que nous devons construire ensemble et ne pas céder à certaines personnes qui tentent de détruire de l’intérieur le Front de Gauche.

    Du moins, à titre personnel, j’y porte une véritable importance. Or, le fait que certains défendent sa chapelle ou sa paroisse nuit, c’est ce que tu appelles les délires corporatistes. Toutefois, la logique du Front de Gauche devait dans la théorie incorporer davantage la société civile. Tu en trouves des traces écrites dans les écrits de Pierre Laurent, Jean-Luc Mélenchon et certainement Clémentine Autain.

    Ainsi, partant de ce constat vu que nous arrivons sur un début d’échec et une implosion, avec d’autres camarades, nous réfléchissons à l’idée de créer un podemos à la française adapté à notre pays.

    D’une part, cela permet de revenir clairement au fondamentaux de la gauche et d’autre part de refaire découvrir le Luxembourgisme au niveau courant politique révolutionnaire. Cela suit la logique que « l’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». Pour ma part, je me suis toujours senti proche de ce courant.

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  2. L’image du FDG doit beaucoup aux médias dominants, et peu à nous ou à Mélenchon… Quant à l’extrémisme, c’est un terme qui ne veut rien dire . Pour les classes dirigeantes, et donc les médias dominants, nous sommes plus dangereux parce nous portons la révolution sociale qui remet en cause leurs privilèges.
    De toute façon, le FDG est mort. Nous sommes quasiment dans la même situation qu’avant 2009. Les intérêts des appareils ont primé sur l’intérêt du FDG. En s’éloignant, Mélenchon cesse d’être le bouc émissaire au sein du FDG et surtout du PCF.

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  3. Je rejoins tout à fait la position « des pas perdus », pour ma part, c’est la meilleure solution que Jean-Luc Mélenchon pouvait faire face à la hargne de certains du PCF. Je crois que l’ensemble de ces décisions vont faire évoluer le Front de Gauche et par ailleurs, le PCF pour que certains adhérents se rendent compte de ce qu’il est train de se passer. Le FDG se meurt, mais il n’est pas tout à fait mort. Puisque je crois que c’est aux politiciens de faire vivre le FDG c’est à nous, militant de base.

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