Travailler, c’est trop dur, et voler c’est pas beau…

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Etymologie de Travail

Notre mot « travail  » vient du bas latin « tripalium », lui même issu du latin « tripaliare » signifiant « contraindre ».
Ce « tripalium est composé du préfixe « tri », trois, et « pag » ou « pak » [1] signifiant « enfoncer », comme dans « pak-sla »[2] « pak-slos »[3], désignant un pieu.

Ce « tripalium », qui est donc un instrument de contrainte ou de torture, laisse ainsi entendre le « travail » comme étant effectué de force, à l’instar de l’activité de l’esclave. (suite et source)

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Je viens de prendre connaissance de cet article sur le site du journal La Tribune, et je vous le recommande vivement. Il vient heureusement contredire le discours dominant, remettant en cause la suprématie de cette valeur qui en est de moins en moins une, sinon pour une élite d’un cynisme absolu, tant elle est de plus en plus déconnectée des revenus…. Merci à toi, Diana, pour cette importante contribution à l’évolution sociétale. Je te suis sur ce chemin là : celui du débat hautement nécessaire et utile…

Lâchez-nous avec la valeur travail !

 Diana Filippova, Connector OuiShare. / DR
                                                                                 Diana Filippova

Voici venu le temps des contradictions. Entre les discours sur le travail que vous – élus, dirigeants, syndicats, prétendants au pouvoir – proférez et les preuves objectives, un gouffre s’est creusé. Les tâches les plus variées nous échappent chaque jour au profit des machines, et pourtant vous érigez encore l’emploi en garant de tous nos droits – santé, vieillesse, citoyenneté – et de notre bonheur.

Vous affirmez que le travail est la voie de conquête de notre liberté et de notre indépendance. Nous constatons que les conditions du travail s’améliorent uniquement pour une mince couche de super héros.

Vous expliquez que notre graal est le CDI garanti à vie, adossé à un salaire décent et à un prêt immobilier. Nous cherchons en vain autour de nous les quelques survivants de ce paradis perdu du siècle dernier.

Vous dites que le travail est la clef de notre épanouissement et du vivre-ensemble. Nous ne parvenons pas à trouver le moindre signe de bonheur dans l’enchaînement des tâches répétitives, la pression hiérarchique et l’insécurité psychologique latente.

Vous dégainez la méritocratie et le niveau de diplôme pour justifier des inégalités sur le marché du travail. Nous nous efforçons à trouver une corrélation dans nos vies et celles des autres : sans succès.

Laissez-moi vous le dire crûment : vous ressemblez de plus en plus à des professeurs de morale, qui espèrent cacher la vacuité de leur pensée par l’invocation quotidienne des grands principes de l’humanisme. Aux citoyens, aux employés, au peuple, vous n’avez d’autre vision à offrir que ce plus petit dénominateur que vous avez en commun : la valeur travail.

Une valeur morale au travail ?

Nous ne sommes ni n’avons jamais été dupes de votre rhétorique supposément éthique. Si le peuple a jamais attribué une quelconque valeur morale au travail, c’est qu’il en tirait un profit pécuniaire et des avantages bien réels.

Durant les deux siècles derniers, l’entreprise individuelle et l’emploi salarié ont été deux modalités plutôt efficaces pour franchir quelques barreaux de l’échelle sociale. Nous étions bien conscients, au fond, qu’en signant ce CDI, nous renoncions à une grande partie des fruits de notre travail, mais la promesse des protections sociales diverses et variées suffisait à dissiper nos quelques doutes.

Les femmes avaient beau se plaindre que leur travail domestique en était un et qu’il n’était toujours pas reconnu comme tel malgré sa pénibilité, la grande majorité d’entre nous en avait plutôt pour son compte et ne l’ouvrait pas trop.

L’assimilation que vous faisiez entre travail, effort et emploi salarié nous semblait bien trop rapide, certes, mais tant qu’il y avait un salaire et des perspectives de devenir soi-même boss, on n’ergotait pas trop sur vos erreurs conceptuelles.

Travailler à tout prix

Aujourd’hui, votre discours a perdu le ton enjoué du siècle dernier et s’est teinté d’intonations culpabilisantes, moralisatrices, prescriptrices. Il faut travailler à tout prix, dites-vous, car l’effort mène au salut psychologique et social tandis que l’inactivité condamne notre société à l’assistanat permanent. Vous avez d’ailleurs pris soin de créer une distinction claire entre le bon élève – celui qui travaille même lorsque sa qualification n’a rien à voir avec le poste – et l’outsider-marginal qui doit pointer à Pôle Emploi tous les mois pour percevoir son maigre pécule.

Votre voix devient rauque lorsque vous nous rappelez publiquement que nous devons purger notre dette à l’égard de la société et de l’État – dette originelle dont nous avons hérité dès notre naissance. Vous vous indignez devant les courbes qui ne fléchissent pas et signez des pactes de responsabilité qui vous fournissent une poignée d’éléments de langage exploitables pendant quelques mois. Au fond, vous vous réjouissez de savoir que faire travailler les autres coûte de moins en moins cher tandis que ces autres produisent de plus en plus.

Votre jeu est vieux comme le monde et il est si simple d’y voir clair : la moralisation du travail est – et a toujours été – le meilleur instrument de contrôle physique, psychologique et social des hommes. Vous vantez l’effort dans la tradition judéo-chrétienne : l’effort soigne la paresse, détourne des tentations et enseigne l’humilité. L’érection du plein emploi en objectif millénaire vous permet de rationaliser le déséquilibre des rapports de force entre employeur et employé, tout en fournissant un formalisme juridique à l’aliénation des moyens de production.

L’emploi à repenser

L’étendue du champ couvert par le concept « travail » est ainsi réduite à son expression la plus simpliste : l’emploi comptabilisé par les statistiques nationales. Tout le reste – de la pratique des artistes aux corvées domestiques – n’en fait pas partie puisqu’il ne rentre pas dans l’une des cases prévues par l’INSEE, Pôle Emploi ou le Bureau International du Travail.

Arrêtez votre cinéma, car nous ne croyons plus à vos discours et vous dénions toute autorité morale. Nous avons la mémoire suffisamment longue pour nous méfier de toute prescription sociale qui érige le travail – arbeit, rabota (« travail » en allemand et en russe) – en norme morale universelle. L’emploi salarié s’en est allé et nous avons tout le loisir de repenser par nous-mêmes ce que le travail signifie réellement pour nous, et comment il s’insère dans les modèles de société que nous souhaitons bâtir.

Peut-être avons-nous un seul conseil à vous donner : laissez donc tomber la morale et préoccupez-vous plutôt de l’économie. À force de lui donner tour à tour les rôles les plus variés – du déterminant culturel à l’instrument de cohésion sociale – vous avez oublié son rôle premier de facteur de production.

Or, la valeur purement économique du travail n’a jamais autant stagné, ravivant des inégalités que les sociétés occidentales n’ont pas connues depuis le début du siècle dernier. Aujourd’hui, nous avons besoin de vous pour définir un système satisfaisant de valorisation de notre production. Car si le travail n’est pas notre seul salut, il est encore notre principal gagne-pain.

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Diana Filippova est Connector OuiShare. Cet article est paru dans le numéro 4 de la revue Socialter 

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6 réflexions sur “Travailler, c’est trop dur, et voler c’est pas beau…

  1. Bonjour,

    Attention à ne pas confondre travail et emploi, car quand on parle d’éléments de langage c’est d’abord cet amalgame (entre travail et emploi) qui nous empêche de lire ce qui, dans le « déjà là », dans l’existant, nous offre des tremplins considérables pour émanciper le travail de l’emploi. Car si le travail est une réalité anthropologique qu’on ne peut pas forcément lier à la torture : élever ses enfants quand on a un salaire sans emploi (la cotisation familiale fait très bien cela), gérer des espaces verts pour la commune (le salaire des fonctionnaire ne dépend d’aucun employeur ni d’aucune soumission à un marché du travail) ou s’occuper de son jardin (quand on est retraité et salarié à vie)… tout ceci ne serait donc que de l’activité (« utile » dit la gauche) qui ne produit rien, l’emploi étant alors la seule matrice du travail, la seule façon de produire de la valeur économique, laissant alors les propriétaires lucratifs (actionnaires, employeurs et autres parasites, les fonctionnaires du capital) décider seuls de ce qui a valeur ou non, de ce qui est du travail et de ce qui n’en est pas ?!

    Le travail n’est pas (que) l’emploi, le marché du travail (l’emploi donc) n’étant qu’une forme de travail parmi d’autres – qui existent déjà, et massivement sous nos yeux depuis des décennies, avec aujourd’hui des millions de salariés hors emploi, et près de la moitié du salaire total qui est socialisé désormais… une route qu’il faut reprendre, au lieu – en effet – de défendre le mortifère et illusoire plein emploi (qui signifie avant tout « plein d’employeurs » et donc toujours moins de maîtrise sur la valeur économique par les salarié-e-s, et ainsi toujours moins de maîtrise sur le travail concret : ce que nous faisons lorsqu’on occupe un poste de travail, un poste duquel ne doit pas dépendre le salaire comme c’est malheureusement le cas dans le cadre de l’emploi. D’où l’énorme émancipation qu’apporte à notre société la reconnaissance du producteur (posant ainsi l’humain comme seul producteur de richesse, et le capital comme définitivement inutile contrairement aux idées reçues) à travers la qualification à la personne – qui nous libère de l’emploi – et non la qualification du poste de travail qui finalement nie totalement le producteur (qui devient alors une vulgaire « ressource humaine » sur un marché du travail qui stipule qu’on ne travaille qu’en mettant en valeur du capital, alors même que la Sécurité Sociale nous démontre le contraire depuis des décennies avec la cotisation qui permet de répartir la valeur ajoutée des entreprises avant même que l’employeur/actionnaire/investisseur – en bref le vautour – puisse s’emparer de cette valeur pour ensuite venir se poser en « indispensable investisseur » devant qui on doit s’agenouiller pour espérer créer des postes de travail… aux seules conditions de l’actionnaire/employeur).

    Si on le laisse le capital ponctionner ce qu’on produit, on devient alors dépendant du bon vouloir des propriétaires lucratifs (de ceux qui détiennent le capital et en tirent profit) puisqu’on ne peut alors investir cette VA qu’à la seule condition des privés qui se la sont appropriée (légalement, puisque la propriété lucrative, le droit de ponctionner le travail des autres, est un droit constitutionnel, qu’il faudrait d’ailleurs abolir dans la prochaine constitution afin de pouvoir massivement développer la propriété d’usage, et ainsi la gratuité du logement et la maîtrise de son outil et lieu de travail par les salarié-e-s, et surtout la maîtrise de l’investissement (au niveau macro-économique) en socialisant TOUT le PIB. Déjà 30% de la valeur que nous produisons chaque année sont socialisés de nos jours, une conquête issue de longues luttes tout au long du 20ème siècle… Des batailles – certains y ont laissé leur peau ! – qui auront permis de redéfinir la définition même du travail (en admettant qu’il peut aussi être déconnecter de l’emploi) et en prenant le contrôle démocratique de la répartition de la valeur ajoutée (comme l’expérience très positive de la démocratie sociale chez nous, avec – entre 47 et 62 – l’élection des directeurs de caisses de cotisation et surtout la maîtrise de ces caisses par les salariés eux-même, avec les 3/4 des sièges qui leur étaient réservés dans le Conseil d’Administration de la Sécu… avant que De Gaulle ne sabote tout ça pour instaure le fameux paritarisme – qui redonne la main au patronat – et l’abolition des élections sociales qui avaient pourtant permis la naissance des CHU et de la santé publique qu’on connait encore de nos jours… preuve là aussi de la solidité de ces institutions révolutionnaires pourtant soumises à des pressions incroyables).

    J’insiste, vraiment ! Si on ne fait pas la différence entre le travail et l’emploi (cet article sur La Tribune, comme beaucoup d’autres articles, fait cet amalgame) alors le travail devient une plaie dont il faudrait s’émanciper. Mais le travail est essentiel, certes il devient mortifère quand on l’enferme dans le cadre de l’emploi (quand on le marchandise) mais c’est alors bien le travail qu’il faut libérer de l’emploi, et non pas l’humain qu’il faut libérer du travail (car automatiser des tâches pénibles ne nous libère pas du travail, ça nous permet de travailler autrement, de faire d’autres choses, d’inventer de nouvelles formes de travail, de nouveaux métiers même, et dans cette nouvelle définition du travail il y a aussi la possibilité de nous adonner toujours plus à l’art, à l’éducation, aux différentes cultures, à l’émancipation populaire en somme… non pas parce qu’on ne travaillerait plus, qu’on ne produirait plus de valeur économique donc… mais parce qu’on produirait cette valeur, et on la gèrerait, sans avoir à se soumettre aux employeurs pour travailler, et sans avoir à se soumettre aux investisseurs pour investir).

    A ce sujet, je vous invite à visionner ce petit exposé (30 min) qui permet de mieux cerner la différence fondamentale entre le travail et l’emploi, ou encore entre l’activité et le travail :
    => http://youtu.be/qhnUYiia-vs

    Le travail, qui peut être individuel mais dans le fond reste très collectif tellement nous sommes interdépendants dans la production aujourd’hui, est aussi une source d’émancipation, individuelle et collective. Travailler, ce n’est pas forcément mettre en valeur du capital pour un employeur (même si c’est la seule réalité que nous propose la classe dirigeante). Travailler peut aussi être du salaire hors emploi permettant ainsi de définir plus démocratiquement ce qu’est le travail, la façon dont on l’organise, la finalité de la production… Comme nous le montrent les soignants, les retraités, les intermittents et précaires ou les parents qui élèvent leurs enfants.
    Comment ça les retraités « dépensent » seulement ce qui serait produit en emploi ? Si papi et mamie font grève demain, l’organisation de notre travail sera t-elle la même ? On peut en douter :
    => http://youtu.be/Wiw_RH_uHCA

    La socialisation du PIB nous montre les voies d’une émancipation insoupçonnée, et pourtant déjà massivement développée dans notre société, et pas qu’en France. Car si 97% des retraites sont gérées par répartition en France, dans l’Europe occidentale c’est près de 90% des retraites qui sont également gérées sans capitalisation. Nous ne sommes donc pas le petit « village gaulois » qu’on nous présente au quotidien, et qui serait attaché à ses vieux privilèges… nous faisant ainsi passer, nous les progressistes, pour des conservateurs voire des réactionnaires. C’est un comble ! (non pardon, c’est une lutte de classes… Qui est d’abord une guerre des mots et du langage).
    Ne laissons pas le travail à nos adversaires en l’enfermant dans l’emploi. Au contraire, affirmons que l’emploi est ce qui paralyse le travail, et ce qui nous aliène par la même occasion dans une vision du monde qui nous empêche radicalement de penser l’avenir sans le capitalisme, sauf en imaginant une société où le travail, la valeur économique et la monnaie donc, n’existerait plus.
    Le travail doit se libérer de l’emploi, et c’est ce que nous avons commencé à faire au 20ème siècle, avant de troquer la « lutte pour le salaire » (y compris et surtout le salaire hors emploi) contre « la lutte pour l’emploi » (qui nous mène dans le mur, comme on peut le voir aujourd’hui).

    Fraternellement.

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  2. Que pensez des gens qui ne pourront jamais travailler à cause de leur handicap mais qui sont loin d’être inactifs pour autant pour la plupart ou encore les bénévoles. Si la valeur travail se réduit au productivisme, à la méritocratie puis au libéralisme, elle n’a plus aucun sens et j’irai même plus loin elle ne peut que profiter au Fn aussi.

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  3. Je pense que nous devons pas travailler plus et en découdre avec la valeur travail. Pour se faire je pense qu’il serait juste de soutenir le revenu de base aussi pour que des gens ne soient pas contraints à travailler plus et pour qu’ils puissent mieux vivre. Il faut en découdre avec cette logique productiviste à laquelle s’ajoute celle du consumérisme qui n’a que des effets néfastes dans les inégalités et injustices sociales.

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