Honni soit qui Mali pense

Quelle_connerie_la_guerre_-2« Nous ne pouvons rester silencieux face aux atrocités et à la barbarie quotidienne subies par la population du nord du Mali, et les dénonçons depuis plusieurs mois alors que la communauté internationale faisait preuve d’indifférence criminelle. C’est pourquoi aujourd’hui nous ne pouvons pas non plus rester silencieux quand le devenir des Etats est réalisé sans associer les hommes et les femmes qui y vivent » (Nathanaël Uhl, ici)

Un fidèle lecteur, Mic-Mousse, m’interpellait hier sur le fait que je n’ai pas exprimé ici mon opinion sur le dossier du Mali… Tout en précisant (il est aimable) que je restais cependant maître des sujets que je traitais. Encore heureux ! Mais de fait, si je ne me suis pas encore penché sur l’affaire, c’est que je n’ai pas un avis aussi tranché que d’ordinaire. Je suis partagé, car j’entends comme tout un chacun la propagande officielle : que ce serait les autorités maliennes qui ont demandé l’aide de la France, que les rebelles djihadistes commettent des exactions de nature criminelle atroces, et que leur action néfaste s’étend de plus en plus vers le Sud, créant ainsi dans la zone sahélienne une zone de non droit, face à laquelle il était nécessaire et urgent de réagir. Par ailleurs, il y aurait des intérêts français à défendre car 6000 de nos ressortissants y vivraient… Soit.

 Toutefois, par ailleurs, ce qui me gêne profondément dans cette histoire, c’est que l’action gouvernementale m’apparaît comme un acte d’intrusion discutable dans des questions de politique interne, et qu’ il conviendrait selon moi (et pas seulement) que cette région se donne les moyens et apprenne à se défendre par elle-même contre de telles bandes organisées qui portent atteinte à leur équilibre national. Sans quoi nous risquons bien d ‘apparaître animés par de regrettables relents d’esprit colonial, ce qui serait grandement détestable. La période de la  « France à Fric » a grand besoin d’être dépassée en effet.  N’y a-t-il pas lieu de créer une force d’interposition pan-africaine ? Ou n’existe-t-elle pas déjà ? Voilà qui contribuerait d’avantage selon moi à régler les affaires localement de manière bien plus durable. Ceci d’autant plus que nos forces ne pourront y rester ad vitam æternam… Au risque de créer un autre Afghanistan.

 Enfin, je considère par principe que toute guerre est mauvaise, et qu’elle ne peut s’envisager que par défaut, quant toutes les autres solutions ont été épuisées, ce qui me semble en l’espèce bien loin d’être le cas. Toutes les hypothèses diplomatiques ne me semblent pas avoir été envisagées, ou alors le gouvernement serait bien aimable de nous en faire profiter, puisqu’ il prend de telles décisions qui me semblent si précipitées en notre nom. Et cela sans avoir même pris la peine d’organiser un débat, même bref, au Parlement. De plus,  en quoi la France est-elle plus légitime qu’ un autre pays à intervenir ? D’autres pensent que cette soudaine décision d’aller faire la guerre, alors qu’ on vient à peine de décider de se retirer d’Afghanistan, est un moyen comme un autre d’attirer l’attention ailleurs, et qu’ un Président mal en point dans les sondages d’opinion peut trouver là matière à se refaire une virginité sur le dos des maliens…. Je ne m’engagerai pas dans ce procès d’intention là, car je ne suis pas sensible à cet argument. Je ne pense pas en effet qu’ on fasse une guerre par plaisir,e t Hollande ne s’est jamais manifesté jusqu’ à présent par un esprit particulièrement belliqueux…

 Pour clore ce sujet qui je l’avoue humblement m’embarrasse plutôt, d’où mon silence préalable [et peut-être bien des maladresses et une grande naïveté qui pourrait transparaître de ce billet (mais pouvais-je décemment me taire ?)],  je me dis simplement – mais est-ce entendable ? –  très tristement que pour faire une guerre, on ne se pose jamais la question de savoir si on a de l’argent… Et qu’ il est bien  triste également que la droite comme cette gauche là ne s’entendent si bien que pour de telles affaires : faire la guerre… CQFD.

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