Buen vivir… au travail

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Santé au travail : « nous sommes face à une forme de crime organisé »

Du cynisme des industriels à l’inaction des pouvoirs publics, Annie Thébaud-Mony, directrice de recherches au CNRS, dresse un état des lieux sans concession de la santé au travail…

 Le camarade gauchiste de twitter grâce à qui j’ai pu accèder cet article me faisait remarquer hier que la lutte pour la santé et la sécurité au travail devraient être des priorités dans nos luttes. Il prêche d’autant plus un convaincu que, l’esprit encore frais, enchanté et stimulé par le contenu des assises pour l’écosocialisme de ce week-end, ce thème est à l’exact point de convergence de nos préoccupations environnementales et sociales. Autrement dit, de l’écologie politique appliquée non seulement à la protection de la nature avec un grand N, mais également à l’être humain qui y vit,  et y travaille. Et aussi, parfois, de plus en plus, y souffre…  Que ce soit par sa trop grande exposition à des risques sanitaires, techniques ou environnementaux polluants ou dangereux, ce qui n’est pas nouveau, mais qui se double aujourd’hui des effets plus sournois d’une course au profit sans garde-fous d’aucune sorte, le droit du travail étant de moins en moins respecté, faute de contrôleurs. Et de prise en compte de leurs avertissements. Tout ceci accroît le mal être des salarié(e)s soumis à des pressions hiérarchiques parfois contradictoires, à ce que l’on nomme des injonctions paradoxales, et aux contraintes d’une organisation défaillante et démunie de moyens matériels les plus basiques, aux objectifs causant parfois de graves conflits soit de légitimité entre plusieurs membres d’un même collectif de travail, soit en termes de déontologie professionnelle malmenée par des impératifs économiques qui parfois n’ont rien à faire dans des domaines qui devraient de par leur nature y échapper, comme la santé, l’éducation, la formation, le travail social, l’emploi. En gros, tout ce qui répond à une notion d’utilité collective.

 Aussi souhaitons nous, pour répondre à tous ceux qui oublient ces vérités et ces valeurs fondamentales humanistes,  voir nos modes de production et d’organisation professionnelle  porteuse de dangers pour la santé des salariés changer pour assurer le bien-être non pas exclusivement des actionnaires et des grands argentiers de la planète, mais également de ceux qui contribuent fortement à la production de cette richesse, pour leur épanouissement.

C’est pourquoi j’ai écrit plusieurs billets sur le thème de la souffrance au travail et des risques psychosociaux, dans une phase plutôt critique de mon parcours professionnel, de laquelle je ne suis pas encore franchement sorti, soumis au lot quotidien de bien des contractuels de la fonction publique… Manque de moyens, organisation kafkaïenne mortifère et anxiogène,   exigences managériales autoritaires voir tyranniques  déconnectées de la réalité et des contraintes de chacun, soumis à un volume de travail de plus en plus écrasant… J’en passe et du pire, étant malheureusement tenu au devoir de réserve.

 C’est pourquoi je considère, probablement avec celui qui m’a fait partager cet article, que son titre, qui peut paraître excessif de prime abord, n’est pas si dénué de fondements qu’il ne pourrait le laisser artificiellement paraître.  Il suffit d’aller le lire pour s’assurer de sa crédibilité, de sa profondeur et de son contenu très factuel. On n’y évoque d’ailleurs des risques autrement plus palpables, mais tout aussi sérieux, que j’évoque dans mes billets cités. D’autant plus que celle qui dresse ce constat accablant n’est pas n’importe qui :

 » Sociologue du travail et chercheuse à l’Inserm, Annie Thébaut–Mony se spécialise dans les maladies professionnelles et la sécurité des salariés dès le début de sa carrière. Trente ans plus tard, elle continue à dénoncer, en bloc, les effets de l’amiante et de la radioactivité, l’inertie des pouvoirs publics et l’impunité des industriels dans un engagement sans faille qui, le 31 juillet dernier, la poussera même à refuser la Légion d’honneur.

Directrice du Giscop (Groupement d’intérêt scientifique sur les cancers d’origine professionnelle), responsable d’un programme d’études comparées en santé du travail et membre de l’IRI (Institut de recherches interdisciplinaires sur les enjeux sociaux) elle est, en outre, présidente de l’association Henri Pézerat sur les liens entre santé, travail et environnement, porte-parole de BAN Asbestos France, un réseau international de lutte contre l’utilisation de l’amiante et auteure de plusieurs ouvrages sur la santé au travail dont L’Industrie nucléaire, sous-traitance et servitude paru en 2000 et, 7 ans plus tard, Travailler peut nuire gravement à la santé. »

Aussi, bonne lecture. Puis action et… pour ceux et celles qui en ont les moyens, réaction !

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