#DNTE : encore un débat bidon, ou une véritable concertation ?

Le débat national sur la transition énergétique (DNTE), qui doit durer plusieurs mois, et aboutir à une loi de programmation en juillet 2013, a démarré officiellement aujourd’hui à Paris, au Ministère de l’Ecologie et de l’Energie.

Son objectif est d’associer l’ensemble des composantes de la société française, du niveau national jusqu’aux régions,  à une réflexion sur les besoins du pays à l’horizon 2025. Il s’agit pour la France de respecter ses engagements européens de réduction de gaz à effet de serre en faisant évoluer la production et l’utilisation de l’électricité dans ce délai. L’un des arguments avancé est le poids de la facture énergétique de notre pays : 61 milliards en 2011.

Dans ce but, il s’agit d’intégrer les promesses de campagne de François Hollande et notamment : la réduction  de la part du nucléaire dans la production électrique de 75 à 50% d’ici 2025, la fermeture de la centrale de Fessenheim d’ici fin 2016 (vis-à-vis de laquelle certains ont de sérieux doutes), le développement des énergies renouvelables et toutes les autres sources d’énergie potentielles permettant de faire des économies substantielles.

 D’emblée la composition du Conseil national du DNTE pose problème : peut-on en effet être juge et partie ? N’y a-t-il pas risque visible de conflits d’intérêts ? Le cas d’Anne Lauvergeon, l’ex-présidente d’Areva, ou de Pascal Colombani, ancien dirigeant du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), qui a décidé de quitter ce comité la semaine dernière, ont fait l’objet de vives contestations. Le SER (syndicat des énergies renouvelables) se demande pourquoi dans ce cas  il ne fait pas partie du conseil national du  DNTE. Il représente pourtant 480 entreprises (éolien, solaire, biomasse, biocarburants, géothermie…) et revendique 80.000 emplois. Il n’aurait pas été retenu car il ne fait pas partie des « partenaires institutionnels identifiés comme représentatifs par la loi ». C’est vrai qu’il ne pèse pas bien lourd en termes de poids politique et économique à côté des lobbies nucléaires… auxquels il ne nous est pas apparu que le Président actuel ait sérieusement l’envie de s’opposer, tant sa sensibilité aux questions environnementales apparaît bien peu développée… Comme on peut le constater à la faveur de Notre Dame des Landes et de bien d’autres dossiers.

 Pourtant, quand on se dit socialiste, face à l’augmentation considérable du prix de l’électricité, dont on nous disait il y encore quelques années qu’elle était « la moins chère du monde », on devrait ce me semble être sensible à l’ argument suivant : « 4 millions de personnes sont en situation de précarité énergétique en France. Cela devient explosif. Nous rencontrons sans arrêt des personnes qui ne chauffent plus qu’une pièce ou mettent des pulls », raconte Thierry Saniez, délégué général de l’association de consommateurs CLCV.

Le directeur de Greenpeace France, Jean-François Julliard, qui avec les amis de la terre boycottent ce débat, ne fait pas que partager mon scepticisme : il dit  « n’avoir  plus aucune confiance dans l’ambition écologique de ce gouvernement », comme il l’a déclaré à l’AFP, en évoquant lui aussi le dossier de Notre-Dame-des-Landes.

Voici le texte intégral du communiqué de Greenpeace à ce sujet :

Débat sur l’énergie : un écran de fumée pour occulter la politique du fait accompli

 Aujourd’hui s’ouvre le « grand débat sur l’énergie » promis par François Hollande. Le Réseau « Sortir du nucléaire », invité en dernière minute à participer, a décliné la proposition et rappelle ses doutes très importants sur un processus qui semble uniquement destiné à entériner la politique gouvernementale.

Un processus-caution pour des décisions déjà prises

Contacté en dernière minute, sans doute pour occuper les chaises laissées vides par le départ de Greenpeace et des Amis de la Terre, le Réseau « Sortir du nucléaire » a refusé de servir de caution à un processus opaque, qui a tout d’une usine à gaz aux règles du jeu insondables. On est très loin d’un vrai débat démocratique et transparent sur l’énergie tel que les choix énergétiques le mériteraient.

Depuis plusieurs mois, le Réseau « Sortir du nucléaire » a exprimé ses doutes sur ce processus. Quel sens a ce « débat » si les décisions engageantes pour l’avenir énergétique sont adoptées ailleurs ? En six mois, le gouvernement a ainsi, sans concertation, appelé à accélérer les travaux de la mine d’uranium d’Imouraren au Niger ; soutenu fortement le projet de réacteur « de 4ème génération » Astrid ; réaffirmé le choix de la production et de l’utilisation de combustible MOX ; confirmé l’exportation de la technologie nucléaire ; signé le décret de création d’ITER…

Quel sens a ce débat si plusieurs membres du gouvernement ont une opinion tranchée sur le nucléaire, « énergie d’avenir » dont la France aurait « durablement besoin » ? Si Anne Lauvergeon, personnification même de l’industrie nucléaire, siège au comité de pilotage du débat ?

Réduction de la part du nucléaire : l’impossible équation

Le débat est censé étudier, entre autres, la « réduction de la part du nucléaire dans le mix électrique ». De quelle réduction peut-on parler si l’EPR de Flamanville doit être mis en service, et que même la fermeture de Fessenheim en 2016 ne peut être tenue pour acquise, le gouvernement n’ayant apporté aucun démenti aux voix qui remettaient en question l’arrêt de la centrale ?

Y a-t-il une vraie volonté du gouvernement de réaliser cette réduction, Arnaud Montebourg ayant déclaré « irréaliste de vouloir diminuer le nucléaire et le pétrole, tout en trouvant de l’argent pour financer les renouvelables » ?

Tout laisse à penser que ce débat est surtout destiné à entériner la protection de l’industrie nucléaire et à couper court aux projets de fermeture de centrales. On est bien loin d’une véritable « transition énerg’éthique » qui passerait par une réelle remise en question de notre production et de notre consommation d’énergie !

Il ne peut y avoir de débat sans respect de la société civile

Enfin, peut-il y avoir un vrai débat si la société civile n’est pas respectée ? À ce jour, Delphine Batho n’a apporté aucune réponse aux sollicitations des associations sur la fermeture de Fessenheim, y compris à la lettre ouverte que nous lui avons envoyé le 22 novembre. Surtout, comment peut-il y avoir un débat serein alors que les opposants aux grands projets imposés ne récoltent que la répression policière ?

Pour le Réseau « Sortir du nucléaire », ce n’est pas ce simulacre de démocratie qui permettra d’engager enfin la transition indispensable vers des énergies propres, sûres et créatrices d’emplois. Pour permettre aux citoyens de reprendre en main leur avenir, le Réseau « Sortir du nucléaire » donne rendez-vous le samedi 9 mars 2013 à Paris, pour une grande chaîne humaine qui encerclera les lieux de pouvoir.

 Complément de lecture : Ils en pensent quoi ?

Dossier : Débat national sur la transition énergétique

Un document de référence : le manifeste negawattt

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