Le gaz des villes et le gaz des chants

Errant comme une âme un blogueur en peine dans le dédale des constellations internetiques (je ne vais quand même pas m’égarer à évoquer même en regard critique  le discours  de l’homme blanc…), je suis tombé sur ce truc : le débat Yahoo du 9 octobre 2012. En voilà un sujet de débat qu’il est bon ! Dommage qu’il soit si outrancièrement posé (Les villes ont-elles raison de faire la guerre à la bagnole ?),  et que ce soit Hondelatte qui s’y colle, en la charmante¹ compagnie de la (détestable réactionnaire) Babette Lévy. ça gâche tout. Bon, on va tâcher de réparer cela.  Vous me direz à la fin si j’y ai, au moins en partie, réussi, ça fait toujours plaisir. Heureusement qu’il y avait Clémentine Autain ! Sauf que :  débattre en 5 minutes chrono d’un sujet aussi complexe relève d’un pari médiatique osé. Ou idiot ?  C’est cela, la nouvelle pensée jetable de notre société de consommation de l’information à la petite semaine… Relevons le niveau. Je me suis donc commis dans les commentaires déliquescents qui suivaient ce bijou d’inutilité intellectuelle. Il est bien difficile d’écarter les scories dans la masse de ces commentaires (1153… 4…5 !) – la plupart tous plus superflus les uns que les autres – sans que que quelques brimborions antisémites ou islamophobes (mais que fait la police !) tout aussi grossiers sur un autre registre viennent en contrarier le processus de filtrage et salir ma conscience… Mais passons sur mes états d’âme, là n’est pas le propos. Résultat après mise au rebut de tout ce qui n’a pas de rapport avec le sujet :

zaza50
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zaza50  •  il y a 2 jours 0 heure Signaler un abus

Virer les voitures des centres villes donne des effets négatifs comme :
– mort du petit commerce (adieu boulanger, boucher, etc)
– amplification des difficultés d’accès pour les vieux et les handicapés
– invasion de « routards » avec chiens agressifs
– multiplication des centres hypers en périphérie
Que du bonheur, non ?

Je vais donc répondre de manière personnalisée  à zaza qui a eu le mérite de synthétiser en si peu d’espace une grande partie des arguments des défenseurs de la bagnole en ville, que je considère comme de gros réacs dont les idées sur le sujet en disent long sur les autres… Ainsi, pour abonder dans ce sens, la présence de l’élément invasion de « routards » avec chiens agressifs dont je ne comprends pas le lien avec le sujet qui nous préoccupe ici. Sinon à considérer que les crève la faim sont des êtres nuisibles qui doivent être bannis des centre-ville, comme le considèrent certains (et même des élus dits « de gauche », la honte !), et que ces indésirables individus seraient apportés là, dans ces centres sacralisés, par ces inconscients qui veulent les rendre piétonniers. Le raisonnement se tient : dans le genre, tiens, voilà du boudin ! Quant à la qualité de l’argumentation, passons…

Une fois l’intrus éliminé, examinons plus sérieusement à présent les autres points, comme le premier, un classique : la mort du petit commerce. Il sera donc agréable (ou pas, mais on s’en fiche) à zaza, qui pourra ainsi épater ses convives lors du repas dominical qui s ‘approche à grands pas  (faut que m’active – vais être en retard !)   d’apprendre que le laboratoire d’économie appliquée de l’Université de Genève a scientifiquement étudié la question. Ses conclusions sont de nature à infirmer les propos ressemblant à s’y méprendre à un préjugé fortement répandu. Il m’appartient donc d’en faire profiter pleinement la galerie gauchiste. L’une des conclusions de cette étude relève que les commerces non adaptés à la piétonnisation disparaissent, mais que  d’autres se créent et/ou s’installent, ce qui pourrait ressembler à une lapalissade ( Mr de la Palice, désolé… vous n’y êtes pour rien). Ces commerces dits adaptés sont ceux qui vendent des produits et objets peu volumineux. On peut donc dire que l’affirmation selon laquelle la suppression de la voiture entraîne la mort du petit commerce est en partie fausse. Cependant, comme la réalité est souvent plus nuancée que le préjugé contre lequel il convient de lutter, comme l’étude évoque là le cas des commerces non-alimentaires, qu’en est-il du petit boucher ou boulanger de zaza ? Là encore, c’est faux :

Le cas du commerce alimentaire est ici tout à fait symptomatique. Son poids est faible au centre-ville, tant au
niveau du nombre d’établissements qu’à celui du nombre de personnes occupées. Les enquêtes confirment
sa faible importance: seuls 15% des Genevois y effectuent habituellement leurs achats alimentaires
principaux. Elles montrent également que sa clientèle se compose principalement d’habitants du quartier qui
privilégient la proximité du domicile dans le choix de leur lieu d’achat et de visiteurs y effectuant leurs achats
d’appoint et spécialisés. Cette clientèle ne diminuera pas suite à l’extension de la zone piétonne; elle aurait
même tendance à croître.

En outre, cette conclusion insiste également sur le fait qu’il serait quelque peu idiot de sous estimer les capacités d’adaptation et de créativité des petits commerçants, ce qui m’est effectivement plus agréable que de considérer que le petit commerçant est un con qui va se laisser stupidement achever par la civilisation non bagnolesque… Si tant est qu’il en ait les moyens financiers, c’est là où le bât peut éventuellement blesser.

Passons au point suivant qui m’est cher, étant donné mon occupation et mes motivations professionnelles : les difficultés d’accès pour les personnes âgées et les handicapés. Lors de mon passage dans des villes un peu plus évoluées sur ce point que ne le sont les grandes villes de l’est de la France que je connais (hormis, voire même, dans le détail, en creusant, dans certains quartiers, Strasbourg), en Belgique par exemple, ou au Luxembourg, j’ai pu constater à quel point le fait de piétonniser certains centre-ville permettait d’en profiter pour y aménager davantage que ce n’est le cas d’ordinaire des dispositifs permettant l’accès plus aisé des personnes âgées ou/et des handicapés, qui sont parfois les deux. Ainsi, il est possible de mettre en place comme c’est déjà le cas ici et là des bornes rétractables par télécommandes dont les gens concernés par ce problème pourraient disposer. De plus, sans même parler de l’incivilité notoire de ceux qui se garent sur les places pour handicapés alors qu’ils ne le sont pas parce qu’ils n’en ont rien à foutre des autres,   je ne suis pas certain que les centre-ville engorgés de voitures permettent vraiment un accès facilité auxdites personnes à mobilité réduite ou à grande fatigabilité. Passer une heure dans un embouteillage n’est agréable pour personne. Sans parler non plus des dangers que la circulation automobile fait courir à tous, par delà la dimension écologique évoquée si souvent sur le sujet. Oui, la bagnole, ça pue, surtout quand on est un enfant, un vieillard, une femme enceinte… ou une personne handicapée. Ou pas. La pollution, on en meurt, zaza…

Enfin, je terminerai par un argument rarement évoqué : le plaisir de la promenade en ville, et la dimension esthétique. J’habitais il y a quelques mois dans une ville qui avait la chance de posséder un centre ancien que lui envieraient bien d’autres communes au passé historique moins prestigieux. La ville étant plane,  et son centre  peu étendu, le fait d’y circuler à vélo ou à pieds  n’est donc pas problématique en soi , loin de là. Sa piétonnisation coulait donc de source. Or, sous l’emprise d’un lobby commerçant d’autant plus puissant que la ville est exsangue, économiquement faible, lors du changement de municipalité (un UMP de la pire espèce, ça aide pas) que croyait vous qu’il arrivât ? Là où la plupart des villes modernes excluent, à mes yeux à juste titre, les voitures de leur  centre-ville par réaction de salubrité publique et parfois même simplement de survie,  tant l’air y est pollué,  cette équipe municipale là n’a pas trouvé plus pressé que d’augmenter illico presto par la magie du pinceau bleu des places de stationnement à gogo, alors qu’il est déjà si difficile de circuler dans le centre historique, et alors même que cela le gâchent ?  Comme il aurait été plus agréable aux habitants et aux (rares) touristes (leur nombre par là même aurait pu croître, tant la richesse du patrimoine architectural est conséquente, par delà le fameux château) de garer leur voiture à (seulement) une centaine de mètres (des possibilités techniques et d’espace disponible existent)  et de déambuler tranquillement dans les ruelles pavées… sauf de bonnes intentions.

Un autre monde que celui-ci, dont l’univers concentrationnaire est un peu trop souvent envahi, voir obstrué par la bagnole,  est certainement possible. A nous, ensemble, de le créer, que l’on soit piéton, à rollers, à vélo, à cheval, en moto ou en voiture, pour le plaisir et la nécessité de tous.

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