la campagne 2007 de Sarkozy a bien été financée par Kadhafi

Des journaux vraiment de gauche, et néanmoins d’investigation, il y en a encore, je l’ai déjà dit et écrit ici, bien qu’en nombre insuffisant. Cependant aujourd’hui, Médiapart  a fait fort : il exhume, en accès libre de surcroit, une pièce de choix dans le dossier du financement de la campagne de Sarkozy en 2007 :

Traduction :

Jamahirya arabe libyenne populaire glorieuse

« Pas de démocratie sans conférence populaire »

Date : 10. 12. 2006

Correspondant à : 10. 12. 1375

N° 1917 68 P

Service de la sécurité extérieure

Frère / Président du Fonds libyen des investissements africains

Que la paix soit sur vous…

En référence aux instructions émises par le bureau de liaison du comité populaire général concernant l’approbation d’appuyer la campagne électorale du candidat aux élections présidentielles, Monsieur /Nicolas Sarkozy, pour un montant d’une valeur de cinquante millions d’euros.

Nous vous confirmons l’accord de principe quant au sujet cité ci-dessus, et ce après avoir pris connaissance du procès-verbal de la réunion tenue le 6. 10. 2006, à laquelle ont participé de notre côté le directeur des services de renseignements libyens, et le président du Fonds libyen des investissements africains, et du côté français, Monsieur /Brice Hortefeux, et Monsieur /Ziad Takieddine, et au cours de laquelle un accord a été conclu pour déterminer le montant et le mode de paiement.

Que la paix soit sur vous et la miséricorde de Dieu et ses bénédictions…

Moussa Imuhamad  Koussa

Chef du service

de la sécurité extérieure

Dès 2006, le régime libyen avait choisi « d’appuyer la campagne électorale» de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2007, et ce pour un « montant de cinquante millions d’euros » : c’est ce qu’indique en toutes lettres cette note datée du 10 décembre 2006, signée par Moussa Koussa, l’ancien chef des services de renseignements extérieurs de la Libye.

Le dossier complet de Médiapart, en accès libre, est ici. Bon boulot. Bravo.

7 réflexions sur “la campagne 2007 de Sarkozy a bien été financée par Kadhafi

  1. bonjour,

    article de médiapart quant aux déclarations de la droite :

    Nicolas Sarkozy qualifie de « diversion » les informations de Mediapart
    29 avril 2012 | Par La rédaction de Mediapart

    Les éléments de langage sont calés : « diversion », « Mediapart = officine de gauche», « infamie ». C’est ainsi que Nicolas Sarkozy a choisi de répliquer aux informations de Mediapart selon lesquelles le dictateur libyen Mouammar Kadhafi voulait financer à hauteur de 50 millions d’euros sa campagne présidentielle de 2007.

    Dans Le Parisien, le président de la République ne commente pas la note signée par Moussa Imuhamad Koussa, chef de service de la sécurité extérieure de Mouammar Kadhafi, issue des archives des services décrets du pays, que nous publions : « Vous voyez bien que c’est une tentative pour faire diversion après le retour en scène de M. Strauss-Kahn, qui est tout sauf à l’avantage des socialistes » (le quotidien britannique The Guardian a rapporté samedi des propos de l’ancien directeur du FMI accusant le camp de Nicolas Sarkozy d’avoir orchestré les suites de l’affaire Nafissatou Diallo). « Les socialistes n’ont guère envie qu’on rappelle qu’ils avaient l’intention d’en faire le prochain président de la République française. »

    Dimanche 29 avril, sur le plateau de Canal +face à Anne-Sophie Lapix, il a poursuivi son entreprise de décrédibilisation de nos informations: «Madame c’est une infamie, c’est une infamie Madame, une infamie ! Quand je pense qu’il y a des journalistes qui osent donner du crédit au fils Khadafi, aux services secrets de Monsieur Kadhafi ! (…) C’est un montage, c’est une infamie, c’est un montage !» Relancé par la journaliste le président a poursuivi: «50 millions? pourquoi pas 100 ? Pour une campagne qui en vaut 20 ! Il faut se mettre d’accord : ma campagne a été financée par la vente de sous-marins pakistanais, par Kadhafi ou par Madame Bettencourt? (…) D’abord Mediapart est coutumier du mensonge et deuxièmment vous accordez du crédit à l’entourage de Monsieur Kadhafi ? (…) Mediapart vous les savez très bien, c’est une officine au service de qui ? De la gauche.»

    Faut-il rappeler ici que Mediapart est un journal réalisé par des journalistes professionnels? Et que ses actionnaires majoritaires sont ses journalistes fondateurs qui l’ont financé sur leurs économies? Qu’ils n’ont de liens ni de près ni de loin (autres que professionnels) avec l’équipe de François Hollande?

    Cela n’a pas empêché dimanche matin le Premier ministre François Fillon de qualifier lui aussi Mediapart d’« officine financée par de riches amis » de François Hollande. Invité du “Grand Rendez-vous Europe1/ i-Télé/Le Parisien-Aujourd’hui en France”, le Premier ministre a parlé d’« un document faux, en tout cas impossible à authentifier ». Puis il a ironisé sur ce document émanant d’un « proche d’un dictateur (Mouammar Kadhafi) que la France a largement contribué à faire tomber et qui indique que 50 millions d’euros auraient été versés pour une campagne qui en a coûté 20 et dont les comptes ont été validés ». François Fillon a ajouté : « On est dans la calomnie, les responsables de tous les camps s’honoreraient à dénoncer ces pratiques. »

    Samedi, la porte-parole de campagne de Nicolas Sarkozy, Nathalie Kosciusko-Morizet, avait parlé de « diversion grossière », imputée à « l’équipe de François Hollande ».

    Dimanche après-midi, en prélude d’un meeting organisé à Marcq-en-Baroeul (Nord), Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP, en a rajouté une couche : « Nous allons gagner pour une raison simple : lorsque l’on voit (le) délire sur des pseudo-affaires qui n’en sont pas, on mesure à quel point la petite coalition parisienne s’est organisée pour absolument raconter n’importe quoi aux Français et discréditer notre candidat. »

    Jean-François Copé s’est dit exaspéré par les médias « qui reprennent sans regarder Mediapart » et prennent « pour argent comptant une opération menée non par un confrère mais un site dont chacun connaît la sensibilité extrémiste, totalement dédié à la destruction par tous les moyens, y compris les plus agressifs, du président de la République, pour s’apercevoir qu’en réalité il n’y a rien derrière ».

    Cette façon de s’en prendre au messager et ces “non-réponses” surviennent après les demandes d’éclaircissement formulées notamment par le Parti socialiste. Après la publication de notre article, Bernard Cazeneuve, un des porte-parole de François Hollande, a en effet immédiatement réagi via un communiqué : « A plusieurs reprises au cours des dernières semaines, des informations précises ont été communiquées par voie de presse, relatives aux relations qu’aurait pu entretenir la France avec le régime du colonel Mouammar Kadhafi au cours des dernières années », écrit-il. Bernard Cazeneuve estime que « face à des éléments aussi graves, étayés par des documents nouveaux émanant de l’entourage du dictateur libyen lui-même, Nicolas Sarkozy doit s’expliquer devant les Français ».

    « Si les faits révélés par Mediapart étaient définitivement confirmés par d’autres documents ou les instructions judiciaires en cours, il serait alors établi que le président sortant a menti aux Français, pour dissimuler la réalité d’une très grave affaire d’Etat. »

    Egalement porte-parole de François Hollande, Delphine Batho a réagi tout aussi vivement estimant que ces nouvelles révélations « imposent l’ouverture d’une information judiciaire et la désignation d’un juge indépendant ». Pour Delphine Batho, « le chef de l’Etat encore en exercice ne saurait être plus longtemps mis en cause sans que cela entraîne la moindre réaction ».

    « Cette affaire est gravissime. Il faut maintenant que la justice fasse son travail au plus vite, estime le porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon. Petit à petit, nous sommes en train de voir apparaître le scénario de la conquête du pouvoir par Nicolas Sarkozy. Cela nous permet de mieux comprendre certains choix politiques fait pendant cinq ans, en particulier le projet de vendre du nucléaire civil à Kadhafi. Si ces informations sont confirmées, cela signifie tout simplement que M. Sarkozy s’est mis lui-même dans les mains de M. Kadhafi. L’hypothèse est de plus en plus probable d’un système de corruption sans équivalent. » Avant de conclure : « Il n’y a aucune raison de douter de l’authenticité de ce document publié par Mediapart : le fait que Ziad Takkiedine, qui est une des pièces maîtresses de cette affaire, juge lui-même ce document crédible, donne de la consistance à ces informations. »

    Son homologue du PCF, Olivier Dartigolles, y voit un « Watergate français » : « Nicolas Sarkozy au lieu de crier à « l’infamie » et d’accuser la gauche de complot doit s’expliquer au plus vite sur cette affaire et notamment sur l’épisode de la régularisation du dirigeant libyen. Face à ce qui s’apparente désormais à un véritable Watergate français, toute la lumière doit être faite au plus vite pour que les Français sachent vraiment à qui ils ont affaire pour le second tour de l’élection présidentielle de dimanche prochain. »

    De son côté, Bachir Saleh, ex-directeur de cabinet de Kadhafi et ex-président du Fonds libyen des investissements africains, destinataire de la note publiée par Mediapart, a démenti dimanche par l’intermédiaire de son avocat Pierre Haïk « avoir été jamais destinataire d’un tel document ». Il « émet les plus expresses réserves sur l’authenticité de la note publiée par Mediapart ».

    Bachir Saleh est aujourd’hui mystérieusement protégé par les autorités françaises, ainsi que l’a révélé Le Canard enchaîné. L’hebdomadaire avait expliqué début avril que, bien que recherché par Interpol, il a obtenu un titre de séjour en France « au nom du regroupement familial ». « Etrange et significative entorse à la politique de Nicolas Sarkozy sur l’immigration que voilà !» s’amuse Olivier Dartigolles. Claude Guéant a visiblement préféré lui offrir un titre de séjour et une protection policière plutôt que l’arrêter.

    Quoi qu’il en soit, le démenti tardif de Bachir Saleh est contredit par l’ensemble de nos révélations et par Ziad Takieddine, qui fut l’intermédiaire de ces relations occultes franco-libyennes et qui, cité dans le document révélé, en confirme l’authenticité.

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