Ami, entends-tu, en Europe, tous ces peuples qui grondent…

Certains déplorent à juste titre que les élections présidentielles puissent prendre tant de place au détriment du reste. En effet, il se passe des choses au moins tout aussi importantes, dans le monde. Ainsi, ces deux nouvelles, pas vraiment  passées sous silence mais auxquelles les médias français n’accordent pas forcément la place qu’elle méritent. Toutes deux illustrent la colère des peuples, et le refus d’une politique austéritaire qui détruit un à un nos droits les plus élémentaires,  contribuant chacun pour leur part à celui de vivre dignement.

Je veux parler ici de deux manifestations d’ampleur, l’une à Prague, l’autre à Barcelone.

La manifestation espagnole avait pour objet de protester contre les coupes sombres dans l’enseignement, particulièrement public. Un manifeste commun, élaboré à la fois par les associations de parents d’élèves, les syndicats et les les associations d’éducation populaire, nous en dit l’essentiel : « L’Education est le meilleur outil pour dépasser la crise économique et sociale, et l’éducation publique est la seule qui peut garantir la cohésion sociale« . Cette lucidité là populaire, à placer à mon avis au dessus d’un prétendu pragmatisme qui ne considère que la dimension matérielle, financière, et non humaine des situations est à mon sens fondamentale.

Les manifestants tchèques ont quant à eux dénoncé les mesures d’austérité prises par le gouvernement Necas : une hausse de la TVA et son impact sur les prix, le ralentissement de la revalorisation des retraites et les coupes budgétaires dans le secteur public. La réforme du système de la santé est également en cause. L’incompréhension face à une austérité non négociée et imposée dont les ressorts sont avant tout liés à l’incompétence de leurs dirigeants est là aussi en cause.

J’ai choisi ces deux informations pour dire tout simplement que choisir demain un gouvernement de centre gauche ne changera pas grand chose au déroulement d’un processus mortifère qu’il convient de combattre coûte que coûte. Trop peu de gens ont conscience de la nature du monstre que nous avons à combattre, même si un certain nombre de documentaires commencent à paraître, qui nous ouvrent les yeux, ils ne touchent pas forcément le commun des mortels. Et les troupes les plus nombreuses qu’il nous reste à convaincre, et qui doivent bouger, ce sont celles là. Et je ne suis pas certain qu’elles ont accès ou regardent nos blogs, lisent nos journaux et regardent nos documentaires, aussi intéressants soient-ils. Il ne s’agit pas là de mépriser ceux que je considère comme mes semblables, mais d’être lucide, et de considérer tout simplement que beaucoup de gens ne sont pas dans une logique de recherche d ‘information aussi poussée que la nôtre. Notamment parce qu’ils doivent se préoccuper de leur survie, au quotidien, des tâches ménagères et familiales qui leurs prennent tant de temps. De leurs difficultés sociales qui s’intensifient avec le poids de la crise. De la recherche d(‘un emploi qui se fait de plus en plus rare… ET parce que, on ne le dira ni ne le saura jamais assez, on considère généralement qu’une personne sur 10 est illettrée. Et ça, c’est un handicap réel. D’où l’intérêt du retour des meetings, des manifestations, des rendez-vous populaires qui permettent d’échanger des informations. D’où l’importance de la pluralité des médias, qui ont un fort rôle à jouer comme on l’a vu dernièrement, tant leur influence est certaine. Et donc leur responsabilité, écrasante. Tout ce qui peut contribuer au retour en masse de l’éducation populaire est à mon sens à privilégier dans les années à venir. J’en connais un qui l’a bien compris, lui qui pratique cela à chaque fois qu’il le peut… je dis ça, je dis rien… Pas de prosélytisme ici, n’est-ce pas, la loi nous l’ interdit !

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