Pour en finir avec Barbier

« Savez-vous planter des cons, à la mode, à la mode, savez-vous planter des cons, à la mode de Mélenchon… »

 Dans un article plus revanchard et suintant l’aigreur que véritablement argumenté, le directeur de la rédaction de L’Express tient à dire tout le mal qu’il pense du candidat du Front de Gauche. Ce papier, sobrement intitulé Pour en finir avec Mélenchon, commence fort, dans un style hautement pétri d’élégance, dont on sent la verve printanière et l’huile essentielle à toute déontologie journalistique : celle de l’investigation, si nécessaire quand on se prétend journaliste, surtout en politique. On sent en effet qu’il connaît son sujet et qu’il a du potasser dur, voire même rencontrer des dizaines de militants pour se faire une opinion, et de telles certitudes. Peut-être même a-t-il poussé l’audace jusqu’à lire notre programme, voire le comparer avec d’autres, pour balancer de telles vérités supérieures, si terriblement étayées ? Jugez plutôt :

 « Verbe haut et idées courtes, mi-tribun, mi-guignol, le candidat du front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, monte dans les sondages. 

 Dans les salons bourgeois comme dans les cours d’usines – et d’ailleurs plus dans les salons que dans les usines -, la mode est au mélenchonisme. Sarkozy fatigue par son trop-plein et Hollande ennuie par son trop-vide, Le Pen demeure infréquentable sous le vernis du prénom, et la campagne de Bayrou ressemble à la tournée d’adieux d’un chanteur familier: le neuf, c’est Mélenchon ! Le printemps approche, la couleur de saison est le rouge, les idées se portent courtes et le verbe haut, voici le temps du nouveau Che. »

Rassurez-vous, je vous ferai grâce de la totalité de son caca nerveux. Vous savez lire aussi bien que moi. Ce court extrait était simplement destiné à vous donner une idée de la consistance de la bouse. Et je n’ai en outre pas de temps à perdre avec de pareilles lopettes qui ne se sentent fortes que par l’argent dont elles disposent et du pouvoir médiatique qu’elle s’attribuent si volontiers, dans une société à dominante oligarchique qui lui sied à ravir, tout comme son écharpe rouge terriblement usurpée… Étant donné la verdeur de son anti-communisme primaire, cela me fait d’ailleurs dire qu’il y a probablement quelque chose à analyser de ce côté là… Peut-être son rapport à la figure paternelle, pas encore tout à fait élucidé ? Probable qu’il est du genre de ces enfants gâtés qui ne supportent pas la frustration qu’il y a de devoir subir la brimade d’un père qui lui fait soudain fermement savoir, contre totue attente, qu’il a autre chose de plus urgent à faire que de subir ses petits caprices personnels : une campagne à mener et des gens à convaincre, pour laquelle il n’est compte-tenu de son esprit si partisan et ses hautes qualités d’analyse telles qu’exprimées ici plus haut, strictement d’aucune utilité, tout comme Quatremer d’ailleurs, ces chiens de garde du libéralisme (autrefois) triomphant.

je ne me serais même pas arrêté à cette daube pleine de bile si je ne m’étais senti visé à travers Mélenchon qui, Monsieur le journaleux l’oublie un peu trop, représente et porte l’espoir de millions d’entre nous, là où cet insignifiant petit personnage qui se donne une importance qu’il n’a pas, représente si peu de choses, sinon lui-même. Il est le prototype même de ces nouveaux chiens de garde dénoncés dans le documentaire du même nom qui a tant fait parler de lui d’où l’illsutraiton de ce billet : il est en effet souvent invité dans l’émission C dans l’air sur France 5, et en 2010, il représentait à lui seul 4 % des invitations à l’émission…

Le barbier si servile envers tous les pouvoirs depuis sa plus tendre enfance évoque en effet avec une telle emphase et un tel sens de l’à-propos, au sujet du candidat du front de Gauche, « son idéologie trotsko-marxo-protecto-nationaliste », alors que je m’en sens si proche, que je ne pouvais faire autrement que de réagir, au nom de tous les nôtres, qui n’ont pas forcément ma facilité de rédaction, et se sentent devant ça profondément insultés. Et de cela, je me sens comptable. C’est pourquoi il me tient à cœur de faire savoir à ce Monsieur bien propre sur lui mais si minable à l’intérieur, tout ce que je pense de sa diatribe, même s’il ne me lira sans doute jamais. ça fera peut-être du bien à d’autres de le voir ici écrit : je ne me sens ni nationaliste (beurk ! Mais où a-t-il été pêché ça ? Encore cette accusation si commode, et à la mode, de populisme, et de nous mettre dans le même sac que les Le Pen ? Contre lesquels nous luttons pourtant si ardemment !), ni trotskiste (encore que…), et pas du tout marxiste : je n’y comprends rien, et le peu que j’en perçois me laisse à penser que l’idéologie et l’analyse sont hautement périmés, voire totalement dépassés par la complexité  de notre époque, dans laquelle figure d’autres ingrédients non pris en compte par ce cher Karl. Dont l’explosion de la notion de classe, les cadres subissant de plein fouet les mêmes travers de l’organisation du travail déshumanisé parce que soumise au culte de l’argent-roi, évoqués aujourd’hui dans un précédent billet, que les autres salariés. Sur le protectionnisme, si légèrement évoqué d’un retour de manche par ce si petit homme,  que ne tacle-t-il pas plus volontiers Montebourg, ou même Bayrou et son « achetez français ! » qui s’en revendique aussi à présent, ou même son « propre » candidat privilégié, qui utilise tout autant le même hochet politique depuis que c’est devenu à la mode ?

Quant à la prime à la méchanceté, oser se prévaloir de cet argument à deux balles quand on pond soi-même un papier si plein de piques et de vacheries à ras des pâquerettes, il ne faut vraiment avoir honte de rien ! Fallait oser. Mais le dicton est à rpésent connu : les imbéciles ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnait :

« Mélenchon est, posé au sommet du débat public, ce que la petite soupape chuintante est sur le couvercle de la Cocotte-Minute: son bruit rassure et amuse, mais il peut aussi annoncer l’explosion… »

Tu ne sais pas à quel point tu as vu juste, mon petit gars, dans ta métaphore ménagère, toi qui ne t’abaisse certainement nullement à faire toi même ta tambouille : cette Cocotte-Minute te pétera à la gueule, à la tienne et à celle de tous ces chantres mous du système économico-médiatique pétris de libéralisme carnassier qui nous bassinent depuis des lustres qu’aucun autre monde que le leur n’est possible et souhaitable. Et si tu cries si fort, c’est comme le porc qu’on risque d’égorger tant tu sens bien  que tes propres intérêts sont en danger.

Tu as tout à fait raison d’avoir peur… Dimanche, le peuple sera devant ta porte ! Une armée de 900 bénévoles s’activent déjà pour l’événement… Face à de tels cloportes que ce patron de presse propagandiste de droite, qui semble mépriser les trois quarts de l’humanité à part sa seule petite personne, il est en effet effectivement temps de reprendre la Bastille !

NB. :  j’étais en train de me dire en mon for intérieur, après avoir terminé ce billet, que peut-être le rapport si ambigu de Mélenchon aux médias devait avoir pâti du comportement de tels êtres,  hypocrites et retors… qui oseront dire ensuite, après avoir craché leur mépris à la gueule de tous ceux qui ne leur ressemblent pas, qu’ils sont particulièrement méchants avec les journalistes ! La cohérence intellectuelle ne les étouffe en effet pas vraiment, ces gens là. Seul compte l’argent. Et le pouvoir. Et la totale certitude d’avoir toujours raison… Le genre d’individus insupportables que j’évite.

. PS. A lire aussi : ce billet sur Barbier de servile chez le collègue d’ Intox2007

et celui-ci, chez Politiko :  Pourquoi l’aristocratie médiatique s’en prend-elle au candidat #Mélenchon ?