Justice pour Philippe Pichon ! L’exception citoyenne

 

j’en avais déja parlé ici, mais la question n’est toujours pas résolue. Aussi, je vous propose donc une mise à jour plus conséquente des pièces à joindre au dossier, qui commence à devenir bien lourd pour une hiérarchie policière visiblement fort dépourvue d’Anticor…  Au moment où, ironie noire d’une histoire sans précédent, un procureur est mis en examen !…  et où  tant d’affaires économico-politico-médiatiques éclatent, qui entachent notre République, et ne sont certainement pas pour rien dans la montée de l’extrême droite en France…. Lutter contre, c’est donc faire oeuvre de salubrité publique, quelle que soit son appartenance politique. L’affaire est en effet  au delà des engagements partisans, c’est une question d’exigence morale dont notre époque n’ a jamais eu tant besoin…   Nous sommes de plus en plus nombreux en effet à en avoir vraiment marre, de cet immense cloaque. Il est tant que ça cesse… Donnons nous en les moyens.

A travers ce billet, je contribue à ma façon à cet immense chantierd e amnière bien modeste, en   remerciant de nouveau pour son action celui que l’on nomme à présent et à juste titre « le courageux lanceur d ‘alertes… » .  Parcequ’il le vaut bien. Le jour où l’on créera un fichier des justes parmi les justes à l’issue de cette noire période qu’est le sarkozysme, il en sera très certainement, aux côtés de tous ceux là qui par exemple ont refusé la légion d’honneur d’un tel homme que la morale réprouve… et que l’histoire n’en doutons pas, mettra au banc de la nation.

Les pièces du dossier :

Vous trouverez ci-dessous un lien vers un article des “Inrocks” du 16 janvier 2012, concernant le dossier de Philippe Pichon et son interrogatoire de partie civile devant Mme Muriel Josié, vice-présidente chargée de l’instruction au TGI de Paris.

Elle l’entendait sur sa plainte pour harcèlement moral et discrimination politique, déposée en juin 2011. Une plainte contre X qui s’adresse à ses supérieurs hiérarchiques dans la police.

Anticor connait bien le commandant Pichon, qui est un lanceur d’alerte républicain. Nous l’avions rencontré en 2009. C’est un sujet brillant avec un DESS (diplôme d’études supérieures spécialisées) de droit pénal « Police, Sécurité et droits fondamentaux de la personne », et un diplôme universitaire de « gestion des relations du travail et des ressources humaines ». Il entre dans la police comme commissaire en 1991.

L’ex-commandant Pichon vient d’être mis à la retraite d’office et il se bat pour faire connaître non seulement l’injustice dont il a fait l’objet mais aussi les faits à l’origine de tous ses ennuis.

http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/74387/date/2012-01-16/article/pichon-audition-juge-harcelement/

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deux pièces à joindre au dossier, vues sur le blog Police etc, de Bénédicte Desforges, elle-même ex-flic :

 

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 Philippe,

Je ne sais pas quoi dire de tout ça, vraiment pas, je n’ai pas de mots raisonnables pour exprimer ma colère et ma tristesse. Pour faire court et sobre : c’est dégueulasse.

Jamais je n’aurais imaginé que tout cela finisse comme ça. Par une révocation.
Il était pourtant tellement évident que depuis le début de ce combat pour l’éthique, ta démarche était une démonstration. Et que si celle-ci était risquée, elle était éminemment saine et constructive.
Dans ce que tu as fait et écrit, rien de malfaisant, rien de nuisible. Ni mensonges, ni compromissions, ni magouilles, pas de dégâts collatéraux non plus, juste cette aveuglante démonstration que quelque chose ne tourne pas rond.

Quel dommage. Quel dommage pour la police nationale et pour les usagers de ce service public à l’agonie.
Quel dommage pour toi à qui je ne peux même pas dire qu’il faut continuer à lutter. Je n’ai plus aucun argument pour ça. Pas plus que je n’ai de raison de penser que quoi que tu fasses, les jeux sont faits et que tu n’en aurais gagné aucun.

Par définition de ce que tu es et de ce que tu dénonces, tu as tort.
Les hypocrites contournements du Droit et autres petits arrangements avec les règles de procédure ont fait le reste.
Le postulat de base était que tu n’avais pas à parler. Parce que tes mots sont graves.
Parce qu’ils sont dangereux : le système est en équilibre… instable.

Ta rigueur ne t’a pas servi.
Ton intransigeance et ta loyauté aux principes que tu défends n’ont pas fait de toi un bon client pour les médias, tout ce que tu as tenté est passé inaperçu.
Il aurais fallu que tu joues le jeu de la Star’Ac des porte-drapeaux et que tu sois le dernier survivant du Koh-Lanta des enflures.
On ne laisse la parole qu’à ceux qui n’ont rien à dire, sauf fadaises pré mâchées et présupposés populistes. Ce n’est pas sérieux.

Les domaines d’expertise qui sont les tiens ne sont pas vendeurs, Philippe, tes livres ne peuvent pas être présentés en deux minutes en prime time. Deux minutes ne sont pas suffisantes à expliquer un vrai scandale, un de ces cancers sociétaux qui n’en finiront pas de métastaser… Alors tu n’as pas eu de bouclier médiatique, c’est comme ça.

Sans quoi peut-être, tes batailles solitaires auraient été rendues accessibles, tu serais devenu un héros des temps télévisuels, et tu aurais été immunisé contre la grosse machine administrative, judiciaire, politique, et le bâtard rejeton de ces trois-là qui est un prédateur vorace pour les diseurs de vérité.

Encore une fois, quel dommage, quel gâchis.
La raison du plus fort est celle de l’imposture.
Ce monde est schizophrène et anxiogène.

Le combat pour l’intégrité et l’éthique était véritablement le tien.
Et ta détermination a été admirable.
Tu as tout mon respect en plus de mon amitié.

J’aurais voulu que tu aies raison de ce système autant que j’aurais aimé travailler avec toi.
Prends soin de toi, Commandant.

A un de ces jours, Philippe.

Bénédicte Desforges

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 Cher Philippe,

Que t’écrire ?
Malgré parfois nos divergences, sur la forme plus que sur le fond, je constate que l’examen attentif que nous faisons au quotidien des affaires tenant à la sécurité publique, à la police en général, nous permettent à tous les trois de mesurer à quel point la société actuelle (comme ce fut sans doute toujours plus ou moins le cas) est gangrenée jusqu’à l’os. Et sans doute dans les autres domaines que nous ne maîtrisons pas, de la même manière.

Sans doute n’avais tu pas le bon profil pour t’assurer d’un soutien notable à la fois des médias et des milieux politiques…
Le débat sur la sécurité publique n’a existé de manière éclairée que loin de l’attention de la majorité des leviers d’opinion.

Le procès général fait sur ces fiches STIC – je n’étais pas en phase avec ta démarche provocatrice et illégale, tu le sais, mais tu l’as toujours assumé avec une intelligence certaine- volait sans doute trop haut pour être compris. Il n’en reste pas moins que la sanction est d’évidence disproportionnée, car éminemment politique.
Pas au sens de l’importance publique de ta position, elle n’en a jamais vraiment eu, nous l’avons constaté à force de contacts, pas plus que les nôtres d’ailleurs.
Tous les trois nous avons été victimes, de manière plus ou moins affirmée, simplement de lettres de cachet. Sans doute avons nous la chance que la Bastille un jour fut démantelée. Mais la mise au ban social est de nos jours plus efficace qu’un cul de basse fosse.

Nous avons établi par l’absurde, à force de combats perdus, souvent sur des principes ou des symboles pensant qu’ils étaient fondamentaux à l’équilibre de la démocratie dans notre pays, que finalement seules les caricatures avaient force de loi.

D’un côté de la balance des deux partis majoritaires : la politique de Monsieur Guéant, que nous subissons depuis des années, depuis qu’il fut DGPN, dont l’histoire de la police ne retiendra jamais malheureusement qu’elle n’était que destruction d’un beau service public de mission et de sacrifices pour en faire, avec succès, une simple et gigantesque officine de communication partisane au service du pouvoir en place.
Qui se souviendra des pleurs de Bénédicte démissionnant à force de désillusions et pour ne pas avoir à collaborer, d’un commandant de police viré comme un malpropre (alors que pour pire que cela nous connaissons des commissaires poursuivant leur carrière), ou d’un ex-flic devenu journaliste débarqué d’une rédaction par simple courrier d’un DGPN et dont un livre impertinent fut simplement censuré ?
Personne sans doute ne gardera trace de ces méthodes, inqualifiables pour éviter de tomber dans des comparaisons trop faciles.

De l’autre bord politique, avec un amateurisme extraordinaire qui vire à la farce publique, on se cantonne dans les clichés, tellement d’Epinal que son symbole est devenu une fausse égérie de la sécurité dont les mensonges et l’imposture mènent aujourd’hui jusqu’à représenter le PS aux élections législatives. La honte se porte décidément de nos jours de manière plus attractive que la raison.

Que tout cela ne finisse de manière plus que prévisible à servir efficacement le Front National sera sans doute une autre confiscation du débat, mais quelle prétention avons nous eu, du haut de notre naïveté républicaine, de penser ouvrir un jour une vraie réflexion…à trois pauvres officiers (ou ex mais nous sommes tous désormais du côté « civil » de la société) là où d’autres plus puissants n’y arrivent pas ?

Nous n’avons jamais été, Philippe, audibles.

Pas assez carriéristes. Pas assez engagés politiquement. Pas assez intéressés par un profit quelconque. Pas assez diplômés. Pas assez attirés par une fraternité de réseaux peut-être aussi. Nous réclamions cette indépendance – presque statutaire à notre combat – comme un gage d’objectivité. Ce fut ce handicap, conscient et assumé, d’être au service général et non d’une coterie, qui est devenu notre principal tort aux yeux de tous. Trop pertinents techniquement également. La police est un métier que nous maîtrisons et dont nous gardons les cicatrices, sur la peau et dans nos âmes, pour l’avoir fait avec détermination. Ce n’est pas un discours ou un slogan publicitaire. Nous avons le défaut de le rappeler trop souvent. Cela pique les certitudes confortables des raisonneurs.

Tout cela n’a été qu’un interminable dîner à longues fourchettes durant lequel nous avons joué le rôle des « idiots » volontaires pour amuser la galerie avant d’être congédiés à coup de pompes méprisantes dans le fondement.

Restera entre nous le souvenir d’une certaine idée de la République, de celle qu’on devrait montrer en exemple et qui fut rappelé en 1989 lorsque Monsieur Joxe eu l’excellente idée, profitant d’être Ministre de l’Intérieur à l’occasion du bicentenaire de la Révolution, de nous faire parvenir à tous les textes fondateurs à ne pas oublier dans l’exercice quotidien de notre métier de policier.
Vingt deux ans plus tard c’est à croire que personne chez les dirigeants politiques ne les a lu un jour ni même qu’ils n’aient jamais existé. Ils furent peu, nos ministres, un peut-être pour chaque côté de l’échiquier politique, à se soucier depuis trente ans de cette dimension, mais ce n’est pas le sujet…

C’est ainsi mon ami.
Loin des réseaux et des accointances, nous avons tenté de faire preuve d’un humanisme, non encadré certes, mais bien plus franc que celui de la majorité des tenants dits intéressés de ce principe. Il y a des exceptions je pense à ce constat global, ou plutôt j’aime à m’en persuader pour garder sous perfusion quelques illusions moribondes.

Que puis-je te conseiller à la lecture de cette exécution sociale pour raison politique ?
Les uns comme les autres nous avons sacrifié beaucoup. Trop sans doute.
Notre principal défaut est de ne pouvoir nous défaire de cette obsession de courir chaque jour soutenir une digue qui a pourtant cédé depuis longtemps, au détriment du reste, de nos vies et de tâches, personnelles ou professionnelles, sans doute plus utiles et que pourtant nous négligeons trop.

Gardons le souvenir de ce qui tourne à une désespérance conduisant à une sorte de névrose obsessionnelle comme celui du devoir, au moins moral, accompli.
Mais maintenant révolu et inutile.

Il est temps de penser à nous, à nos proches et de ranger dans une malle à laisser recouvrir de poussière cette inclinaison suicidaire au sacrifice pour l’intérêt collectif. dont tout le monde se contrefout.
Il y va de l’avenir de nos enfants, du confort de nos conjoints et de notre santé également. Du peu de notre dignité qu’il nous reste également sans doute tant nos voix finissent par sonner comme celles de prédicateurs hurlant dans le vent.

Ce système, basé uniquement, et de tous bords, sur des intérêts partisans et à réaliser à court terme est en train, j’en suis persuadé, de s’écrouler tout seul. Et ce ne sont plus quelques principes défendus, même si cela était avec succès, qui le sauveront. Autant donc garder quelques forces pour plus tard, pour le monde de demain dont on peut prévoir qu’il risque d’être terrible à plus d’un titre. Il est trop tard. Pour se battre. Pour espérer. Pour pleurer. Pour se saouler.
Le temps de s’en foutre est venu, pour faire comme tout le monde : devenir égoïste avec détermination.

Je pourrais aisément trouver, pour te redonner un peu de baume au cœur, une citation de Céline, ton auteur fétiche, pour panser ta tristesse à cette décision.
Je préfère m’en tenir à une simple formule, qui pourrait te sembler pompeuse, mais qui loin de la politesse des bas de courriers d’un autre siècle, illustre parfaitement ce qui est oublié depuis dans notre société, mais qui au moins nous tient proches dans l’adversité.
« Salut et Fraternité »

Marc Louboutin

 

 Coup de grâce pour le commandant Pichon  [Marianne – F. Ploquin – 25 nov 2011]

« Il faut soutenir le policier Pichon, courageux lanceur d’alerte »  [Le Monde]

Un Pichon dans le jeu de quilles  [Marianne – Frédéric Ploquin – 26 nov 2011]

 

auxquels je rajouterai personnellement ce texte de Philippe Pichon lui-même qui expose les motivations de ses actes : Le droit à l’exception citoyenne, 14 Octobre 2011, sur Médiapart et…

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