Cette Europe qu’ils détruisent…


Enlèvement d'Europe (peinture de Liberale da Verona)

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Face au PS, l’UMP s’affiche comme « garant d’une Europe forte » pour 2012

 En voyant passer ce titre sur mon écran, oui, je l’avoue piteusement, j’ai souri… Quelle bouffonnerie ! Quelle tartuferie ! Une telle débauche d’hypocrisie surprend encore ! Voilà un parti qui n’a cessé depuis sa prise de pouvoir de détricoter un à un la plupart de nos acquis sociaux, qui a cassé notre système de retraite au point de le rendre de plus en plus inaccessible pour des générations entières (intolérablement sacrifiées sur l’autel du chômage, si indissociable du libéralisme), et voilà que ces gens là s’érigent en protecteurs de notre Europe à nous ?…. Cette Europe sociale que nous souhaitions si ardemment lors du référendum de 2005, pour laquelle nous nous sommes tant battus, dans une gauche plus combative, face à des adversaires libéraux indistinctement situés de part et d’autre de la pseudo frontière politique, qui quant à eux ne voyaient guère d’inconvénients à leur petite et mesquine Europe d’intérêts économiques… C’est un début, qu’ils disaient… Nous en voyons aujourd’hui la tragique issue. Nous avions raison avant eux, le temps et l’histoire parlent pour nous.

 Cette Europe aux fondements plus humanistes et solidaires que nous appelions de nos vœux, ce n’est manifestement pas la leur... Le nationalisme propre à une certaine droite s’intègre fort bien dans ce nouveau supra-nationalisme. Et ce dernier s’accommode également sans grands efforts de plans d’austérité et de violations successives des volontés populaires (« ces manants n’y comprennent manifestement rien, ma chère… La preuve, ils se soulèvent ! ») en les faisant passer pour le seul pragmatisme possible. Pourtant, cela est de plus en plus évident pour beaucoup, et à mon grand étonnement pas seulement à gauche, cette razzia qui est en train de ratiboiser jusqu’à la substantifique moelle de nos économies nationales s’apparente sans conteste, vu les dégâts occasionnés, à une idéologie insupportable bien proche d’un totalitarisme qui ne dit pas son nom.

 Car ne nous y trompons pas, ceux qui sont à l’origine de cette débâcle économique, et qui ont provoqué dans un premier temps la crise des subprimes, née elle-même de l’ honteuse démarche du système économique américain de spéculer jusqu’à plus soif, n’hésitant pas à provoquer le sur-endettement des plus modestes, ont une telle soif de profit qu’ils ne sauraient se contenter de mettre à bas les pays européens, après les avoir pressurés de crédits grâce à leurs banques favorites… Ils veulent également que les budgets nationaux réduisent à portion congrue les dépenses sociales. Et là où elle passe, les démunis trépassent quelle que soit leur volonté individuelle de dignité.

 La droite au pouvoir (ailleurs, c’est une certaine gauche… tout aussi libérale) est complice de cette démarche, son alliée, puisque composée du même genre d’individus, l’argent et le pouvoir faisant de source immémoriale, toujours si bon ménage… Tout cela créant une culture de réseaux qui leur garantit des revenus juteux à vie. C’est ce que décrit le couple Pinçon-Charlot dans le Président des Riches, ce mode de gouvernement oligarchique qui échappe au clivage politique traditionnel, qui se concilie somme toute assez bien avec la droite comme avec une certaine gauche qui ne répugne pas toujours aux mariages contre nature…

 Le développement de l’abstention, le dégoût de la politique de plus en plus partagé et le refuge que croient trouver inconsidérément certains (une minorité, ne l’oublions jamais) dans le Front national sont aussi à rechercher de ce côté là, et pas seulement dans le rejet de l’autre, si possible pudiquement nommé « extra-méditerranéen »… pour ne pas dire que son odeur d’ harissa et de héné gênent un peu notre odorat si délicat plus habitué à l’odeur du munster et de la choucroute garnie.

 Et donc, ce seraient ces gens là qui nous promettent une Europe plus forte qu’ils sont pourtant en train de saccager sous nos yeux ébahis, la réduisant à cette peau de chagrin qu’est le grotesque couple impuissant dont l’histoire rira encore pendant des siècles bien après moi  ?

 Une autre Europe est certainement possible. Mais n’est-il pas trop tard ? Les dégâts ne sont-ils pas irrémédiables ?

 L’avenir nous le dira.

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Une réflexion sur “Cette Europe qu’ils détruisent…

  1. -« Les dégâts ne sont-ils pas irrémédiables ? »

    Disons plutôt et bien conclure que ces dégâts sont « de plus en plus visiblement ce qu’ils étaient déjà essentiellement  » dans le postulat économiste et l’aigrelette petite pensée de ses valets à pendre aux roubignolles de leurs maitres.

    S

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