Les mots, le fond, la forme… et l’humain, d’abord

 

source : la boîte à monocles (cliquez sur l'image)

En voilà un sujet de réflexion qu’il est bon ! En tombant par hasard sur ce billet de Liliane (« La colère en politique », sur Médiapart), j’ai immédiatement pensé qu’il s’agissait là d’un angle d’attaque intéressant de mon petit sujet favori : la politique.

 Plutôt que de gloser inutilement sur une germanophobie qui n’est que de la Merkelophobie, autrement dit une éruption spontanée face à ce que la politique allemande a de plus conservateur et de réactionnaire, là où chacun a conscience que cette austère chancelière ne saurait représenter véritablement tous les allemands (il y en a certainement de plus ouverts),

 .. et afin d’éviter la sempiternelle corde usée des frasques de DSKK qui commencent à lasser grave, quand bien même on éprouverait la pressante envie comme Guéant dans ses discours nauséabonds de s’égarer dans les allées si exotiques du bois de Boulogne,

 il m’a semblé quant à moi beaucoup plus intéressant de regarder de près la manière dont on fait de la politique, et dont on traite plus particulièrement sa communication publique, indépendamment des opinions partisanes, de droite ou de gauche dans un premeir temps.

 Liliane a raison de pointer le fait qu’à force d’utilisation outrancière de coaching communicationnel et d’éléments de langage savamment étudiés, on en arrive à une parole si lisse qu’elle en devient insincère, mensongère,  voire à visée manipulatrice. Les tactiques connues d’évitement ou de gestion des conflits, par exemple, revêtent un aspect malsain dans le sens où ne pas être d’accord avec son interlocuteur et le faire savoir, jusqu’à se mettre en colère pourquoi pas, est éminemment utile et nécessaire. Pourquoi écarter à priori ce qui fait qu’un homme est homme, qu’une femme est femme : l’émotion ? Du moment qu’elle ne conduit pas à adopter un registre grossier, humiliant ou attentatoire à la dignité humaine, je ne vois pas où est le problème.

 Pourtant, certains se font une gloire de maîtriser avec un gant d’acier dans une main de velours leur parole publique. Je pense notamment à des gens d’apparence si policée, comme Xavier Bertrand , François Baroin ou Laurent Wauquiez à droite… Jamais un mot plus haut que l’autre, jamais une émotion qui perce un langage bien pondéré, jamais ou si rarement de démonstration d’énervement allant au delà du simple agacement. Des gens bien gentils en apparence… Mais tout cela est-il bien humain ? Surtout que cette attitude contraste fort avec la violence sociale des idées exprimées, quand on parle notamment de cancer social à propos d’individus que la misère accable, et que de plus en plus de contre-exemples viennent en démontrer la fausseté…

« Nous sommes ainsi soumis en permanence, via les médias, mais aussi sur nos lieux de travail, à une communication d’où le conflit est apparemment exclu. Mais cette communication désigne toujours un bouc émissaire » « 

 Aussi, sans aller jusqu’à éconduire un passant qui refuse de vous serrer la main par un trivial « casse-toi pov con » pour faire plus vrai alors qu’on est président de la République,  et qu’il y a donc nécessité de préserver un certain standing lorsque la fonction l’exige, peut-être pourrait-on s’écarter de temps à autre du politiquement trop correct pour que l’image de la politique corresponde un peu plus à la vraie vie. Et ainsi éviter de véritables leçons  perpétuelles d’hypocrisie, que tout un chacun peut observer et mépriser, au fond de soi…  Cette façon de faire donnerait en outre peut-être envie aux gens du peuple dont je suis de s’y intéresser davantage sans s’endormir au bout de 5 minutes d’un discours utilisant de surcroît parfois, comme à plaisir de ne pas être compris, des mots d’un registre soutenu qui n’est pas celui du commun des mortels, et des termes techniques ou des références politiques que seuls quelques initiés sont en mesure de comprendre.

 Je ne dis pas là qu’il faut faire peuple exprès, mais simplement que laisser de temps à autre percer son humanité – et une humanité non feinte, non calculée et non pesée par des experts en communication – pourrait ne pas nuire à la transmission du message. Surtout quand on a la préoccupation de s’adresser aux masses laborieuses.

 Aussi, dans ses conditions, reprocher à Mélenchon son parler vrai et ses emportements légendaires, lui demander d’entrer sans aucune aspérité dans le moule conventionnel, n’est-ce pas un peu contradictoire,  et donc  sujet à débat ?

Et si nous arrêtions enfin de parler de la forme et nous intéressions davantage  au fond… de nos élites politiques  et de leur discours,  de leurs idées et  de leurs débats ?