« Il y a tant d’autres Troy Davis »…

  

 

Géorgie, un état meurtrier… parmi d’autres.

 « Il avait 20 ans quand on l’a arrêté, en disant qu’il était l’auteur du meurtre d’un policier. Troy Davis est noir, était noir. Le policier était blanc. Nous sommes en Géorgie, un vieil Etat de tradition jadis esclavagiste. Et il a été condamné à mort au terme d’un procès dont on sait actuellement que 7 des 9 témoins de l ‘accusation se sont rétractés (…). Il n’y a aucune preuve matérielle, personne n’a jamais retrouvé l’arme ». (R.Badinter)

 Troy Davis a donc été exécuté cette nuit, malgré les nombreuses zones d’ombre du dossier et l’absence de preuves tangibles de sa culpabilité. Nous sommes nombreux à nous en émouvoir, à travers le monde… Surtout envers un pays qui à la fâcheuse tendance à s’ériger en modèle sociétal universel…

 Certains sur twitter, en France, probablement influencés médiatiquement par certains faits de société qui  se juxtaposent en un même espace temps (CF. Affaire DSK) ont jugé utile d’incriminer la politique judicaire des Etats-Unis… j’ai ainsi vu des twitts du style :

 « Ground Zero est l’expression qui convient lorsqu’il s’agit de qualifier la manière dont les États-Unis envisagent la justice ». (@Freud_is_alive)

 Mouais.  La formule a de la gueule, j’en conviens… Mais vu la manière dont fonctionnent les Etats-Unis, qui ne le sont pas toujours, il me semble utile de préciser pour ceux et celles qui n’en ont pas conscience que la lutte contre la peine de mort est un combat de longue lutte à  porteret affirmer sans cesse, inlassablement… De plus,  la Géorgie n’est qu’un état parmi les  trente-quatre États fédérés sur cinquante que compte le pays, qui appliquent la peine de mort… Le problème est là,  aussi.

 Merci, au nom de notre commune Humanité, à tous ceux et celles qui se sont mobilisées en cette occasion.

 En tous les cas, je tremble depuis des mois que cette droite si dure qui nous gouverne, contaminée par les idées d’extrême droite, ne remette sur le tapis ce débat en France… C’est pourquoi je tiens à rendre hommage par le partage de ce communiqué à  celui par qui le miracle, en France, a été rendu possible, et sans qui nous serions encore dans cette même inhumanité, ce triomphe de la barbarie sociale qu’est la peine de mort  :

 « S’il est innocent, comme nous en sommes convaincus, c’est un crime, un assassinat judiciaire ».

« Cette affaire restera comme une tache sur la justice des Etats-Unis », a assuré Robert Badinter. « C’est une très grande défaite, bien au-delà des Etats-Unis, pour l’humanité ».

Il a cependant relevé le progrès des abolitionnistes dans ce pays. « C’est ça, la marche de l’Histoire ». « Nous étions le 35ème Etat au monde à abolir la peine de mort en 1981. Aujourd’hui, sur 194 Etats des Nations unies, 138 sont abolitionnistes ».

 Voici de larges extraits de la dernière lettre de Troy Davis, publiée et traduite sur le site du Point :

 « Je veux vous remercier tous pour vos efforts et votre dévouement en faveur des droits de l’homme et de la bonté humaine ; lors de ces dernières années, j’ai éprouvé tant d’émotions, de joie, de tristesse… sans jamais perdre la foi. C’est grâce à vous tous que je suis en vie aujourd’hui (…) Ma soeur Martina me dit (…) qu’elle n’arrêtera jamais de se battre pour me sauver la vie et prouver au monde que je suis innocent de ce crime terrible.

Je suis ému, quand je découvre des mails du monde entier, venant d’endroits que je n’imaginais même pas connaître un jour, de personnes parlant des langues et exprimant des cultures et des religions que je ne pouvais seulement espérer découvrir un jour (…) Ce n’est pas une affaire qui concerne la peine de mort, ce n’est pas une affaire qui concerne Troy Davis, c’est une affaire qui touche à la justice et à l’esprit humain (…)

« Il y a tant d’autres Troy Davis »

Je ne peux pas répondre à toutes vos lettres, mais je les lis toutes. Je ne peux pas vous voir tous, mais j’imagine vos visages. Je ne peux pas vous entendre parler, mais vos lettres m’emmènent aux quatre coins du monde. Je ne peux pas vous toucher physiquement, mais je sens votre chaleur tous les jours que j’existe.

Donc merci, et souvenez-vous que je suis dans un endroit où l’exécution peut seulement détruire votre état physique, mais grâce à ma foi en Dieu, à ma famille et à vous tous, je suis spirituellement libre depuis longtemps, et peu importe ce qui arrivera dans les jours et les semaines à venir, ce mouvement pour abolir la peine de mort, pour rechercher la vraie justice, pour faire éclater un système qui ne réussit pas à protéger ses innocents, doit être accéléré.

Il y a tant d’autres Troy Davis. Ce combat pour abolir la peine de mort ne sera pas gagné ou perdu à travers moi, mais à travers notre force à avancer et à sauver chaque personne innocente emprisonnée à travers le monde. Nous devons démanteler ce système injuste, ville par ville, État par État, et pays par pays. J’ai hâte d’être avec vous, peu importe que ce soit physiquement ou spirituellement, et ce jour-là, j’annoncerai : ‘Je suis Troy Davis, et je suis libre !’ ‘Ne cessez jamais le combat pour la justice, et nous gagnerons !' »

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6 réflexions sur “« Il y a tant d’autres Troy Davis »…

  1. Je retiens que M Troy Davis a dit que c’est une affaire qui touche à la justice et à l’esprit humain (…). Il araison, et ces paroles auront un écho : partout dans le monde la justice est à refaire.
    Le pouvoir judiciaire, troisième pouvoir dans une démocratie digne de ce nom, et qui doit rester indépendant, n’est pas toujours à la hauteur de sa tâche. L’exécution capitale est le summum du déni de justice quand on pense que c’est un acte irréversible.
    Mais d’autres dénis de justice se font partout, et nous avons eu un précédent nauséeux avec l’affaire d’Outreau (je passe sur les « affaires » actuelles)
    L’horreur de tout cela, c’est que tout se ramène à une histoire d’homme: pour de nombreux magistrats et hommes (ou femmes) de loi qui exercent avec impartialité et déontologie, il se trouvera toujours des individus qui pervertiront le système.
    Nos règles sociales et nos institutions ont ces magistrats et hommes de loi comme gardes : mais qui garde les gardes?

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