la patronne du Medef a-t-elle encore toute sa raison ?

Le Medef existe-t-il encore ? Plus que jamais…Malgré sa discrétion actuelle, transitoire, et de bon aloi : les patrons ont peur ? Ils ont raison. Ça va être leur fête… et pas seulement à la bourse.

 Comme c’est étrange… je viens de réaliser, à la faveur d’un article lu dans Politis, que nous autres, blogueurs de gauche, n’avons même pas pris la peine cette année ne serait-ce que d’ évoquer l’université d’été du Medef, qui s’est déroulée du 29 août au 2 septembre.

 Serait-ce parce que le mouvement n’a plus autant de consistance et d’influence qu’auparavant ? Ou parce qu’il a été purement et simplement effacé de la programmation médiatique pour cause d’actualité chargée ?

 On peut en effet concevoir qu’entre les révoltes arabes, la guerre en Libye, la répression sanglante des opposants en Syrie, et l’importance que donnent les journalistes à la saga Africa DSK, il n’y ait plus guère de place pour l’illuminée© patronale…

 Pourquoi, me direz vous,  employer ce qualificatif si peu respectueux du rôle important joué (autrefois ?) par cette grande dame économique de France ?

1.  Parce qu’il est navrant d’observer qu’une dame de cette trempe verse dans la théorie du complot. Voilà qui ne fait pas très sérieux pour quelqu’un qui devrait montrer l’exemple et la démonstration de ses capacités d’analyse – si possible hors du commun – surtout dans  la situation économique internationale qui est la nôtre.  Et dans un climat aussi incertain pour tous. Y compris pour les entreprises qu’elle défend.

2. parce qu’elle s’est affichée pendant ce week-end là avec Matthieu Ricard, célèbre référence bouddhiste… libérale ! Etrange référence entrepreunariale ! Surtout quela Laurence ne s’est jusqu’à présent jamais fait remarquer pour son humour hors du commun…

3. parce qu’après avoir tant contribué au démantèlement de nos droits sociaux et du travail en soutenant (voir inspirant) le gouvernement sur la réforme des retraites, en nous obligeant à travailler deux ans de plus (au moins…) sans contrepartie, après avoir taillé en pièces les 35 heures, après avoir détruit la norme contractuelle du Contrat à Durée Indéterminée en multipliant les contrats précaires et autres mesures d’exception, après avoir supprimé le repos dominical pour tous, et autres joyeusetés qui nous privent de tous nos droits salariaux sauf de celui de fermer sa gueule, elle se réveille un beau matin avec une illumination : oui, les patrons ont du cœur ! Et la voilà qui pousse quelques uns d’entre eux à jouer la bonne conscience morale d’un monde qui n’en a guère (ou ne l’a pas encore prouvé), en lançant un appel suivi d’un effet nul (putain… 3 % !).

 Pourtant, il est utile de le rappeler, comme le fait Martine Billard dans un livre que je vous recommande (5 euros, c’est pas cher !), que sur les 44 propositions du Medef contenues dans un document de 2004 (largement inspiré du rapport de Virville, alors secrétaire général de Renault, célèbre pour ses dégâts à Vilvorde…  à la demande de… François Fillon), plus de la moitié ont fait l’objet de lois pour la plupart déjà entérinées, et correspondent en outre à des exigences européennes…

 Comme l’exprime si justement l’article de Thierry Brun que j’ai lu dans Politis en citant Martine Billard : «  En neuf ans,  presque tous les projets de loi modifiant le code du travail ont été présentés dans le cadre de la procédure d’urgence, sans aucune négociation préalable  avec les partenaires sociaux, les gouvernements se contentant de vagues concertations mises en scène en grande pompe ». Au nom de cette urgence, les procédures accélérées, le recours à des cavaliers législatifs, à des dépôts d’amendement gouvernemental, ont porté un rude coup à la démocratie. »

 Comment, dans ces conditions, accepter avec indulgence cette position de madone vertueuse dans laquelle se drape Laurence Parisot avec tant d’hypocrisie,  alors qu’elle se trouve de surcroît l’une des plus mauvaises patronnes de France pour ses propres services ?

 Nous observons une telle connivence, si évidente et inédite entre le mouvement de ces grands patrons qui sont en train de piller la France et le gouvernement libéral de Sarkozy, que  nous ne pouvons que nous gausser d’une telle attitude : elle est ignoble et indigne. Qui, encore, peut y croire, ou faire semblant ? Sinon le Président des riches et sa cour, tous ces notables, ces grands chefs d’entreprise, capitaines d’industrie, mentors financiers,  conseillers des princes et autres ténors de l’UMP qui partagent ce genre de vision

 Mais dans ce monde là, Monsieur, on ne pense pas, non, Monsieur, on ne pense pas : on compte… sur le prochain Président, pour défendre ses seuls intérêts ?

 Un autre monde est possible.

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